Le sang

 

J’ai lu trois fois la Bible en entier. Quand des étudiants me consultaient pour savoir quel ouvrage je leur conseillais de lire pendant les vacances, je leur répondais : la Bible, mais une Bible d’étude, en en retenant alors toutes les introductions et les notes.

Cela dit, après ma troisième lecture intégrale de la Bible, je décidai de ne plus le faire tant j’avais été horrifié par la place qu’y occupait le sang, non pas dans le cadre d’une spiritualité et d’une symbolique – il est vrai parfois assez ambiguës – mais comme l’expression de morts cruelles et inhumaines voulues par Dieu.

Il y a d’abord la place envahissante des sacrifices dans les pratiques cultuelles évoquées dans les Écritures. Qu’on ait pu écrire que le Temple ressemblait en fait à une boucherie sanglante ne me parut pas si faux que cela. Sans cesse, les fidèles veulent plaire à Dieu et lui être agréables en lui sacrifiant des animaux et cela dans un bain de sang. Que Dieu attende de nous de tels sacrifices a quelque chose de profondément rebutant et donne de lui une image cruelle et laide. Heureusement, les prophètes ont souvent souligné les insuffisances de cette pratique, pour lui préférer une vie de justice et de charité, seule révélatrice d’une piété authentique.

Une deuxième dimension m’a scandalisé, le nombre de fois où Dieu, guerrier impitoyable, demande aux soldats de faire couler le sang des ennemis et de les passer tous au fil de l’épée. Je préfère à ces horreurs, qu’on nous dit orchestrées par un Dieu de justice et de miséricorde, cette histoire d’un roi « païen » victorieux auquel son peuple réclamait plusieurs jours de fêtes et de liesse, mais qui déclara : j’instaure au contraire un deuil national, parce que ma victoire a signifié la mort de mes ennemis.

On me dira que ces textes sanglants appartiennent au passé, qu’il faut en faire une lecture historique et critique en les replaçant dans des contextes lointains (dépassés ?), que la Bible n’est pas un livre de la Bibliothèque rose et nous présente, sans fioritures et faux-semblants, l’homme religieux tel qu’il est. Je veux bien. Mais le Nouveau Testament, me dira-t-on, échappe à l’image d’un Dieu sanguinaire et vengeur. Je ne le pense pas. Tout n’y proclame pas un Dieu d’amour. L’affirmation selon laquelle Dieu pardonne aux hommes en faisant couler sur la croix le sang d’un innocent a quelque chose de sordide dont s’est hélas énormément nourrie la théologie chrétienne avec la doctrine de l’expiation. Ce Dieu-là n’est même pas à la hauteur de ce que nous appelons un honnête homme. Là encore, le sang exigé par Dieu a quelque chose d’immoral et profondément révoltant.

J’ai lu par la suite la Bible à travers une grille de lecture très personnelle, celle d’un Dieu de vie et d’amour. Textes choisis ? Oui. Bible expurgée ? Oui, mais où je rencontre ainsi ce Dieu dont le chapitre 4 de la première épître de Jean (versets 8 et 16) nous dit précisément qu’il « est amour ». Toute la Bible ne nous fait pas entendre la Parole de Dieu, du Dieu de Jésus-Christ.

 

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À propos Laurent Gagnebin

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docteur en théologie, a été pasteur de l'Église réformée de France, Paris ( Oratoire et Foyer de l'Âme ) Professeur à la Faculté protestante de théologie.Il a présidé l’Association Évangile et Liberte et a été directeur de la rédaction du mensuel Évangile et liberté pendant 10 ans. Auteur d'une vingtaine de livres.

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