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Zwingli, le courage d’être

Je dois être honnête : tout Suisse que je suis, j’ai toujours préféré Luther à Zwingli. La théologie de Luther a toujours été plus parlante pour moi que celle du pasteur zurichois – plus proche de mes questionnements personnels, plus proche de mon souci pour une théologie incarnée, plus proche, enfin et peut-être surtout, de mon besoin de chercher Dieu là où se trouve l’homme avant d’en identifier les signes dans les nuées éthérées. C’est du reste ce qui dérangeait Karl Barth chez Luther : on dit qu’un jour il plaça devant l’édition de Weimar des œuvres du réformateur un tapis indonésien que lui avait offert son fils pour ne pas se laisser tenter par l’insistance de Luther sur l’homme et la foi – préfiguration, selon lui, des errements libéraux. Le Dieu de Zwingli est en effet pour moi un Dieu trop souvent cérébral, trop « rationnel » et, parfois, encore trop proche de celui des scolastiques médiévaux. Bien sûr, on peut en faire une lecture plus positive et il faut reconnaître que Bernard Reymond nous y aide grandement dans le dossier qui vient. Il n’y a qu’une chose qui, chez Zwingli, m’a toujours fasciné : son courage. Courage, d’abord, devant les autorités religieuses de son temps face auxquelles il n’hésita pas à défendre la liberté de l’Évangile au péril de tout ce qu’il avait et de tout ce qu’il était. Courage, ensuite, face à ce qu’avait été sa propre vie : jeune prêtre, Zwingli avait bien essayé de respecter ses vœux de chasteté, mais n’y était pas parvenu. Face aux calomnies, il n’hésita pas à admettre les faits et à en faire un argument en faveur du mariage des prêtres. Courage, enfin, face à la mort-même : en 1529, il se permit de prendre à parti le Conseil de Zurich qui hésitait à défendre la liberté religieuse des protestants suisses contre la menace armée des cantons catholiques. Dans une lettre adressée aux autorités de Zurich, il lança : « Tut um Gottes Willen etwas Tapferes ! » (« Pour l’amour de Dieu, faites quelque-chose de courageux ! ») On connaît la suite : le réformateur devait perdre la vie lors de la bataille de Cappel, en 1531. Zwingli, c’est un fait, avait du courage et puisait sans doute celui-ci dans sa foi personnelle, lui qui définissait la foi comme « confiance » (comme Luther et Calvin d’ailleurs). En ce sens, le courage de Zwingli était fort proche de ce que Tillich appelait le « courage d’être ».

À lire l’article de Bernard Reymond  ” Sus à l’hypocrisie : la pensée et la démarche réformatrices de Zwingli “.

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À propos Pierre-Olivier Léchot

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est docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Il est également membre associé du Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (CNRS EPHE) et du comité de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (SHPF).

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