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Quand parler d’islam modéré suscite l’incompréhension

Je suis toujours étonnée de la façon dont mes interlocuteurs reçoivent mon intérêt pour l’islam. Lorsque j’ai quitté la faculté de théologie protestante de Paris, en 1999, pour rejoindre celle de Strasbourg afin d’entreprendre un travail de recherche en islamologie avec le Professeur Stehly, on m’a suspectée de conversion, voire de trahison. Pourquoi y a-t-il tant de suspicion lorsqu’il est question d’islam ?

Oui, j’ai travaillé sur l’islam. J’ai pour cela rencontré des musulmans, échangé avec eux, mais non, ils ne m’ont pas convertie parce que ce n’était en rien leur volonté et parce que ma foi au Dieu de Jésus-Christ est ce qui me fait vivre. Je n’ai pas besoin de plus, ni d’autre chose, sinon de quelque chose de fondamental pour moi : entrer en dialogue, ne pas rester dans mon coin à ressasser les mêmes idées, les mêmes théories avec des personnes qui me ressemblent trop. Au contraire, j’ai besoin de les confronter au monde, aux autres, et pourquoi pas aux musulmans.

Je n’ai pas eu le temps durant mes courtes années de ministère d’entrer en contact avec les institutions musulmanes de mon secteur : parfois à cause de la barrière de la langue, parfois parce qu’il n’y avait pas d’institution, mais bien souvent parce que je n’ai pas pris le temps d’aller à la rencontre de la communauté musulmane voisine, entraînée dans le rythme intense de la vie de paroisse. Cela a toujours été un regret pour moi.

Toutefois, après un stage pastoral au Maroc, mon intérêt s’est à nouveau réveillé, mais mon élan est bien vite retombé à mon retour en France. Bénéficiaire de cette formation pastorale en lien, entre autres, avec des intellectuels musulmans, j’ai voulu partager mes découvertes, mon entrain pour le dialogue islamo-chrétien. Je ne pensais pas rencontrer un tel décalage avec des paroissiens représentant une frange très virulente, mais reflétant tout à fait la conception de l’islam pour bon nombre de nos contemporains.

Parler d’islam modéré, moderne, peut être inaudible pour qui n’envisage l’islam qu’au travers des attentats du 11 septembre, des exactions d’AQMI ou de Boko Haram et ne considère les musulmans que comme des terroristes, assassins et fous de Dieu. Autant il m’est facile de discuter avec des musulmans, autant il me semble impossible d’entrer en débat avec les défenseurs d’un tel discours. Oui, il y a des musulmans extrémistes, fondamentalistes, intégristes et tous les listes possibles qui se cachent derrière une religion pour commettre des actes odieux ; mais il y a tous les autres, près de six millions en France qui sont, eux aussi, victimes de ces fous de Dieu, et que l’on ostracise sans raison valable. Ceux-ci souhaitent vivre leur islam comme nous vivons notre christianisme, sans faire de vague et surtout dans le respect des lois de la République. C’est cette tonalité qu’exprime le Conseil Français du Culte Musulman dans sa Convention citoyenne des musulmans de France pour le vivre-ensemble de juin 2014 : « Les musulmans de France n’aspirent qu’à vivre sereinement et paisiblement leur spiritualité en évitant toute provocation et en refusant toute stigmatisation. »

Mais en les ignorant, en les stigmatisant, en suspectant les intellectuels musulmans, défenseurs d’un islam modéré, de stratégie au profit, par exemple, d’un fantasmatique remplacement de la population, nous tombons dans l’islamophobie et nous faisons le jeu du communautarisme pervers en ethnicisant une frange de la population.

Le meilleur moyen de faire front à ce communautarisme mortifère est de créer du lien, de réinventer un vivre-ensemble dans lequel on arrêterait de se côtoyer pour vraiment se rencontrer. Effectivement, ce n’est pas facile de faire le premier pas et on accuse un peu trop facilement l’autre de ne pas le faire, tout cela nous privant, en définitive, de vraies rencontres et d’échanges sincères. Mais c’est pourtant, selon moi, par le dialogue que l’on grandit et se construit. Encore faut-il ne pas avoir peur de l’autre.

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À propos Nicole Roulland Rupp

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docteur en théologie protestante, est pasteur de l’Église protestante unie de France en Savoie

Un commentaire

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    C’est vrai, nous sommes un peu désarmés devant les problèmes de l’Islam. Y aurait il de “bons” musulmans -la très grande majorité en France- et des “mauvais musulmans” – une petite frange d’excités sanguinaires-?
    C’est avec notre pensée judéo-chrétienne que nous définissons “bons et mauvais”. C’est ce que Jésus est venu nous dire :séparer le bon grain de l’ivraie, rendez à César ce qui est à César, aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé…etc : les occurrences ne manquent pas.
    Mais êtes vous sûrs que cette définition de “bon et mauvais” est la même pour la pensée Musulmane , celle qui est issue de la lecture du Coran?
    Ce que je sais, c’est que les chefs des mouvements islamistes sont initialement, avant d’être des combattants, des théologiens musulmans.
    Effectivement comme pour la Bible, la lecture du Coran est certainement diverse, mais finalement existe t il une différence fondamentale entre la pensée “Chrétienne” et la pensée “Musulmane”. Si oui laquelle?
    Si non, alors pourquoi le Coran (et l’Islam) a t il été crée 600 ans après la naissance du Christ, donc bien après la naissance du christianisme?
    Deux possibilités:
    -soit pour compléter le christianisme
    -soir pour le remplacer
    Merci de m’expliquer si vous pouvez.

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