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Bible imprimée ou Bible sur Internet ?

 

La Réforme du XVIe siècle doit une bonne part de son rayonnement à l’imprimerie. C’est bien connu. En revanche, on ne prend souvent pas suffisamment garde au fait que, au XVIe siècle, trois nouvelles traductions de la Bible sont sorties de presse en moins de cinq ans : la Bible dite « de Zwingli » à Zurich en 1531, celle de Luther à Wittenberg en 1534, et celle de Robert Olivétan à Neuchâtel en 1535. Zwingli et Luther ont manifestement conçu cette publication comme une conséquence nécessaire du mouvement de réforme dont ils étaient les mentors, chacun dans son aire. Quant à la Bible d’Olivétan, la publication et le financement en avaient été décidés comme impérativement nécessaires par le synode des Vaudois du Piémont siégeant en 1532 à Chanforans, dans le val d’Angrogne.

Dans les trois cas, il s’est agi de mettre une traduction fiable de l’ensemble du document biblique à la portée, sinon de tout un chacun, du moins du plus grand nombre, en particulier du plus grand nombre possible de familles. Il ne suffisait pas que la Bible soit lue solennellement et commentée au cours du culte. Il fallait aussi qu’elle puisse être lue en famille et que chacun soit pratiquement en mesure de s’y référer, au besoin pour vérifier, contester ou compléter l’enseignement des prédicateurs. Les agents de la Contre-Réforme ne s’y sont pas trompés : ils ont cherché à interdire la diffusion de la Bible et sa lecture par des particuliers.

Les Bibles imprimées sont ainsi devenues un signe distinctif du protestantisme. À Genève, devant le célèbre mur qui perpétue leur mémoire, les réformateurs qui y sont représentés (on a fait l’impasse sur Viret, Zwingli et Bullinger) le sont une Bible à la main, et ce ne pouvait être qu’une Bible imprimée. Même remarque pour les temples du XIXe siècle dont le fronton comporte lui aussi la représentation d’une Bible imprimée. L’habitude a été prise dans la plupart des temples réformés d’avoir en permanence une Bible ouverte sur la table de communion. Et n’oublions pas l’existence des Bibles de famille sur les pages de garde desquelles, jadis, on consignait scrupuleusement les dates des naissances, des mariages, des décès. Dans de nombreuses églises du monde réformé on remettait d’ailleurs une telle Bible de famille aux époux lors de leur cérémonie de mariage.

Mais lit-on encore la Bible au culte, je veux dire la lit-on dans un exemplaire complet et dûment imprimé ? De temps à autre, les lecteurs ou prédicateurs de service se mettent à en lire des passages non dans un volume complet et dûment imprimé, mais sur une feuille sortant d’une imprimante avec un texte provenant d’une des nombreuses versions accessibles sur Internet. Certains en viennent même à lire les péricopes prescrites directement sur l’écran de leur tablette numérisée. Je n’y vois aucun inconvénient si la lecture de la Bible n’en souffre pas. Mais je ne puis éviter de me poser cette question : l’ère très protestante des Bibles imprimées va-t-elle céder le pas à celle des Bibles par Internet, et avec quelles conséquences ? Je n’en sais rien, mais c’est à envisager !

 

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À propos Bernard Reymond

né à Lausanne, a été pasteur à Paris (Oratoire), puis dans le canton de Vaud. Professeur honoraire (émérite) depuis 1998, il est particulièrement intéressé par la relation entre les arts et la religion.

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