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Le Messie à travers la Bible

Nous lisons dans le Livre de Samuel (10,1) que le prophète versa de l’huile sur la tête de Saül et dit « N’est-ce pas le Seigneur qui t’a oint ? » Le « Messie du Seigneur » devint ainsi un titre royal que l’on trouve souvent dans les Psaumes et dans les livres de Samuel et qui évoque surtout David et sa grandeur. Après les premières monarchies, vint la grande catastrophe de la captivité à Babylone (-585). Les exilés se mirent alors à penser à une restauration instituant une nouvelle royauté encore plus glorieuse que celle de David. Il leur fallait regarder le futur et imaginer qu’un nouveau Messie rétablirait Israël dans sa gloire. Tel le Psaume 18 : « Yahvé accorde à son roi de grandes victoires, et témoigne fidélité à son Messie, à David et à sa descendance. »

Vint la libération par Cyrus (-539) et le retour au pays. Une partie des exilés se réinstalla à Jérusalem, mais le roi-messie se faisait attendre car les Perses occupaient toujours Israël. L’attente messianique se transforma progressivement en un rêve, une utopie : non seulement le trône de David sera restauré, mais une société parfaite surviendra et l’humanité vivra dans la paix.

Avec l’occupation grecque (-332), rien ne s’arrangeait et l’utopie des prophètes finit par évoluer vers un discours apocalyptique. Le peuple se réfugiait dans un autre monde de plus en plus imaginaire : la restauration de la communauté d’Israël résultera d’un combat cosmique entre Yahvé et les Nations païennes au bout duquel Yahvé sera reconnu comme Seigneur de toutes les Nations. Ce combat sera précédé de jours sombres annonçant une sorte de jugement dernier qui permettra de punir tous les méchants. Un Sauveur divin accompagne souvent dans les textes ces jours terribles, mais il n’est jamais annoncé comme Messie. Les 39 occurrences du mot Messie dans la Bible hébraïque ne se rapportent pas à un sauveur divin mais à un roi. Lorsqu’il est question d’un sauveur, il a plutôt pour nom Élie le prophète, ou le Fils de l’homme dans le livre tardif de Daniel. C’est aussi en un sens le serviteur souffrant d’Ésaïe 53.

Au temps de Jésus, le peuple était exaspéré par l’occupation romaine et certains attendaient un Messie qui sauverait la situation. Pour les uns, le Messie chasserait les Romains du pays et restaurerait un roi, fils de David ; pour d’autres, proches des Pharisiens ou des Esséniens, le Messie descendrait du ciel pour inaugurer une ère nouvelle de justice et de paix.

L’apôtre Paul s’est inscrit dans ce dernier courant apocalyptique, mais pour lui Jésus Christ (ce mot composé est pratiquement de lui) est avant tout un Messie qui sauvera ceux qui croient en lui par le fait qu’il est mort et ressuscité. Ceci est nouveau : le Messie d’Israël devait venir, mais sa mort et sa résurrection n’étaient pas au programme. Pour l’apôtre, cette venue du Messie était imminente et il espérait bien être encore vivant ce jour-là. Les évangiles utilisent peu le mot composé Jésus Christ (six fois au total, alors que la seule épître aux Romains l’utilise vingt-neuf fois). Il semble bien que Jésus ait été réticent à se laisser attribuer ce titre. Il ne l’utilise jamais, s’agissant de lui-même et rabroue Pierre qui lui dit : « Tu es le Christ ». Sans doute ne se reconnaissait- il pas, ni sous les traits du Messie des Écritures, ni sous les traits du Messie attendu de son temps. Il s’attribuait plutôt le titre de Fils de l’homme qui est plus souvent utilisé dans les évangiles que le mot Christ.

Nous avons des traces, dans ces évangiles, de cette fin du monde annoncée par le prophète Daniel (Mt 24), suivie de la venue du Fils de l’homme dans la plénitude de sa gloire. Mais nous avons surtout, avec toutes ces paraboles et ces discours de Jésus, l’annonce d’un autre Royaume qui résultera de l’effort de chacun pour s’occuper des souffrants et des laissés pour compte. L’important n’est pas que Jésus ait été le Messie – quel Messie d’ailleurs ? –, mais qu’il ait proclamé que le Royaume attendu ne viendra pas d’un Dieu qui décide un beau matin de bousculer le monde, mais des efforts de chacun pour le rendre meilleur.

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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