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Dieu : à la frontière du genre

 

Dieu, un père ? est un ouvrage d’une centaine de pages. Il ne faudrait pas que cette brièveté nous donne à penser que cet essai peut être lu rapidement. Quoique très compréhensible, il est concis et dense. Cet essai est composé de trois parties. Cela dit, il est possible de les lire dans un ordre différent. La première étape s’intitule « Chercher Dieu ». Elle est constituée par un dialogue entre trois protagonistes (Camille, Dominique, Claude), dont les prénoms sont aussi bien féminins que masculins. Cet entretien nous permet d’entrer dans un débat sans être, d’emblée, bloqué par une affirmation péremptoire. Certes, ainsi, H. Auque nous parle, mais plus encore nous permet de nous sentir écoutés. Pour Auque, la notion de Dieu-Père a impliqué une subordination du croyant et les Églises ont profité de cela pour régir notre spiritualité et la figer. La notion de frères et sœurs ne pourrait-elle pas alors être remplacée par celle de compagnons et de compagnes ? De toute façon, la spiritualité bien comprise est une recherche. À nous de la faire vivre.

La deuxième étape a pour titre « Christianisme et image paternelle de Dieu ». Elle comporte les brèves sections suivantes : Être père – Le Père dans la société contemporaine – Freud et le rôle du Dieu-Père -Dieu-Père dans la Bible – Positions des théologiennes féministes – Dieu-Père dans les différentes religions -Quitter le Père (« Vouloir à tout prix abandonner l’analogie Père-Dieu mérite autant d’être interrogé que de vouloir à tout prix la maintenir. »).

Le troisième moment de ces développements (« Une société dépaternisée ? ») nous conduit à une conclusion en forme d’ouverture nous invitant à ne pas surcharger Dieu de mots, parce que nous aurions abandonné celui de Père. « Comme pour un champ, une jachère sera salutaire. » Respectons le silence. En finale, une magnifique citation du mystique Angelus Silesius (1624-1677) occupe à elle seule toute une page : « Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi ; et chercher Dieu ailleurs, c’est le manquer toujours. » Hubert Auque a été enseignant-chercheur (Faculté de théologie protestante de Paris) et psychanalyste. Son domaine est celui de la psycho-anthropologie des religions. Ses travaux sont au carrefour de cette réalité et de la spiritualité. Auque est un homme de la frontière, au sens tillichien de ce mot : la frontière rapproche, permet la rencontre et non la séparation. Catalan d’origine, il a habité l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne, la France. On retrouve là la notion de frontière. Auque aime tisser des liens et construire des ponts. Cette même diversité marque son œuvre : 5 essais, 2 recueils de nouvelles, 1 pièce de théâtre, 8 romans. Le dernier d’entre eux, très original et profond, Sebastià, enfant de la Retirada, raconte en fait la rencontre dans un hôpital transfrontalier (!) à Puigcerdà de deux médecins, l’un âgé (Sebastià) et l’autre jeune (Ramon) ; mais ces deux héros du livre deviennent en fait trois : Hubert Auque, avec une belle imagination, de manière très fine et astucieuse, fait de ce duo un trio introduisant entre eux, ou plutôt avec eux, la figure très présente, mais toute spirituelle bien sûr, du docteur Albert Schweitzer. Une éthique exigeante unit ces trois médecins. Enfin, une commune admiration pour Jean-Sébastien (Sebastian) Bach porte ces tois personnages à un sommet dans le partage qui les unit.

 Hubert Auque, Dieu, un père ?, Toulouse, Érès, 2018, 104 p. & Hubert Auque, Sebastià, enfant de la Retirada, Paris, L’Harmattan, 2018, 185 pages.

 

À propos Laurent Gagnebin

docteur en théologie, a été pasteur de l'Église réformée de France, Paris ( Oratoire et Foyer de l'Âme ) Professeur à la Faculté protestante de théologie.Il a présidé l’Association Évangile et Liberte et a été directeur de la rédaction du mensuel Évangile et liberté pendant 10 ans. Auteur d'une vingtaine de livres.

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