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Croire ou ne pas croire en Dieu ?

Que peut-on dire à quelqu’un qui dit ne pas croire en Dieu ? Que c’est sa liberté… certes, mais encore ?

Eh bien, qu’avant d’affirmer que l’on croit ou non en Dieu, il faut d’abord dire ce qu’est ce Dieu dans lequel on dit croire ou ne pas croire. La foi, le fait de croire en Dieu n’est pas en soi une qualité, tout dépend de ce que l’on met sous ce mot de « Dieu » et de la conception que l’on a de lui. Certaines personnes croient en Dieu et c’est un vrai problème, par exemple les intégristes, comme les terroristes qui ont envoyé des avions sur les tours de New York ; ils ont une foi immense, ils croient en Dieu plus que beaucoup ; leur problème, ce n’est pas de croire ou de ne pas croire, mais la façon dont ils croient, ce en quoi ils croient, l’image qu’ils ont de Dieu : un Dieu de violence, de vengeance et de jugement. De même, les personnes qui sont dans les sectes ont une foi extraordinaire, au point d’être prêtes à mourir pour cette foi en leur Dieu. Mais leur foi aussi est un problème, parce qu’au lieu de libérer, elle enferme et peut tuer.

D’autres, au contraire, disent ne pas croire en Dieu, mais sont des personnes formidables, avec des valeurs, de l’engagement dans le monde, de vraies convictions, cela ne vaut-il pas mieux ? Mais là aussi, il faudrait préciser en quoi celui qui se dit incroyant ne croit pas.

Ainsi, à quelqu’un qui dit ne pas croire en Dieu, il faut demander : « Dis-moi en quoi tu ne crois pas ? » Sa réponse pourra être : « Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un dans le ciel assis sur un nuage avec une grande barbe… » – « Moi non plus », dira le croyant intelligent », ou « Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un là-haut qui regarde tout pour nous juger… » – « Moi non plus », ou encore, « Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un qui puisse intervenir dans le monde, qui pourrait empêcher les maladies, les guerres, mais qui ne le fait pas »… Réponse : « Moi non plus. »

En fait, beaucoup de gens qui disent ne pas croire en Dieu rejettent plutôt une certaine idée simpliste de Dieu, une image enfantine ; et beaucoup de ceux qui se disent « athées », plutôt que de rejeter vraiment Dieu, rejettent l’enseignement qu’ils ont pu avoir dans un catéchisme sommaire, sans penser que Dieu pourrait être différent de ce qu’on leur a appris à l’église, ou qu’il puisse y avoir d’autres visions que celles de leur pasteur, de leur curé ou de leur catéchiste.

Et puis il faut ajouter à ce lot des « athées », ou plutôt de ces « agnostiques », tous ceux qui confondent Dieu avec l’Église, et qui rejettent tout en bloc parce qu’ils ont un différend avec l’Église dans laquelle ils ont été éduqués ; dans ce cas, c’est plus de l’anticléricalisme que de l’athéisme.

L’origine de bien des rejets de Dieu est souvent un mauvais enseignement théologique ou catéchétique. Il y a le cas des catéchismes pour enfants où les moniteurs ou monitrices profitent de la crédulité des enfants pour leur faire croire un peu n’importe quoi. À un enfant de 8 ans, on peut faire croire que quelqu’un peut marcher sur l’eau, multiplier les pains, naître d’une femme sans père, ou ressusciter un mort. Mais beaucoup d’enfants ne persévèrent pas dans la catéchèse et, s’ils la quittent avant 10 ou 12 ans, ils restent sur ce type d’enseignement qu’ils ont de fortes chances de rejeter quelques années plus tard comme étant des enfantillages. Les protestants ont raison de faire un enseignement catéchétique passant le cap de la puberté, parce qu’il permet d’accompagner les jeunes et les aider à acquérir une foi adulte. Mais il faudrait que les catéchètes d’enfants jeunes aient toujours en tête que l’enfant ne poursuivra peut-être pas et qu’il faut donc, dès le plus jeune âge, leur donner un message qu’ils pourraient garder à l’âge adulte. Ensuite une autre cause de rejet est que toute forme de théologie ne convient pas à tous les esprits.

Un enseignement théologique monolithique met le catéchumène devant la seule alternative d’adhérer ou de rejeter en bloc. Il faut donc une ouverture et une diversité dans l’enseignement religieux, ouvrir des portes, profiter des témoignages différents de différents intervenants pour que la personne puisse se construire elle-même son identité théologique.

