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Athée ? Qu’est-ce à dire ?

 

Je suis athée, on ne l’entend plus dire sur le même ton qu’au temps des luttes anticléricales. On se dira plus volontiers indifférent ou sans religion, calmement, sans chercher à polémiquer, comme si les grandes figures de « l’humanisme athée » qui ont marqué le XXe siècle appartenaient désormais au passé.

Alors que veulent dire aujourd’hui celles et ceux qui se disent néanmoins sereinement athées ? Que signifie pour eux le « a » privatif de cet adjectif ? Sont-ils réellement sans Dieu ni religion ? Que signifient en effet pour eux ces deux termes ? Quand je lis par exemple Richard Dawkins ou Michel Onfray, je ne peux me défaire du sentiment qu’ils s’en prennent à un dieu qui n’est pas le mien ou à une religion qui n’est pas celle à laquelle je me rattache. Je suis à cet égard d’accord avec Laurent Gagnebin pour considérer l’athéisme sous un angle cathartique et voir dans les reproches adressés aux religions des critiques justifiées et nécessaires, non pas de la religion comme telle, mais de contrefaçons dues parfois aux croyants eux-mêmes.

Autant le reconnaître : l’idée que Dieu pourrait n’être pas ne s’est jamais réellement imposée à moi, et plus j’y réfléchis, plus je suis persuadé que l’être humain est constitutivement religieux. La foi en Dieu et la religion sont certes capables du meilleur comme du pire, et Wilfred Monod avait raison de rappeler que la religion est en nous et parmi nous ce qui a le plus besoin d’être évangélisé. Mais Dieu lui-même ne s’en trouve pas affecté, tout comme les raisonnements aboutissant à le rejeter ou à nier son existence manquent toujours leur but, car Dieu ne se trouve jamais au terme d’un raisonnement.

En dépit de son langage un peu daté (1897), une réflexion d’Auguste Sabatier correspond bien à cette situation : « Un homme qui se dit athée ne l’est jamais qu’à l’égard du Dieu des autres. Il nie le dieu de son curé ou de son pasteur, celui de son enfance ou de ses voisins ; mais regardez-y de plus près, il en a un autre, le sien, caché au fond de son âme, qu’il adore sous un nom particulier et auquel il s’offre chaque jour lui-même en sacrifice. » Quel est le dieu réel de Richard Dawkins ou de Michel Onfray ? Je me garderai bien de répondre à leur place : de telles questions doivent être laissées à l’intimité de chacun. Mais je ne puis taire que je trouve leur attitude et leurs arguments curieusement religieux.

Quant aux chrétiens qui, paradoxalement, se disent « athées », ne serait-ce pas de leur part qu’un jeu de langage pour se désolidariser de formes de christianisme dans lesquelles ils ne se reconnaissent plus, ou mal, et peut-être aussi pour se concilier la sympathie ou l’audience de ceux qui se prétendent justement athées ? Si de tels stratagèmes les aident à mieux croire et à mieux vivre, tant mieux. Mais sur le fond, ces astuces langagières me semblent destinées à faire long feu. Je préfère dire les choses clairement, dussé-je être regardé de travers !

 

À propos Bernard Reymond

né à Lausanne, a été pasteur à Paris (Oratoire), puis dans le canton de Vaud. Professeur honoraire (émérite) depuis 1998, il est particulièrement intéressé par la relation entre les arts et la religion.

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