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Le Refuge

 

La France a autorisé le mariage pour tous en 2013, mais est confrontée à nouveau à un regain d’homophobie1. En effet, selon le rapport annuel 2017 de l’organisation SOS Homophobie, les actes d’hostilité à l’égard des gays et des transgenres ont augmenté de 19,5 % en 2016. On se rappelle que durant les longs débats en vue de l’adoption de la loi sur le mariage pour tous, les actes homophobes avaient explosé (+ 27 % en 2012, + 78 % en 2013). Malheureusement la haine à l’égard des personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) « persiste, s’amplifie et s’ancre toujours aussi profondément dans notre société » selon le même rapport. Un quart des victimes a moins de 25 ans.

C’est justement pour combler le manque de réponses des autorités politiques concernant l’homophobie et la transphobie qui touchent les jeunes majeurs qu’a été créée en 2003 à Montpellier l’association Le Refuge. Depuis cette date, elle a essaimé dans la France métropolitaine, à l’Île de la Réunion et en Guyane.

Le but premier est d’éviter le suicide des jeunes LGBT les plus fragiles en leur donnant « un havre de paix », c’est-à-dire un espace à la fois chaleureux et professionnel pour qu’ils puissent se reconstruire. Certains vivent mal leur homosexualité ou sont dans le déni de leur identité sexuelle. Mais ils ont tous été victimes de violences psychologiques et/ou physiques quelquefois dès l’enfance ou après leur coming out devant leurs familles ou leurs amis. Beaucoup de ces familles sont religieuses, musulmanes ou catholiques pratiquantes. Il y a aussi quelques familles protestantes évangéliques. Le Refuge qui accueille leurs enfants est laïque mais pas du tout hostile à la religion, et l’accompagnement de jeunes LGBT croyants peut se faire aussi avec l’apport d’intervenants religieux extérieurs.

Ces jeunes LGBT témoignent d’une grande violence familiale2. Nabil, les larmes dans les yeux, raconte qu’il a été kidnappé, séquestré, qu’il a pris des bombes lacrymogènes ; que sa famille pendant plus de 7 ans ne lui parlait pas, ne mangeait pas avec lui, « c’était comme si je n’existais pas en fait » dit-il. Quant à Samuel, il témoigne lui aussi de l’hostilité quotidienne de ses parents : « Je n’avais pas le droit de manger avec ma famille, je n’avais pas le droit de prendre ma douche, je n’avais pas le droit de laver mes affaires non plus, ils auraient largement préféré un enfant normal ». Un jour, en plein hiver, son père l’expulse de la maison : « Il m’a pris par le cou, il m’a mis dehors, il neigeait, je n’avais pas de manteau, je n’avais rien ». Pour Romana, c’est le rejet de sa mère qui l’oblige à partir : « Je ne veux plus te voir » dit-elle à sa fille lesbienne, « je n’arrive plus à regarder des photos de toi quand tu étais petite ».

Le Refuge héberge, rassure, écoute dans une atmosphère non culpabilisante ces jeunes LGBT qui se sont très souvent retrouvés dans la rue, abîmés par ce temps d’errance.

C’est une association où se mêlent professionnels et bénévoles pour le bien de ces jeunes gens. Elle les héberge temporairement et les encadre médicalement, socialement, psychologiquement, juridiquement. Elle accompagne aussi les personnes qui veulent changer de sexe. Si les jeunes pensionnaires veulent retourner dans leur famille, une médiation familiale est mise en place. Si par contre, ils décident de rompre avec le milieu familial et leur région, le Refuge les aide à chercher un appartement et un travail. Mais le but est que tous ceux qui passent au Refuge se reconstruisent, en faisant la paix avec eux-mêmes.

En 2016, 229 jeunes gens de 18 à 25 ans ont été hébergés. Mais cela ne suffit pas, car il y a une explosion des demandes. Le Refuge a aussi mis en place une ligne d’écoute par appel ou par SMS 24H/24 pour les jeunes LGBT en détresse. 1 094 d’entre eux ont appelé la ligne d’urgence en 2016.

Le Refuge intervient de plus en plus dans les lycées. Car c’est par l’éducation que l’homophobie et la transphobie pourront régresser.

1. Les actes homophobes avaient baissé après le vote de la loi sur le mariage pour tous, mais ils ont à nouveau progressé en 2014.

 2. Les témoignages sont extraits d’un film d’information du Refuge. Conception et réalisation Pascal Petit/Zipcom.fr. Production exécutive : Phare Ouest Productions.

 

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À propos Jean Paul Augier

est docteur en histoire contemporaine. Il est engagé dans plusieurs associations notamment Évangile et Liberté, le Musée du protestantisme dauphinois... Il est l’auteur du livre Une passion républicaine, protestantisme, républicanisme et laïcité dans la Drôme, paru en 2014.

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