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5. La Loi : enfin le moment où Dieu parle

 

L’office divin est une rencontre avec Dieu. Ce Dieu qui apporte à son peuple la grâce et la paix, qui écoute ses prières et ses louanges, qui enseigne par sa Parole et qui bénit.

Mais comment rencontrer Dieu ? Alors qu’il est tellement loin de nos capacités de compréhension. Alors que nous ne savons même pas comment il est. Moïse avait bien rencontré Dieu et lui avait demandé son nom. Et la réponse de Dieu a fait le tour du monde « Je suis celui qui suis. » Phrase énigmatique qui signifie à tout le moins que Dieu ne se laisse pas enfermer dans des noms. Car il est le tout-autre, l’inatteignable, l’inconnaissable. Il est incompréhensible à son peuple.

Alors comment le rencontrer lors du culte ? Dans la grande tradition de la Bible hébraïque, Dieu se donne à connaître par ses exigences éthiques, son enseignement, sa soif de justice, ce qu’on appelle sa Loi, donnée à Moïse en réponse (différée) à sa question : « Quel est ton nom ? » La Loi tombe du ciel sur le Sinaï, parce qu’elle est le lien entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes. Remarquons toutefois que le mot Torah signifie étymologiquement enseignement, instruction ; et que c’est sa traduction dans le grec de la Septante par Nomos qui a conduit à réduire la Torah à une loi. Ce terme a un aspect un peu trop juridique, et restreint beaucoup le sens de la Torah.

Dieu est un Dieu moral disent les docteurs juifs. Cette posture morale est constitutive de l’être de Dieu. C’est pourquoi, pour ces docteurs, la Torah, qui n’est pas que le décalogue, mais l’ensemble des enseignements bibliques contenus dans le Pentateuque, est le moyen d’accéder à Dieu. On connaît Dieu par ce qu’il nous demande. La Loi s’oppose au veau d’or que le peuple adorait tandis que Moïse recevait les fameuses tables gravées. Cet or est évidemment plus attirant. Il nous éblouit par son éclat, mais en fait il n’a rien à dire, rien à nous demander, rien à nous apprendre que des frivolités qui ne mènent pas au bien.

Jésus ne se serait pas opposé à la Loi en tant que telle. Proche des Pharisiens, du moins des Pharisiens libéraux (!), il voulait revenir au sens profond de la Torah et éloigner son peuple d’une interprétation trop tatillonne qui ne correspondait plus à son utilité sociale. Le Sabbat a été fait pour l’homme et non pas l’homme pour le Sabbat, disait-il. Et il précise bien chez Matthieu qu’il n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir, dans le sens d’une plus grande exigence éthique, comme l’exprime si bien le Sermon sur la montagne. Accomplir, c’est aussi faire évoluer, car les exigences pour le comportement en société ne s’expriment pas de la même façon au temps de l’écriture du Pentateuque et au temps de Jésus. D’ailleurs les Hellénistes dont parle le livre des Actes des Apôtres semblent bien avoir compris cela, qui s’attachaient davantage à une loi morale utile à leur temps plutôt qu’à la Loi rituelle devenue trop poussiéreuse. Pas étonnant qu’ils furent à l’origine du développement du christianisme hors de Palestine.

Traditionnellement, dans le culte juif, alternent d’une part l’enseignement divin à travers la lecture de la Torah (Cheema Israël…), de certains psaumes qui peuvent être chantés, d’autres textes bibliques puisés dans le Pentateuque ou chez les Prophètes ; et d’autre part de nombreuses bénédictions qui sont à la fois des prières et des louanges. « Baroukh attah Adonaï… », Bénis sois-tu Seigneur… qui nous a sanctifiés par tes commandements. Bénis sois-tu pour cette journée qui commence ; bénis sois-tu parce que nous sommes toujours en vie. Par la bénédiction, les hommes dirigent vers Dieu leur louange et leur adoration, et ils reçoivent en échange sa bénédiction qui les aide à vivre.

