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2. Conseiller de paroisse, un ministère collégial, au service de la communauté

 

Le Conseil presbytéral dirige et anime la paroisse locale ; il n’est donc qu’un instrument au service de l’Église, sans disposer d’une autorité de type « représentatif », comme celle d’un conseil municipal. Le Conseil est un ministère, reconnu liturgiquement, par lequel s’exerce l’autorité du Seigneur, mais pas sur un mode hiérarchique comme un évêque représentant le Christ, pour les catholiques, car pour les protestants c’est à l’Église qu’il revient de se gouverner. La responsabilité du Conseil presbytéral est principalement de nature spirituelle, bien que les problèmes matériels fassent partie de son travail.

Un appel

On est conseiller parce qu’on a été appelé à l’être. C’est une vocation au sens d’un appel. Une personne devient conseiller de paroisse parce qu’on lui a fait confiance. Il me semble essentiel de toujours prendre et reprendre la mesure de cet appel premier et de la confiance dont il témoigne ; une confiance qui assure, qui rassure, qui contribue à reconnaître une autorité au Conseil, à rendre légitime chaque conseiller pour lui-même et aux yeux des autres.

On est appelé à cette tâche par d’autres que nous-mêmes. On l’a été lors de l’assemblée générale de la paroisse, on l’a été spirituellement par Dieu qui nous appelle au ministère de son Évangile, par l’intermédiaire de l’Église. Autrement dit, on ne s’est pas autoproclamé conseiller presbytéral.

Si la vocation est un appel, elle est aussi un engagement. Le Conseil presbytéral a vocation à agir, il a une mission à accomplir, il se doit de remplir certaines fonctions.Celles-ci sont en partie exprimées dans la liturgie officielle de reconnaissance du ministère du Conseil presbytéral, énoncé liturgique qui souligne la responsabilité majeure de ce Conseil. « Vous qui êtes appelés à former le Conseil presbytéral de cette Église, vous porterez ensemble la responsabilité spirituelle et matérielle de la Communauté. Vous discernerez, reconnaîtrez et coordonnerez les ministères que Dieu donne à cette Église pour qu’elle grandisse dans l’amour et soit au sein du monde messagère de l’Évangile. Vous serez solidaires des décisions que prendra votre Conseil et vous préparerez et appliquerez les décisions des synodes ».

Les membres de la paroisse ne choisissent pas à proprement parler les conseillers, ils ratifient, ou pas, la liste que leur soumet le Conseil sortant. Ceux qui siègent dans un conseil ou un synode exercent un ministère, qu’on rapproche de celui des anciens (presbuteroi, en grec) dont parle le Nouveau Testament. Ils tiennent donc leur autorité de Dieu qui les appelle à ce ministère. Dans cette perspective leur désignation par l’assemblée générale est la « reconnaissance de ministère », qui sera officialisée par une liturgie, plutôt qu’une élection au sens strict du mot. Il appartient aux conseillers en place de discerner ceux qui sont appelés à leur succéder et l’assemblée générale « reconnaît » que Dieu les appelle à ce ministère de direction.

Le fonctionnement

On est conseiller afin de faire bénéficier la communauté de certaines compétences qui ont été reconnues, un savoir-faire spécifique et utile à l’ensemble de la communauté.

Ce ne sont pas seulement les compétences particulières des conseillers qui sont requises mais les compétences du Conseil dans son ensemble. Le Conseil rend compte d’une expertise, acquise notamment grâce à la discussion interne et à sa collégialité, qui rend possible le gouvernement de la communauté locale.

Les engagements exprimés lors de la reconnaissance liturgique du Conseil suggèrent certaines qualités particulières : soumission mutuelle, fraternité, responsabilité à l’égard de l’autre, discrétion, prière, écoute de la Parole. On peut rajouter les éléments indispensables à la bonne santé d’un conseil : écoute, partage de la Parole, solidarité devant les décisions prises. On sait aussi que chaque membre du Conseil enrichit celui-ci par sa sensibilité, ses convictions, ses préoccupations, par sa manière d’être, son savoir-faire.

