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4. La valeur relative des institutions ecclésiastiques

 

C’est Dieu qui compte

Ce qui a de la valeur, me semble-t-il, n’est pas que nous appartenions à une certaine institution ecclésiastique, à une Église particulière qui serait garante de la vérité. L’important c’est Dieu, l’Élan vital intérieur, créateur et apaisant qui donne force et courage, confiance et esprit de fraternité pour participer de façon positive et avec nos prochains, à la vie de l’univers. Ce sont les paroles et les actes de Jésus-Christ qui nous font le mieux prendre conscience de cette présence heureuse, si nous voulons bien nous ouvrir à elle. Elle nous réoriente, donne à notre esprit une impulsion de victoire à travers nos défaites et la mort elle-même. Souffle divin qui nous rend humains, comme les autres hommes de bonne volonté.

Je n’aime donc pas que l’on fige Dieu dans un vocabulaire tout fait, et que l’on vitrifie Jésus-Christ dans des doctrines immuables. Et si certains disent qu’ils se détournent des religions organisées, cela ne me paraît guère important car Dieu ne demande pas qu’on lui proclame des confessions de foi officielles, qu’on le flatte en lui répétant qu’il est le plus grand et qu’on le supplie d’avoir pitié. Jésus n’était évidemment pas un maharadjah couvert de gloire et de puissance exigeant génuflexions et prières. Ce qui a de la valeur n’est pas de nous soumettre à ce que disent les institutions mais d’être ouverts au dynamisme créateur et à l’esprit de fraternité que Dieu renouvelle sans cesse en nous.

 Une institution ecclésiastique ? Certainement.

Bien sûr, nous nous organisons en institutions ecclésiastiques entre collègues, entre paroisses, régions, sur le plan national aussi pour collaborer dans la réflexion, être une Église en ordre, penser ensemble la direction dans laquelle nous croyons que Dieu nous fait avancer, marcher d’un même pas. Nous avons pour cela des conseils presbytéraux pour la vie des paroisses, des synodes régionaux et national pour que les idées montent de la base vers le haut. Nous avons décidé par exemple, il y a déjà bien longtemps d’avoir des femmes pasteurs, nous venons de convenir qu’on pourra, si l’on veut, bénir les mariages de même sexe. Nous partageons aussi nos finances de manière fraternelle. C’est bien. Nous disons « l’Église c’est nous », nous ne disons jamais « elle » ; les présidents ne disent pas « je décrète » mais le conseil dit « nous ». Il s’agit bien d’une « institution ecclésiastique ». Elle est agréable et fraternelle. On s’y sent soutenu et encouragé, on n’y est jamais dominé et contraint.

Un pasteur fort dynamique et sympathique s’écriait une fois dans une réunion : « Ce que je dis là est sans doute hérétique, il ne faut peut-être pas le proclamer en public, je vais me faire exclure de l’Église ! » Mais le Président du Conseil national qui était présent lui a répondu : « Mais non, cher collègue ! C’est au contraire très bien ! L’Évangile est souvent annoncé par des paroles extrêmes comme les tiennes. L’Église ne vit que d’enthousiasme et de créativité comme ce que tu nous proposes ! » Ce n’est pas un enseignement officiel et conformiste que Jésus nous propose mais un esprit de renouveau, de résurrection intérieure, de joie et de liberté de pensée.

 Une institution ecclésiastique, mais…

Dans une cour de récréation, une lycéenne angoissée par la composition de géographie du lendemain disait qu’elle invoquait Vishnou. Une de ses camarades lui a dit que si elle ne « confessait pas la divinité du Christ et ne déposait pas ses péchés au pied de la Croix », son salut éternel serait en question ! Nous ne lui aurions pas dit cela et nous ne pensons pas qu’elle avait tort de prier Vishnou. Certains disent qu’il faut « croire » à l’infaillibilité du pape, à l’efficacité automatique des sacrements, à l’Immaculée Conception et à l’Assomption de la Vierge. On entend dire aussi qu’il faut réprouver le divorce, l’homosexualité et le mariage pour tous, l’IVG, le contrôle des naissances, l’assistance médicale à la procréation… Toutes ces règles peuvent être respectables, mais nous ne voulons pas passer par le goulot de telles décisions. Les guides spirituels nous aident certainement mais ils n’ont pas la science infuse, les professeurs de théologie nous intéressent mais ils n’ont pas le monopole de la vérité. Nous ne nous laissons pas infantiliser par des traditions ou des décisions autoritaires, chacun est responsable de ses propres prises de position devant lui-même, devant les autres et devant Dieu, et il en est bien ainsi.

 Finalement c’est Dieu qui compte

Nous ne disons pourtant pas n’importe quoi, nous ne laissons pas nos sentiments et nos émotions nous emporter dans tous les sens. Nous pensons que les promesses de Dieu, sa volonté pour notre vie et pour la vie du monde sont résumées dans les paroles et les actes de Jésus-Christ qui synthétisent ce qu’ont dit et fait les prophètes d’Israël et ensuite les apôtres du Nouveau Testament. « Je suis le chemin, la vérité et la vie », a-t-il dit. Cela ne signifie pas que les institutions se recommandant de lui sont les seules vraies. • Le chemin de Jésus n’était pas balisé par des doctrines et des rites mais il était un mouvement inspiré par Dieu, dirigé par sa créativité et la conviction de la « grâce » bienveillante donnée aux hommes sans discrimination.

• La vérité de Jésus était celle de l’ouverture au « royaume » de Dieu, certainement pas celle de l’obéissance aux règles strictes des pharisiens (respect du shabbat, rites de pureté, pardon réduit au seul Yom kippour) ni l’adhésion aux dogmes des conciles du IVe siècle.

• La vie que révèle Jésus était celle de l’énergie intérieure qui fait « se lever et marcher », guérir spirituellement, vivre et penser dans l’esprit d’une résurrection intérieure.

Protestants libéraux, nous ne laisserons aucune institution élever jusqu’au ciel un mur ecclésiastique qui nous séparerait des autres hommes. Nous établirons avec tous, dans la mesure du possible, un dialogue heureux et souriant sur la vie profonde que nous sentons en nous et que nous vivons dans la prière, la fidélité, l’amour du prochain, la paix intérieure, l’universalité de Dieu. Nous partagerons ensemble, s’ils le veulent bien, les graves problèmes que sont la guerre, la violence, la pauvreté, la protection de la nature, les injustices et les violations des droits de l’homme. En nous rencontrant ainsi, nous approfondirons chacun notre spiritualité et sans le vouloir particulièrement notre propre tradition religieuse. Nous nous garderons de l’attitude exclusiviste où l’on dit : notre chemin est le seul qui conduit au sommet d’où l’on contemple le vaste univers. Nous nous méfierons de l’inclusivisme récupérateur selon lequel les autres chemins conduisent tous au même sommet que le nôtre. Nous pratiquerons le pluralisme qui envisage divers chemins menant à différents sommets d’où l’on aperçoit le même univers. On se demandera évidemment s’il s’agit bien du même univers !

Nous aimerons le Dieu universel dont a parlé Jésus-Christ et par souci de vérité et de fidélité au message évangélique, refusant tout système autoritaire, nous reconnaîtrons une valeur relative aux institutions ecclésiastiques.

 

À propos Gilles Castelnau

a été pasteur de paroisse à Amsterdam et en Région parisienne. Il s’est toujours intéressé à la présence de l’Évangile aux marges de l’Église : aumôneries militaires, de prison, universitaires, Croix Bleue. Il anime depuis 17 ans le site Internet Protestants dans la ville.

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