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Un Franco-Allemand, abolitionniste convaincu au XIXe siècle

 

Gustave Oelsner-Monmerqué est né en 1814 à Paris d’un père allemand, écrivain, chroniqueur, diplomate, et d’une mère française. Orphelin à l’âge de quatorze ans, il devient docteur ès lettres. Les amis de son père ont dû lui donner le goût du voyage, particulièrement l’explorateur Alexander von Humboldt, un abolitionniste convaincu.

En 1842, Gustave débarque à l’Île Bourbon, aujourd’hui La Réunion. Protestant et libre penseur, il fait sienne la maxime de Goethe : « Penser et agir, agir et penser, telle est la somme de toute sagesse. » Sa formation universitaire lui ouvre les portes de la presse et de l’enseignement. Même si le terrain s’avère miné, sa conscience l’empêche de se conformer à l’esprit colonial régnant. À peine débarqué, il signe son premier éditorial comme rédacteur en chef d’un hebdomadaire local dans lequel, malgré la censure, il aborde la question de l’abolition de l’esclavage et milite pour l’instruction religieuse et morale des « libres de couleur » et des esclaves. Découragé, il quitte la presse au bout d’un an et poursuit son activité au Collège royal de Bourbon, où il crée une chaire de philosophie. Dans le contexte esclavagiste, il veut amener la jeunesse à une maturité de réflexion et lui faire acquérir une autonomie pour décider par elle-même en dehors des idées imposées par une société paralysée par des préjugés. Parallèlement, il lance un projet d’enseignement pour les libres de couleur, une population maudite, bien que bénéficiant du même statut que les Blancs. Mais il échoue, la société coloniale ne pouvant accepter l’ascension sociale des gens de couleur.

En 1845, il doit se rendre en France. L’administration locale le déclare alors démissionnaire pour se débarrasser d’un professeur gênant. Lorsqu’au cours de son séjour le poste de proviseur du Collège de Bourbon devient vacant le ministère a le courage de nommer Oelsner-Monmerqué et non le professeur qui assure l’intérim. Toutefois, Paris ne juge pas opportun d’imposer le plan de réforme qu’il voulait mettre en œuvre (qualifié d’une « sérieuse importance » par le directeur des colonies) dont les Bourbonnais ne sont pas demandeurs. Il démissionne alors de son poste de proviseur, renonce à retourner dans l’île et s’installe à Berlin. Son combat pour la dignité humaine comme journaliste, professeur et proviseur sera suivi d’un militantisme littéraire en Allemagne.

Son livre Schwarze und Weiße. Skizzen aus Bourbon est publié fin 1847 en Allemagne, pays qui n’avait pas d’esclaves et dont l’opinion publique pouvait ainsi soutenir la cause abolitionniste. La première partie décrit la traite (interdite depuis 1817) entre Zanzibar et Bourbon. La seconde partie, « Vie coloniale », témoigne des rapports entre les Noirs, les esclaves, et les Blancs, leurs propriétaires. Il y transcrit ce qu’il a vu de ses propres yeux en donnant à son récit une trame romanesque pour le rendre accessible à tout lecteur.

Oelsner-Monmerqué fut parmi les premiers à s’investir autant en un temps extrêmement court dans la vie publique, éducative, culturelle et sociale de la colonie Bourbon pour revendiquer une émancipation rapide et complète des esclaves « que l’humanité comme la religion exigent ».

Le décret d’abolition de l’esclavage, publié le 2 mai 1848, entrera en vigueur à La Réunion le 20 décembre 1848, aujourd’hui jour férié. La traduction française de son livre Noirs et Blancs. Esquisses de Bourbon, a été publiée, pour la première fois, en 2014 par le musée historique de La Réunion, suivie de plusieurs expositions. L’ouvrage, écrit il y a plus de 150 ans, a indéniablement répondu aux attentes d’un public d’aujourd’hui qui s’intéresse à une période charnière de l’histoire de son île. Le vœu du poète Auguste Lacaussade, fils d’une affranchie, activement défendu par Oelsner-Monmerqué, est significatif de cette époque… et le reste encore de nos jours, sous d’autres horizons : « Hâtons l’avènement d’un monde à tous meilleur. » u

 

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À propos Marlene Tolède

est Docteur en Littérature et Civilisation du monde germanique. Elle a été chargée de cours à l’Université de La Réunion.

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