Bien que procédant à l’origine du culte juif, les premières liturgies chrétiennes ont marqué un changement notable d’orientation. On le voit bien en consultant une des plus anciennes liturgies orientales connues, celle dite de saint Jean Chrysostome, mais qui en fait lui est postérieure. Il n’y est pratiquement plus question de l‘enseignement divin, mais essentiellement du salut des participants, obtenu par le pardon des péchés : « Purifie- moi de toute souillure et sauve mon âme »… « Aie pitié de nous, purifie-nous de nos péchés »… « Lave-moi et je serai plus blanc que la neige, ne me rejette pas loin de ta face… sauveur, sauve-nous. » Et ces litanies sont répétées inlassablement. Le souci de ces liturgies n’est plus de rappeler les volontés divines mais de supplier Dieu d’avoir pitié des pauvres pécheurs et de les sauver malgré leurs fautes. Heureusement, au milieu de ces interminables supplications, figurent la lecture des Épîtres et de l’Évangile, et l’homélie qui les commente. Elle est le seul moment où les exhortations des chrétiens à s’occuper du monde peuvent être rappelées.

Les liturgies occidentales, romaines, bien que simplifiant et raccourcissant ces longues complaintes, n’évoquent pas davantage les volontés de Dieu et l’éthique qui s’ensuit. Ces liturgies cherchent avant tout à supplier Dieu de bien vouloir sauver les participants, à rappeler à ces participants ce qu’ils doivent croire (les credo), mais ne se soucient pas de leur rappeler que la bonne relation à Dieu consiste fondamentalement en l’amour du prochain, et en l’ouverture au monde souffrant.

Il faut attendre la Réforme, pour que soit réintroduite dans la liturgie chrétienne, après des siècles d’absence, la nécessaire obéissance aux exigences de Dieu. Et quand je dis la Réforme, je veux dire Calvin.

 

Il est évident que pour Luther, et les autres Réformateurs, le respect de la Loi n’a aucune incidence sur la justification (disons le salut). Mais pour lui l’Évangile n’est pas une Loi nouvelle. Au contraire, la Loi, trop proche du légalisme, condamnerait plutôt le chrétien à cause de ses péchés. Mais il est racheté par l’Évangile, comme l’écrit souvent saint Paul. Le rôle de l’Évangile est de consoler de la Loi. Là est la Grâce. On comprend que l’office divin de tradition luthérienne ne comporte pas de rappel de la Loi et ceci encore aujourd’hui.

Au contraire, pour Calvin, l’Évangile est une obéissance nouvelle vis-à-vis de la Loi. La parole de Dieu est unique, mais s’exprime sous différentes formes. La fonction utile de la Loi n’est pas d’accuser l’homme de ses péchés, mais de bien les lui montrer pour pouvoir donner une forme nouvelle aux exigences de la vie morale régénérées par l’Évangile.

À Strasbourg, et avec son ami Bucer, Calvin a donc pris les choses en main. Supprimant du culte l’orgue et les chants grégoriens, ils les remplacent par le chant des psaumes et le récit chanté du Décalogue. Parfois aussi, pour faire taire l’assistance, Bucer faisait lire haut et fort au début du culte, les dix commandements.

Et quelques années plus tard la Confession de foi de La Rochelle, supervisée par Calvin lui-même, écrira en son article 23 : « Au surplus, il nous faut (être) aidés de la Loi et des Prophètes, tant pour régler notre vie que pour être confirmés aux promesses de l’Évangile. »

Ce rappel de la volonté de Dieu s’est maintenu jusqu’à nos jours avec des fortunes diverses. Certes il serait bien imprudent d’affirmer que Dieu a telle ou telle volonté précise. Elle n’est jamais que celle que nous lui attribuons, au mieux celle que Jésus nous enseigne à travers les évangiles : la miséricorde avant tout. Le Jésus de Matthieu le rappelle lui-même en citant le prophète Osée : « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice. » La miséricorde, c’est étymologiquement le soin que notre cœur apporte à ceux qui sont dans la misère.

Finalement ce moment liturgique est très important car il nous rappelle chaque dimanche le fondement du christianisme : l’amour du prochain.

La liberté que notre Église laisse à ceux qui président le culte leur permet d’exprimer ces volontés évangéliques avec une grande diversité d’expression. Voici par un exemple un texte qui me plaît bien mais dont je ne sais plus l’origine :

 Toujours, quand il y a un vide dans ta vie, remplis-le d’amour. Jeune, vieux, bien portant, malade, toujours, quand il y a un vide dans ta vie, remplis-le d’amour. Ne pense pas : je souffrirai. Ne pense pas : je me tromperai. Va, simplement, allègrement, à la recherche de l’amour. Aime comme tu peux, aime tout ce que tu peux. Aime toujours. Ne te préoccupe pas de la finalité de ton amour : il porte en lui-même son horizon. Ne le juge pas incomplet, dérisoire : l’amour porte en lui sa propre plénitude. Toujours, quand il y a un vide dans ta vie, remplis-le d’amour, du don, du partage.

 

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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