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Le Dieu de Jésus nous relance dans l’action Luc 13,1-9

 

Stéphane LavignotteDes Galiléens massacrés par Pilate, dix huit personnes sur qui tombe une tour… Est-ce parce qu’ils étaient de plus grands pécheurs ? Assurément oui dans le raisonnement d’alors où Dieu entretient avec les humains une logique de « rétribution » : tout crime entraîne un châtiment et tout châtiment doit bien cacher un crime ; inversement, Dieu fait du bien à ceux qui font le bien. Même les handicaps des personnes s’expliquaient ainsi ! On aimerait que Jésus rompe avec cette vision infantilisante des relations entre Dieu et les humains. Le fait-il ? Oui, puisqu’il dit clairement qu’ils n’ont pas été punis parce qu’ils étaient de plus grands pécheurs. Mais en même temps il met en garde ses auditeurs : il vous arrivera la même chose si vous ne vous convertissez pas. Ne reproduit-il pas la même logique « faute-châtiment » ? Sort-il de la logique de la rétribution ? Pour répondre à cette question, il faut lire la suite : Jésus offre la parabole du figuier pour mieux faire comprendre ce qu’il vient de dire.

Un propriétaire se plaint que depuis trois ans son figuier ne donne plus de fruit et ordonne à son ouvrier de le couper. Ce dernier obtient un an de sursis pour creuser autour, mettre du fumier et espérer qu’il donne du fruit. Sinon, il le coupera. L’ouvrier ne se contente pas de l’intercession, de la demande de grâce, d’un délai auprès du maître, comme le faisait Moïse à Dieu pour le peuple fautif. L’ouvrier s’engage à agir, à faire ce qu’il faut pour que ça change.

 Changer de logique

Ainsi, en partant de la façon de raisonner de ses auditeurs – logique de rétribution, logique d’intercession – Jésus introduit une nouveauté – et moi qu’est-ce que je fais maintenant ? – qui renverse l’histoire des Galiléens, celle de la tour de Siloé comme celle du figuier. Il nous fait mieux comprendre ce qu’il entend par « se convertir ». Il ne s’agit pas de devenir « gentil » et de bien respecter les milliers de commandements d’une loi sociale ou d’une autre pour éviter le châtiment de Dieu. Il s’agit plus profondément de changer de logique. D’un enchaînement « péché-châtiment », Jésus invite à passer à celui « présent insatisfaisant-action de changement » : d’une logique de faute à une logique de responsabilité. D’une logique où je me concentre sur la faute supposée des autres à celle où je regarde ce que je peux faire. Non plus la faute hier des Galiléens, des morts de Siloé, du figuier stérile. Mais ce que peuvent faire maintenant ses auditeurs, ce que peut faire l’ouvrier pour que le figuier donne du fruit, ce que je, nous pouvons faire ici et maintenant quand nous prenons nos responsabilités. D’un regard obsédé par l’hier à un regard tourné vers l’avenir et une action au présent.

Se convertir de cette façon changerait bien des choses dans nos vies personnelles et familiales où l’on est tellement souvent dans le reproche et le regret. Dans la vie sociale où tant de personnes sont enfermées dans leurs origines (sociales, géographiques), rendues coupables de ne pas trouver une place dans la société. Mais aussi dans notre regard théologique. Moins la question du mal et de la faute dans le monde, plus celle de la joie des possibles malgré le mal, de l’action malgré les difficultés. Ne plus voir Dieu comme celui qui nous punit pour nos péchés, mais celui qui nous accompagne pour nous relancer. Un Dieu qui a envoyé Jésus pour ouvrir l’avenir aux vivants et nous permet d’ouvrir ses portes, de prendre nos responsabilités pour avancer et aider les autres à avancer.

L’histoire se termine sans morale explicite mais par l’ouvrier disant au propriétaire que si le figuier ne donne pas à nouveau du fruit, il pourra le couper. Retour à la case départ ? Non. Ce sera au propriétaire de prendre ses responsabilités, il ne devra pas se reposer sur la faute du figuier ou le travail de l’ouvrier. Et c’est à toi, lecteur, de prendre tes responsabilités sur le sens que tu donnes à ce texte, sans te cacher derrière une morale, l’article d’un journal ou un trop facile « la Bible dit que… ».

 

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À propos Stéphane Lavignotte

est pasteur de la Mission populaire évangélique à Gennevilliers (92), président du Mouvement du christianisme social et militant écologiste. Dernier ouvrage paru : Les religions sont-elles réactionnaires ? (Textuel, 2015).

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