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Un Paraclet libéral Jean 14,25-26 ; Jean 15,12 ; Jean 16,7-12

 

Curieuse évocation du Paraclet dans l’évangile de Jean, juste avant l’arrestation de Jésus. Étymologiquement (paracletos), il est celui que l’on appelle auprès de soi. D’où la traduction assez courante de consolateur. Il est vrai que la communauté johannique, en cette fin du premier siècle, a besoin d’être consolée. Déchirée à l’intérieur d’elle-même entre plusieurs tendances, persécutée par les juifs et par le pouvoir romain, elle attendait, comme les autres chrétiens, le retour de Jésus qui devait revenir faire la paix et inaugurer une ère nouvelle. Mais il ne revient pas, cinquante ans après sa mort, et ses disciples ont presque tous disparu. Comment survivre dans ces conditions ? Et qui nous montrera le chemin ?

L’évangile nous ouvre à un art de vivre après Pâques. Il remplace Jésus par le Paraclet qui est d’abord présenté comme l’Esprit Saint : « Je vous ai dit ces choses, tandis que je demeurais auprès de vous. Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toute chose et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14,25-26) Le Paraclet est donc porté par le souvenir de tout ce qu’a dit et enseigné Jésus. Notre foi repose sur la mémoire d’un homme qui a traversé l’histoire et l’a transformée.

Mais il n’y a pas que le souvenir. En effet, en Jn16,12, Jésus déclare : « J’ai encore bien des choses à vous dire, mais actuellement vous n’êtes pas en mesure de le supporter. Lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière,[…] et il vous communiquera tout ce qui doit venir. » On a l’impression que le Jésus selon Jean ne peut plus rien dire, emporté par ceux qui l’arrêtent, et qu’il doit être relayé par une autre voix qui viendra du ciel. Mais aussi il voit bien que tout son message ne pouvait pas être saisi, car il dépassait les capacités de compréhension de son époque. Jésus a parlé en son temps et dans sa culture. Les temps et les cultures changent et c’est l’Esprit qui permettra le mieux et d’une autre manière, de poursuivre le message de vérité.

Comme le prêchait Albert Schweitzer en 1907 : « Notre religion est un corps vivant, en évolution constante, elle n’est pas figée dans des textes immuables, mais est prise dans un processus continu de renouveau, de réformes, qui se poursuit à travers les générations. »

Dieu, par son esprit, continue à inspirer les hommes d’après Jésus, comme il avait inspiré ceux d’avant Jésus. Et Schweitzer développe ensuite cette idée : quand nous ouvrons le Nouveau Testament, bien des récits ne sont plus crédibles. Mais ils nous touchent d’une autre manière parce que les vérités qu’ils contiennent se disent aujourd’hui avec d’autres mots. Cette ouverture de l’évangile de Jean vers d’autres discours qui ne proviennent pas de Jésus mais parlent de Dieu à travers l’Esprit Saint et en ayant Jésus dans le souvenir, représente une grande intuition de l’évangéliste. Le message de Jésus sera dit autrement, à chaque époque, d’une manière que les disciples de Jésus ne pouvaient pas comprendre. Jean à d’avance combattu tous les fondamentalismes qui voudraient sacraliser les paroles bibliques et dire qu’elles sont la vérité éternelle. Le Paraclet nous libère des paroles qui voudraient nous enfermer dans une culture qui n’est plus la nôtre. Il nous console d’avoir été prisonniers de dogmes qui ne nous parlent plus.

Le Paraclet, l’Esprit Saint est à la fois le souvenir de Jésus et une autre manière d’en parler, plus accessible à nos contemporains.

Mais comment en parler sans s’égarer ? Problème grave, très grave. De tout temps, des faux prophètes sont apparus pour proclamer de fausses vérités. Il faut garder l’esprit des évangiles et non pas leur lettre. Selon l’apôtre Paul, « La lettre tue mais l’esprit rend la vie ». Justement cet esprit est rappelé au milieu des explications sur le Paraclet (Jn, 15,12) : « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »

 

À propos Henri Persoz

est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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