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Commémoration des 500 ans de la Réforme en Belgique

 

Culte d’action de grâces du 28 octobre 2017 dans la cathédrale Saints-Michel-et-Guldule à Bruxelles. Photo EPUB

Échanger des livres au lieu de les brûler. C’est le symbole marquant qu’on retiendra du culte solennel célébré samedi 28 octobre 2017 en la cathédrale des saints Michel et Gudule à Bruxelles. À l’invitation très fraternelle du cardinal De Kesel, l’Église Protestante Unie de Belgique (ÉPUB) y célébrait en grande pompe le cinq centième anniversaire du geste initiateur de Luther lors d’un culte réformé « bon teint ». Et, comme pour exorciser les excommunications du passé, le pasteur Steven Fuite (président du synode) et le cardinal ont échangé des livres. On appréciera le choix du cardinal De Kesel, qui s’est porté sur une biographie du pape Adrien VI, seul pontife issu de nos contrées et ami d’Érasme. « On sait très bien, a déclaré Steven Fuite, qu’il y a eu des moments où – la croix à la main – nous nous sommes supprimés, brûlés, crucifiés les uns les autres pour défendre “notre” Dieu, à savoir notre peur, la menace de perdre notre pouvoir. » L’œcuménisme a été, comme ailleurs, un des marqueurs de ce jubilé et on ne résiste pas à la tentation de vous faire partager ce bon mot d’un historien distingué de notre ÉPUB apprenant que le culte solennel serait célébré à la cathédrale catholique : « On retourne chez Maman ».

Mais c’est en compagnie de la communauté juive bruxelloise que l’année « Réfo 2017 » s’est ouverte. Le pasteur Fuite s’est ainsi exprimé avec des mots de pardon à la grande synagogue de Bruxelles : « En tant qu’Église Protestante Unie de Belgique, nous ne pouvons et ne voulons pas commémorer le début de la Réforme sans nous souvenir d’une très regrettable partie de son histoire. Nous faisons allusion à certaines déclarations de Luther sur les Juifs, consignées notamment dans son pamphlet Von den Juden und ihren Lügen (Des Juifs et de leurs mensonges). […] Nous souhaitons nous distancier clairement des paroles de Luther et nous voulons vous l’exprimer distinctement ainsi qu’à nos semblables. »

Première de plusieurs prises de parole relayées par les médias…enfin ! En effet, le protestantisme belge ne représente qu’entre 2,7 % et 3,2 % de la population selon les sondages, partagés entre un courant historique de tendance réformée au sein de l’ÉPUB d’une part et les évangéliques rassemblés au sein du Synode Fédéral d’autre part, deux courants dont le dialogue est suspendu… pour une raison explicite à la lecture de cette déclaration du président des évangéliques belges parue dans une interview au quotidien Le Soir du 30 octobre 2017 : « Mais tant que ça ne concerne que les pasteurs… Par contre, lorsque l’ÉPUB a voulu nommer une personne, non pas de tendance mais de pratique homosexuelle – cela a son importance ! – pour un poste du CACPÉ (conseil administratif du culte protestant et évangélique), nous nous y sommes opposés. » Le protestantisme belge est discret, donc, au sein d’un paysage religieux dominé par le catholicisme et l’islam. On peut se réjouir cependant du nombre d’articles, d’interviews et même d’émissions consacrés en Belgique à ces protestants que leurs concitoyens semblent découvrir. Ce qui est aujourd’hui la Belgique a pourtant le triste privilège d’avoir vu périr sur la Grand-Place de Bruxelles les deux premiers martyrs de la Réforme. Henri Voes et Jean van Esschen périrent en effet brûlés vifs en 1523. La commune de Bruxelles a d’ailleurs promis d’apposer une plaque en 2023.

Le 500e anniversaire est aussi l’occasion de s’interroger sur notre façon d’être Église au sein de la société actuelle. L’assemblée synodale du 18 novembre 2017

s’est notamment penchée sur le statut des pionniers, ces missionnaires nouvelle génération qui reprennent à leur façon le ministère de Vincent Van Gogh, évangéliste dans le Borinage entre 1878 et 1880. Ces pionniers sont affectés à des paroisses en déclin ; à charge pour eux de susciter de nouvelles façons de faire résonner l’Évangile. Inspirée par les fresh expressions of Church, cette stratégie d’Église pose plusieurs questions : faut-il être pasteur pour animer une communauté émergente ? Ces initiatives sont-elles durables ? Est-il nécessaire d’avoir un master en théologie protestante pour célébrer un baptême ou la sainte cène ? Derrière ces questions, beaucoup de craintes : crainte d’être envahis par des missionnaires évangéliques, crainte d’un témoignage au rabais, crainte de voir nos paroisses remplacées par des théo-cafés… Crainte du changement, de la transformation, (du semper reformanda ?) Paradoxe, quand tu nous tiens…

Une initiative fait peu à peu son chemin en ce domaine. L’Église Protestante Unie de Belgique a en effet lancé un nouveau magazine : Relief. Ce semestriel bilingue (néerlandais / français) se veut un reflet de ce que vivent les protestants, de la façon dont l’Évangile façonne ou accompagne leur vie. « De la profondeur dans ma vie », la devise du magazine est ainsi illustrée à travers des témoignages spirituels, des entretiens, des aquarelles, des photos artistiques… Résolument tourné vers l’extérieur, Relief se veut une tentative de témoigner de l’Évangile dans une société sécularisée, mais toujours en quête. À suivre !

Vous pouvez consulter le semestriel Relief à cette adresse : www.protestant.link/relief

 

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À propos François Thollon-Choquet

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est auxiliaire pastoral à l’Église du Musée, à Bruxelles, et coordinateur du projet « Relief » de l’Église protestante Unie de Belgique. Engagé dans le Carrefour des Chrétiens Inclusifs, il est attaché à la théologie de l’hospitalité, à la spiritualité queer et à l’engagement quaker.

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