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Soyez rusés comme des serpents et purs comme des colombes (Mt 10,22)

La ruse et la pureté sont-elles compatibles ? C’est l’interrogation de l’auteur. Il pense que ces qualités sont inconciliables, mais celui qui parvient à les maintenir en équilibre produit des étincelles qui éclairent le monde.

  Qu’il nous faille être purs ou parfaits comme des colombes, on peut le comprendre. Certainement faut-il être comme le saint Esprit, purs, pleins de douceur, et comme la colombe, image même du sacrifice, être prêt à donner sa vie, à tout donner comme y est invité le jeune homme riche. Là est le sens de la prédication du Christ : « Donne à qui te demande… si on te frappe sur la joue gauche, tends la droite… si on te prend ton manteau donne aussi ta tunique… »

  Pourquoi Jésus ajoute-t-il : « rusés comme des serpents » ?

  C’est justement très intéressant, parce que cela donne une vision tout à fait réaliste de la vie du chrétien dans le monde : il faut de la pureté, de la foi, certes, mais aussi de l’intelligence parce que le chrétien ne doit être ni un imbécile, ni une « bonne poire ». Le Christ lui-même ne se laisse pas crucifier par faiblesse, il dit : « Ma vie, personne ne me la prend, c’est moi qui la donne » (Jn 10, 18), il le fait volontairement, avec intelligence, il sait pourquoi il le fait. Se laisser tondre la laine sur le dos n’est pas forcément un bon témoignage. Sans doute faut-il savoir donner, mais donner n’est pas se laisser prendre. Jésus ne dit pas : « Si on te prend ton manteau, laisse prendre ta tunique », mais « donne ta tunique », et « Si on te frappe sur la joue gauche, laisse toi frapper sur la droite en plus », mais « tends la joue droite ». C’est là la position active du chrétien, et il faut certainement de l’intelligence pour éviter une certaine perversion possible de la douceur et de l’amour. La mollesse et la faiblesse ne sont pas constructives. L’Évangile n’est pas une incitation à la passivité, il invite, au contraire, à une certaine intelligence active. Et pourtant il faut tout donner jusqu’à sa vie, il ne faut jamais se départir de son idéal de pureté, ni perdre son âme en quelque sorte. La colombe doit sans cesse tempérer le serpent et vice-versa.

  Faire le bien est extrêmement compliqué. On en connaît globalement le sens, mais pratiquement, il faut être sage pour ne pas manquer de discernement. Il ne faut pas se laisser aller à ses bons sentiments et à sa générosité sans garder une part d’intelligence pour ne pas faire n’importe quoi n’importe comment. Il faut se demander ce que son geste va générer de créateur ou de pervers vis-à-vis de celui à qui on le destine.

  Inversement, il est bien d’avoir dans ce monde de l’intelligence, de l’efficacité, de la performance, et ce, même dans nos bonnes oeuvres, mais il est essentiel que nous sachions conserver une dimension d’idéal, d’approfondissement personnel, d’attention à l’autre afin de ne pas perdre le sens de ce que nous faisons.

  La grande difficulté de la vie du chrétien, c’est précisément de garder un équilibre entre l’intelligence et la foi. Le Christ ne demande pas au chrétien de se retirer du monde, mais d’y agir et donc d’entrer dans son mode de fonctionnement et en même temps ne pas perdre son idéal.

  Le chrétien est ainsi sans cesse écartelé entre le serpent intelligent, terre-à-terre, et la colombe qui s’élève dans les cieux. S’il est trop serpent, il s’écrase dans la poussière, s’il est trop colombe, il s’évapore. Il y a là deux pôles antinomiques, inconciliables, et le chrétien est en tension entre ces deux pôles. Mais c’est peut-être cela justement qui le rend actif et lumineux, comme la lumière qui jaillit quand deux pôles électriques opposés sont présents. Un seul pôle, même très puissant, ne produit rien. C’est la dialectique de sa vie qui rend le chrétien riche et fécond. Certes, ce n’est pas une situation confortable et il est toujours un peu comme le Christ, écartelé entre ces deux réalités, crucifié entre le vertical de la foi et l’horizontal du bon sens terrestre.

  Mais c’est alors que le chrétien peut devenir la Lumière du Monde.

