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Être pasteur

 

Ceux qui pensaient qu’un pasteur est un agent d’ambiance spirituelle se sont retrouvés bien démunis lorsque le confinement fut venu. Il n’était plus possible de faire de l’Église un prestataire de convivialité. Finis les divertissements ecclésiaux. Finies les activités avec un vernis religieux. La mise en ligne de la vie des Églises a fait office de passage par le tamis de toutes les offres qui, jusque-là, remplissaient les agendas. La concurrence a fait son travail de hiérarchisation des propositions faites par les différentes communautés. Le divertissement est venu en concurrence avec les professionnels du divertissement. La théologie a pu, ainsi, être mise en avant comme une spécificité que les Églises manient avec professionnalisme ou, au contraire, a fait cruellement défaut quand elle avait été reléguée depuis un moment de l’horizon ecclésial.

Par ailleurs, le confinement des personnes a mis tout le monde sur un pied d’égalité : il n’y avait plus les paroissiens physiquement présents à toutes les activités, ceux qui ne viennent que pour les grandes occasions et les inscrits sur le fichier qu’on ne voit jamais. Dans ces conditions, le sens de la visite pastorale a pu se trouver interrogé : faire du lien ? Pour une fois l’intégralité du fichier était à explorer pour s’assurer que personne n’était dans une situation critique, mais chaque pasteur allait-il appeler chaque foyer de manière hebdomadaire ? Les membres de l’Église avaient leur part à prendre dans ce travail de lien fraternel et le pasteur devait donc envisager quelle était sa spécificité dans ce dispositif.

 Mettre face à Dieu

Ce travail de purification rendu possible par la crise sanitaire aura peut être permis de rappeler une évidence : le ministère pastoral a pour fonction essentielle de replacer chacun face à Dieu. Cela vaut aussi pour les autres ministères dont le centre de gravité peut se rapprocher d’une population spécifique : les enfants pour ce qui concerne les catéchètes, les personnes en partie privées de leur liberté de déplacement pour les aumôniers, une communauté humaine vivant sur un territoire spécifique pour les membres des comités directeurs des Églises, etc.

Organiser le face à face avec Dieu c’est rendre disponible, c’est-à-dire audible et compréhensible, ce que l’Évangile nous offre d’éprouver, par exemple la vie par grâce seule, sans avoir besoin de se justifier d’être là, sur terre, sans avoir à se justifier d’avoir une place dans la communauté humaine ; par exemple quelques exigences en termes de justice, d’amour pour autrui ; par exemple une manière d’être, à savoir une attitude responsable (nous avons à répondre de ce que nous faisons ou ne faisons pas à nos frères), un regard universel (nous appartenons à une communauté qui est à l’échelle de Dieu et non à notre dimension), une pensée qui ne doit pas être conditionnée par les seules circonstances particulières, mais aussi par les idéaux qui se dessinent à la lecture des textes bibliques en premier lieu.

Penser sa vie, lui donner du sens, hiérarchiser ce qui la constitue, mettre en perspective nos aspirations, nos projets, ne pas s’en tenir à nos premières émotions, ne pas se contenter de ce qu’indiquent les lois, les règlements, les habitudes… voilà ce qu’un ministre de l’Évangile est susceptible de provoquer chez les personnes qu’il croise et dont il a la responsabilité spirituelle. C’est ce travail d’interaction que la théologie chrétienne nomme le travail du Saint-Esprit. Les ministres ouvrent les voies à ce travail du Saint-Esprit qui vise à convertir les personnes, c’est-à-dire à leur permettre de donner à leur parcours de vie les inflexions qui les orienteront vers une vie déchargée de souffrance et de regrets, vers une vie qui leur donne l’occasion de faire valoir leurs talents, et d’accomplir des actions satisfaisantes pour elles et pour autrui.

 Permanent d’une institution militante à caractère symbolique

Ce face à face avec Dieu suppose que soit réalisé un travail préliminaire sur ce que Dieu désigne. C’est tout l’intérêt de la théologie : penser Dieu et pouvoir en rendre compte. C’est en ce sens que les ministres ne peuvent pas faire l’impasse sur le travail théologique. La théologie n’est pas à entreprendre seulement dans le cadre des activités, mais bien en amont, pour se préparer à aborder nos engagements avec l’exigence qui incombe à ceux qui s’inspirent de ce que Jésus a incarné durant son ministère. Si la théologie se fait toujours chemin faisant, en réformant nos pensées et notre discours religieux en fonction des expériences que nous faisons, il faut aussi des moments où l’on se pose pour vérifier le cap et notre manière d’être.

Bernard Antérion, lorsqu’il présidait la commission des ministères de l’Église Réformée de France, disait des ministres de son Union d’Églises qu’ils sont des permanents d’une institution militante à caractère symbolique. Cette formule rassemble les attentes que chacun est en droit de former en direction de ceux qui exercent un ministère ecclésial. Un permanent est un individu qui est là, bien présent. On ne peut être ministre par procuration ou juste le temps du culte. Si toute la vie d’une ministre ne se passe pas dans les lieux ecclésiaux, toute la vie du ministre, elle, interagit avec sa vocation, sans compter son temps ni son énergie.

Une institution institue et le ministre est là pour instituer le cœur de mission de l’Église : la proclamation de l’Évangile qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas encore et qui appelle à la liberté ce qui est venu au monde. Un pasteur n’est pas un beau parleur, il est un instituteur qui institue la vie divine par des interventions appropriées, par de la formation, par des célébrations. Il ne le fait pas sous forme d’une aumônerie réservée aux membres du club, mais le rend disponible pour toutes les personnes qui sont dans son entourage : être militant, c’est être actif auprès de son prochain, de celui dont je ne suis pas encore proche, mais qui sera le prochain à découvrir auprès de moi ce que signifie être frère ou soeur en Christ. Cela se vit sur un mode symbolique qui unit spirituellement toutes les facettes de l’existence et qui renvoie à une réalité supérieure. Le symbolique nous renvoie à une identité qui dépasse toutes les identités particulières en nous mettant en relation avec le divin qui unifie notre personnalité en un individu qui est digne d’être aimé et au sein d’un peuple qui est solidaire de ses membres.

La théologie nous conduit à penser ces aspects de la vie, notamment lorsque nous nous contenterions volontiers de rendre service à l’institution en remplissant un agenda plein d’activités qui ne vont pas dans le sens de ce que nous sommes appelés à instituer. L’activisme n’est pas un titre de gloire dont on devrait se prévaloir en tant que ministre. C’est l’art de ne jamais se résigner à instituer une vie divine pour chacun qui est la véritable noblesse dont peuvent se targuer les ministres. Chaque ministre exercera ses talents personnels en direction d’une mission qui le transcende largement et qui ne consiste pas à flatter ses compétences. Le ministre est un serviteur qui n’est pas là pour se servir du ministère pour faire carrière. Il est là pour proclamer des paroles dignes de Genèse 1 qui sortiront chacun du chaos pour le propulser dans un monde vivable.

 

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À propos James Woody

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Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

2 commentaires

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    Un ministre devrait surtout être un communicant de Foi pour l’irradier et non un activiste ….”politique”.
    Mais les ministres ont il toujours la la Foi?

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      Non, ils n’ont malheureusement pas toujours la foi et alors ils nous leurent presqu’autant qu’ils se leurent eux-mêmes…
      Mais la plupart d’entre eux sont des petites lumières qui nous guident patiemment !

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