Après, il y a, bien sûr, le véritable athéisme philosophique, là ce n’est pas seulement l’agnosticisme de celui qui ne sait pas très bien, mais un système réfléchi excluant l’existence d’un Dieu. Mais là encore, qu’exclut cet athée ? Un Dieu créateur, un Dieu tout-puissant, un Dieu personnel ? Tout athéisme suppose une théologie, un discours type qui est rejeté. Et ainsi le croyant de l’un peut être l’athée de l’autre et réciproquement, tout cela ne veut rien dire tant qu’on n’a pas fait de la théologie au préalable. Un des rares philosophes vraiment athée, Karl Marx, disait rejeter Dieu, mais croyait dans un « logos » éternel précédant l’Univers et l’informant. Dans le fond, le « logos » de Marx ressemble étrangement au « Dieu » de certains théologiens.

Dieu, donc, ne peut être assimilé à aucun discours particulier, ni à l’Église, et la théologie est une science complexe. En fait, « Dieu » est un mot très vague, et tout dépend de ce qu’on met dedans ou non. « Dieu » est un mot fourre-tout, à l’image d’un grand sac dans lequel on mettrait des choses ou d’autres, des idées, des concepts. Le croyant, c’est celui qui prend un sac, dedans il met tout ce qu’il aime : l’amour, la fraternité, le pardon, la paix, la joie, la vie… puis sur le sac, il écrit « Dieu », et dit que c’est ça en quoi il croit. L’athée, c’est celui qui prend un grand sac, cette fois non pas un sac Vuitton, mais plutôt un sac-poubelle, et dedans il met tout ce qu’il n’aime pas : l’intolérance, l’obscurantisme, les croisades, la pédophilie des prêtres, l’inquisition, et sur le sac il écrit « Dieu », et jette tout ça au loin en disant qu’il n’y croit pas. En fait chacun a un sac de valeur, et un sac poubelle, des choses qu’il aime et dans lesquelles il croit et des choses qu’il rejette. Le croyant, c’est celui qui n’a pas peur d’utiliser le mot « Dieu » pour mettre sur le sac qu’il aime. La question, ce n’est donc pas tant « Dieu », que ce en quoi l’on croit. Le chrétien, c’est celui qui croit globalement dans les valeurs enseignées par l’Évangile : et qui croit que ce qu’a dit le Christ est l’essentiel de ce vers quoi il faut tendre pour accomplir notre humanité.

 Une histoire :

Après avoir célébré un mariage le pasteur va au cocktail, et là, entre deux petits fours, quelqu’un l’apostrophe :

— J’ai entendu votre « homélie », c’était intéressant… Mais moi je ne crois pas en Dieu.

— Ah bon répliqua le pasteur, c’est votre droit, mais alors en quoi croyez-vous ?

— Je ne crois en rien !

— Mais c’est impossible de ne croire en rien, vous croyez certainement dans quelques valeurs, des idéaux ?

— Non je crois à la loi du plus fort, la loi de la Jungle, c’est tout, c’est le plus fort qui gagne.

— Ah bon, alors donc déjà il y a un progrès, puisque au début vous disiez que vous ne croyiez en rien, et finalement on voit que vous croyez quand même en quelque chose. Le pasteur s’aperçut alors qu’il était face à face avec son interlocuteur, à un mètre de distance, et qu’il y avait tout autour d’eux un cercle de curieux, comme dans une cour d’école lorsque deux garçons se battent, l’individu en question était connu pour être un athée virulent, et tout le monde attendait le choc frontal, cherchant à voir qui gagnerait. — Mais dites-moi, reprit le pasteur, seriez-vous prêt à tuer votre grand-mère pour lui voler son argent ?

— Ah non, bien sûr que non, j’aime ma grand-mère, et je ne lui ferais pas de mal !

— Alors donc quand vous disiez que vous croyiez que le monde était régi par la loi du plus fort, et qu’il n’y avait rien au-dessus, vous aviez tort : vous êtes plus fort que votre grand-mère, vous pourriez lui arracher ses bijoux ou son argent, et ce que vous dites est qu’il y a quelque chose de plus important qui vous empêche de la voler. Et c’est ça, je crois, le sens de la théologie : aider les gens à réfléchir pour savoir en quoi ils croient, et pour qu’ils aient des valeurs réfléchies et élaborées pour construire leur façon d’être dans le monde, avec eux-mêmes et avec les autres.

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À propos Louis Pernot

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est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

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