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À propos Louis Pernot

est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

8 commentaires

  1. gansoreandre@yahoo.fr'

    j’aimerais rectifier un peu

    Jesus n’a jamais dit d’être rusé mais d’être prudent

    • mc_jadakiss@hotmail.com'

      « Mathieu 10:22 » Ne parle pas de ça..tu t’es trompé de passage, c’est plutôt Mathieu 10:17… Et le mot « Rusé » me dérange dans ta version..dans plusieurs versions on parle de prudence.. Définition de rusé = Procédé habile, mais déloyal, dont quelqu’un se sert pour obtenir ou réaliser ce qu’il désire… Christ n’a jamais utilisé la ruse pour quoi que ce soit.. 1 Pierre 2:1 « Débarrassez-vous donc de toute méchanceté et toute RUSE, de l’hypocrisie, l’envie et toute médisance… »

      • heimrik@netcourrier.com'

        C’est Mathieu 10,16 et non pas 10.17
        La version biblique de Louis Segond donne le passage suivant :
        « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme des colombes. »

        La version biblique de l’alliance biblique universelle donne la même traduction.

        et la version biblique en version courant, donne la traduction suivante :
         » Ecoutez ! Je vous envoie comme des moutons au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et innocents comme les colombes. »

        Explication : Le mouton étant sans défense face au loup, il court le risque de se faire dévorer au milieu d’eux. Le serpent est un animal qui n’a pas de pattes et il est donc obligé de ramper sur le sol pour se déplacer, il est donc à la merci de tous et peut se faire très facilement écraser, ce qui le conduit à se mouvoir très prudemment tout en se dissimulant. Jésus pousse les apôtres à ne pas s’exposer outre mesure dans un monde qui leur est totalement hostile. Afin qu’ils ne se fassent pas dévorer comme des brebis au milieu des loups, il les pousse à prendre exemple sur le serpent qui ne s’expose pas aux regards comme le mouton. Mais dans le même temps comme le serpent est l’instrument de la chute dans la Genèse, Jésus prends en dernier lieu l’image de la Colombe qui elle est pure de mauvais sentiments par rapport au serpent. Donc l’image nous conseille de nous mouvoir comme le serpent dans ce monde malsain dans lequel nous sommes, mais d’avoir nos pensées et nos intentions comparables à celles de la colombe.

      • Carole0751@hotmail.com'

        C’est comme la traduction, ne t’atardes pas sur un mot mais sur le message contenu dans le texte qui m’est salutaire, soit dit en passant

  2. gansoreandre@yahoo.fr'

    le serpent marche prudamment, et il n’attaque pas au hasar

    le serpent sait là ou il doit montrer sa tête et là ou il doit pas se montrer.

  3. mc_jadakiss@hotmail.com'

    « Mathieu 10:22″ Ne parle pas de ça..tu t’es trompé de passage, c’est plutôt Mathieu 10:17… Et le mot « Rusé » me dérange dans ta version..dans plusieurs versions on parle de prudence.. Définition de rusé = Procédé habile, mais déloyal, dont quelqu’un se sert pour obtenir ou réaliser ce qu’il désire… Christ n’a jamais utilisé la ruse pour quoi que ce soit.. 1 Pierre 2:1 « Débarrassez-vous donc de toute méchanceté et toute RUSE, de l’hypocrisie, l’envie et toute médisance… »

  4. j2007@free.fr'

    Merci. Votre explication est lumineuse.

  5. fabellefleur7@gmail.com'

    Dans ce monde où seulement 1% de la population humaine qui a toutes les richesses du monde, il faut certaine fois se comporter comme le mouton et a maintes reprise se comportant comme le serpent. Parce que en ce jour la prudence et la sagesse doit se faire route ensemble dans notre esprit et notre comportement etant que chrétiens. Aurjourd’hui tous les évènement qui courent sous nos yeux nous montre clairement que nous vivons dans le champ avec des loups. Mais notre comportement doit être différent par rapport aux autres. Nous nous rappellons le passage de JESUS dans ce monde? Il était venu d’apporter la paix, l’amour et la sécurité mais l’hoomme aveuglé d’esprit se comporte comme des tigre ou loup pour LE dévorer, mais sa sagesse et son intelligece L’aide à vivre aux milieu d’eux malgré tout. Vivons cette vie avec l’intelligence de l’ESPRIT de DIEU et la pureté du comlombe de notre SAUVEUR JESUS-CHRIST. Cette vie d’aujoud’hui demande : l’amour, la sagesse, l’humilité, la connaisance et la foi. Mais parmi tous l’amour est le meilleur.  » Personne n’a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

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