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Au cœur du sacrifice

 

303-09-3La notion de sacrifice est centrale dans la Bible hébraïque ; elle est bien présente dans le Nouveau Testament et nous la croisons régulièrement dans le champ religieux. Le sacrifice constitue l’un des ressorts de l’humanité, mais il est régulièrement convoqué dans les discussions sans avoir été pensé autrement que par le dégoût personnel qu’il peut inspirer. Moshe Halbertal est professeur de philosophie à l’université hébraïque de Jérusalem et a enseigné à la School of Law à l’université de New York. Il aborde la question du sacrifice en mettant à profit sa familiarité avec la pensée juive et ses connaissances philosophiques. Son étude s’efforce de retrouver le sens du sacrifice et de mettre en évidence de quelles manières ce sens a pu subsister alors que l’institution du sacrifice ne pouvait plus tenir en raison de la destruction du lieu où il pouvait être réalisé : le temple de Jérusalem. Ce sont la charité, la souffrance et la prière qui prirent le relais du sacrifice. S’agissant de la souffrance, précisément, l’auteur relève qu’elle permet une purification : « Elle lave tous les péchés d’un homme. » (Talmud, Berakhot 5a)

Toutefois Halbertal ne s’en tient pas à cette conception traditionnelle du sacrifice. Il ne l’envisage pas dans son usage rédempteur comme l’indique la fin de son chapitre sur la guerre où le sens sacrificiel des uns n’efface jamais le traumatisme subi par ceux qui voient la guerre de leurs propres yeux. Cela conduit l’auteur à s’interroger sur le poids du sacrifice dans le domaine politique : sommes-nous condamnés à agir de manière à ne pas aller à l’encontre du sacrifice de ceux qui nous ont précédés ? C’est ainsi que des dirigeants ont refusé de se retirer d’un conflit armé au nom des morts auxquels le pays avait consenti par le passé. L’auteur rapporte aussi le cas de migrants qui se sont sacrifiés pour offrir un avenir à leurs enfants qui, à partir de ce moment, peuvent avoir contracté une dette infinie sans l’avoir désirée. C’est ainsi que le sacrifice entrave la liberté des vivants.

Cette exploration du sacrifice se termine avec Hobbes, Rousseau et Kant pour lequel le devoir est le moyen par lequel l’homme accède à la liberté en choisissant le but qu’il veut assigner à sa vie. C’est le dépassement de soi et la dimension universelle qui deviennent la perspective de l’acte sacrificiel. Cela évite aussi bien le masochisme que le chauvinisme (le sacrifice pouvant être une manière de porter aux nues une communauté particulière pour laquelle on abandonne tout). En ce sens, le système sacrificiel du Lévitique proposait, déjà, de sortir des pratiques qui réduisent l’espérance à rien et d’orienter les individus vers la transcendance.

Moshe Halbertal, Du sacrifice, Trocy-en-Multien, Éditions de la revue Conférence, 2016, 216 pages.

 

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À propos James Woody

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Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

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