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Un chœur qui fait des vagues

 

Le samedi 27 avril 2013, je pose un pied à Ramallah, je découvre la culture palestinienne, je débats sur ce qui m’entoure : un mur, des colonies, des camps de réfugiés, des bases militaires, mais aussi des musiciens, des écoles de musique. Je décide de m’installer en Palestine.

La naissance du choeur Amwaj

Après avoir été professeure pendant une année (2013-2014) dans les différentes antennes du conservatoire de Palestine (Ramallah, Bethléem, Jérusalem, Naplouse et Gaza), c’est à Bethléem que j’ai finalement posé mes valises pour créer, avec mon mari italien installé en Palestine depuis 2004, l’école chorale Amwaj (mot arabe pour « ondes » ou « vagues ») de Palestine. Cette école réunit soixante filles et garçons de 8 à 18 ans des régions d’Hébron et de Bethléem (nouvelles et anciennes villes, zones rurales, camps de réfugiés). Elle a ouvert ses portes en 2015 à l’Association d’Échanges Culturels Hébron-France et au Centre Culturel Ghirass de Bethléem et a depuis maintenu une activité sans interruption.

Des enfants qui n’avaient jusqu’alors pas accès à un enseignement artistique – pour des raisons financières, d’éloignement géographique ou de non intérêt de leur famille – bénéficient aujourd’hui de huit heures de cours hebdomadaires. L’apprentissage du chant choral se complète de nombreuses disciplines (formation et culture musicales, technique vocale, introduction au piano et aux percussions, théâtre, yoga, langues étrangères). Mais le chœur Amwaj est aujourd’hui bien plus qu’une école de musique : il est un ensemble qui se produit mensuellement en concerts, il est surtout une grande famille unie par l’amour de la musique. Dans une Palestine divisée, à l’image des bantoustans, le chœur Amwaj réunit, il propage ses ondes musicales, il chante l’amour, il chante l’autre.

Découvrir une vie plus riche

En Cisjordanie, en dehors des restrictions en électricité et en eau, c’est bien l’espace qui manque. Qu’ils soient entassés dans des camps de réfugiés ou dans des villes surpeuplées, qu’ils voient leur village rétrécir au gré de l’implantation de colonies, les enfants n’ont que peu d’espace de jeu hormis la rue au trafic souvent très chargé. « Quand je rentre chez moi après les répétitions ou les camps musicaux, le chœur me manque, je veux revenir. » A., 17 ans, a grandi dans la vieille ville d’Hébron, colonisée en son sein. Au contact permanent des soldats, il jouait dans la rue, des jeux d’enfants mais également de la darbouka. Peu après l’expérience traumatisante d’un court séjour en prison, il intègre le chœur Amwaj en 2015 et envisage aujourd’hui des études de musique avec le soutien de sa famille.

En chantant, les enfants découvrent un espace intérieur, ils explorent les possibilités gigantesques d’expression que leur fournit leur propre corps. Nous organisons régulièrement des séjours musicaux dans des lieux qui offrent un accès à des espaces verts. Pendant quelques jours, formateurs et enfants vivent ensemble autour de la musique, ils s’échappent de leur quotidien. Nous organisons aussi des tournées pour permettre aux enfants de découvrir d’autres pays, d’autres cultures. À moins d’obtenir un permis de la part des autorités israéliennes, les palestiniens de Cisjordanie sont interdits d’accès à la mer, située à 40 kilomètres de chez eux. Comme beaucoup d’autres enfants du chœur, M., 9 ans, a découvert la mer à Dieppe lors de notre première tournée en France en 2018 : « J’ai réalisé mon rêve… mais l’eau est froide ». M. enfile alors un pull en laine pour retourner immédiatement se baigner.

En arrivant en Palestine, je voulais « agir », « aider », « offrir ». Finalement, ce sont les enfants et les jeunes qui m’offrent… leur sourire, leur soif d’apprendre, leur regard qui pétille d’amour et de curiosité.

 

Pour suivre les activités du chœur Amwaj : https://www.facebook.com/amwajchoirschools Pour adhérer à l’association Soutien Amwaj : https://www.helloasso.com/associations/soutienamwaj/ adhesions/adhesion-soutien-amwaj-2019

 

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À propos Mathilde Vittu

est fondatrice et directrice de l’école chorale Amwaj en Palestine et professeur d’analyse musicale au Conservatoire de Paris (CNSMDP). Violoniste, chef de chœur, elle est titulaire de 6 prix du CNSMDP et d’un doctorat de musicologie.

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