Pour ne pas faire d’angélisme il faut prendre conscience du fait que le bon fonctionnement du Conseil n’est pas simple. Les facteurs humains interviennent de façon importante et il faut d’abord se connaître pour se reconnaître mutuellement, accepter les défauts de chacun, et prendre conscience de ses qualités. Il faut du temps, des moments de convivialité passés ensemble, des échanges sur des textes bibliques, des moments de prière. Les « journée » et « week-end » du Conseil, dédiés entièrement à la réflexion, au bilan, mais aussi à la prière et au partage biblique, sont nécessaires parce qu’on a alors du temps.

Lorsque le Conseil a des décisions importantes à prendre, la recherche du consensus sera privilégiée et non le vote majoritaire. C’est le propre d’une véritable communauté.

Pour toute décision, il faut prendre le temps nécessaire, à rebours de ce que réclame notre société. La recherche du consensus est un processus qui consiste à ne prendre une décision que lorsque le modérateur de l’assemblée estime que celle-ci a atteint un niveau de consensus tel que, soit tout le monde est d’accord, soit ceux qui sont en désaccord avec la proposition en cours d’étude reconnaissent que le débat a été complet et équitable et admettent que la recommandation finale respecte l’opinion générale de la réunion. Si cela a été fait et que l’on reste divisé, cela signifie que le temps n’est pas venu pour cette décision ou qu’elle n’est pas formulée correctement.

Au service de la communauté

Le conseil presbytéral est un ministère au service de la communauté. Le sacerdoce universel des fidèles étant une dimension extrêmement importante en protestantisme, les décisions importantes du Conseil doivent être répercutées auprès de la communauté paroissiale. À tous les niveaux doit se mener une réflexion, doivent se dérouler des échanges qui provoqueront de très larges débats. Il faut favoriser une participation étendue et intense, ainsi qu’une vie ecclésiale riche, animée et transparente. Ce fonctionnement ne nuit pas à la cohésion de la communauté ; le fait de discuter crée une solidarité qui, pour être parfois conflictuelle, n’en est pas moins solide et forte. On a, paradoxalement, une communauté formée par des débats communs et soudée par des discussions internes et intenses.

Le Conseil doit chercher à faire participer le plus grand nombre à l’émergence d’une compréhension commune de la volonté de Dieu pour notre monde, exprimée en Jésus le Christ.

Ces dernières années plusieurs sujets ont illustré ces remarques : le texte de la déclaration de foi de l’Église protestante unie (2017), la bénédiction de mariage des couples de même sexe (2015), ou encore le sujet du futur synode 2020 sur « écologie, quelle(s) conversion(s) ? ». Ces sujets ont, j’espère, suscité une réflexion, et de nombreux échanges au sein des conseils.

Une formation continue

James Woody, dans le précédent numéro, écrivait sur le ministère du conseiller : « La théologie est un impératif, au risque de faire des séances des conseils des moments bien moins agréables qu’une discussion de comptoir. »

Les trois sujets évoqués précédemment sont des sujets théologiques sur lesquels les conseillers ont eu à se former, à s’informer, à réfléchir, et à partager avec la communauté. Trois occasions qui ont permis de constater comment le dialogue respectueux, en prenant le temps, permet de faire évoluer les idées.

Porter ensemble la responsabilité spirituelle, discerner, reconnaître et coordonner les ministères que Dieu donne à l’Église locale n’est pas une tâche facile. Il faut un fondement spirituel solide et l’entretenir. Chacun doit accepter d’être en chemin, sinon aucune formation n’est possible. La formation théologique est aussi nécessaire que la prière et la lecture de la Bible ; c’est la responsabilité de tous et non de quelques-uns pour que les dialogues soient fructueux.

 

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À propos Marie-Noële Duchêne

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est enseignant-chercheur retraitée en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, elle s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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