Accueil / Commentaire biblique / Le jeune homme nu Marc 14,50

Le jeune homme nu Marc 14,50

Que vient faire ce jeune homme, dans ce récit inexorable où chaque détail porte sens ? Plus loin, au tombeau vide, un autre jeune homme apparaît. Ou est- ce le même ? Il était nu ; le voilà maintenant vêtu de lumière. Qu’est-ce qui a changé, pour lui… et pour nous ?

Rien ne va plus, selon l’évangile de Marc, dans la nuit de Gethsémané. Les disciples s’endorment quand il faudrait veiller. Jésus est pris de doute et d’angoisse ; il ne répond pas à ses accusateurs, demeure muet devant Pilate. Quant à Pierre, il renie et pleure. Plus tard l’évangile de Jean corrige un peu cette histoire : il montre un héros sûr de lui, de son Dieu, de sa mission, qui ne tremble pas, parle avec assurance.

Un épisode étrange ne se trouve que chez Marc, un petit détail marginal censuré par les autres : un jeune homme au vêtement léger resté près de Jésus, attrapé par les soldats qui viennent l’arrêter, s’enfuit tout nu. On comprend le peu d’intérêt qu’ont porté à cette histoire les autres rédacteurs. Mais alors pourquoi Marc l’a-t-il conservée ? Pour certains, celui qui avait vécu cette expérience peu glorieuse serait un proche du rédacteur, sinon l’auteur lui-même. Mais l’évangéliste aurait-il repris cet épisode s’il n’avait pas sa place et son sens dans le déroulement implacable du drame ?

La nudité pour les Juifs est signe de honte. Le vêtement désigne la personnalité, le rôle social de celui qui le porte. Ici ce n’est qu’un drap, mais son porteur est encore jeune, en devenir. Dépouiller un homme de son vêtement, c’est lui ôter ce qui le protège et à la fois le définit, c’est un signe de mort sociale ou de mort tout court. C’est un cauchemar habituel de ceux qui doutent d’eux-mêmes, de se retrouver nus au milieu d’une foule. Quelques heures plus tard, Jésus lui-même suivra le même chemin de honte et de mort et se retrouvera nu sur la croix.

Mais regardons plus loin dans notre évangile. D’abord, le corps de Jésus descendu de la croix est enveloppé d’un drap (le même mot que précédemment, qui signifie aussi linceul). Si le jeune homme vêtu d’un drap s’est retrouvé nu dans la nuit, Jésus dévêtu est ici habillé d’un drap avant d’être mis au tombeau.

Ensuite, voici un autre « jeune homme » (Marc 16,5). Là encore le même mot est utilisé, et l’on n’en trouve pas d’autre emploi dans les évangiles. Un autre… ou est-ce le même ? Ce jeune homme-là est « vêtu de blanc », vêtu de pureté, de lumière. Cette fois, ce sont les femmes venues embaumer le corps de leur maître qui s’enfuient, prises de peur. Peur de quoi ? De son apparence, mais aussi de son message, qui pourtant se veut rassurant : « Ne soyez pas effrayées ! Il est revenu de la mort ! » Peur de cette dimension de la vie qui s’ouvre quand la mort est dépassée, peur de la blancheur, de la pureté, de la nouveauté éclatante qui bouscule l’évidence, peur de cette faille qui s’ouvre dans la fatalité ordinaire de l’existence. Ce jeune homme est-il le même ? Pour nous en tout cas le symbole est ouvert. Il est passé de la honte à la gloire. Il a traversé la mort pour renaître et annoncer aux autres une puissance de vie que rien ne peut anéantir. Il a quitté la honte de sa nudité et le drap trop léger qui n’était qu’un linceul pour revêtir un habit de gloire et de lumière. Passer par la mort pour renaître, c’était aussi le signe du baptême, du vêtement blanc que de vieilles traditions faisaient revêtir au néophyte. Mais surtout c’est le signe que toujours, partout, toutes les renaissances sont possibles, que l’on peut se relever de toutes ses défaites, qu’aucun échec, aucune honte, aucune mort n’aura le dernier mot, le signe d’une porte ouverte vers un autre horizon, le signe que le vent de la vie passe encore même à travers les tombeaux fermés, le signe de l’Esprit créateur et régénérateur qui soufflera jusqu’à la fin des temps.

Don

Pour faire un don, suivez ce lien

À propos Jacques Juillard

Avatar
est pasteur de l’Église protestante unie de France, en retraite, mais en addiction persistante à creuser l’insondable. Prix Évangile et Liberté 2011.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.