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Micro-crédit : l’économie enfin au service de l’homme

Non, l’économie n’est pas seulement une théorie abstraite, réservée aux économistes. Chacun d’entre nous peut désormais agir concrètement pour soutenir ceux qui cherchent une aide financière dans les pays les plus pauvres.

Depuis plus d’un an, l’économie bat de l’aile : Wall Street panique ; le CAC 40 s’effondre chaque jour un peu plus. Les entreprises licencient, les gouvernements injectent des milliards d’euros dans les circuits, pour essayer de sauver les banques, et le Fonds monétaire international cherche en vain des solutions à « la crise »…

Phai Sophon vend des nouilles, du savon, et du sucre sur les marchés du Cambodge ; elle rêve de disposer de 280 euros pour augmenter son stock, ce qui lui permettrait de mieux habiller ses enfants.

  Yusuf Kodirqulov souhaiterait emprunter 600 dollars pour acheter une vache reproductrice qui lui permettrait de développer son élevage au Tadjikistan.

  Quelle banque prendrait le temps de s’intéresser à de si petits et si lointains besoins ? Investir 320 euros dans un élevage de poules au Bénin n’a aucun intérêt pour des multinationales qui brassent chaque jour des millions d’euros. Comme l’avait remarqué Saint Exupéry dans Le Petit Prince, les banquiers sont des gens vraiment sérieux et importants, qui ont d’autres priorités que s’occuper des besoins des pauvres. On ne prête qu’aux riches…

  C’est devant ce constat désespérant que Muhammad Yunus, économiste du Bangladesh, a développé l’idée du microcrédit. Il l’a mise en pratique dans les années 70 en prêtant d’abord lui-même de l’argent à des petits entrepreneurs de son pays, puis en créant la Grameen Bank, qui a aidé des millions de Bangladais à sortir de la misère.

  Aujourd’hui, 130 millions d’hommes et de femmes bénéficient de microcrédits. La moitié d’entre eux vivent avec moins d’un dollar par jour.         

  Muhammad Yunus a reçu en 2006 le prix Nobel de la paix. Oui, le prix Nobel de la paix, et non pas le prix Nobel d’économie… qui n’est pas un véritable prix Nobel ! 

  Voilà qui est bien beau, mais que puis-je faire, moi, personnellement, maintenant, ici, en France ?

  Eh bien c’est Internet qui nous ouvre des portes. Il existe des sites* grâce auxquels vous pouvez prêter les 20 ou 50 euros qui traînent dans votre poche et dont vous n’avez pas un besoin urgent. Vous pouvez même choisir le bénéficiaire de votre prêt, car on vous présente là les divers projets qui ont été rassemblés : nom et lieu de résidence du demandeur (souvent des femmes), bref exposé du projet, montant et durée du prêt demandé, et même une photo.

  Ce n’est pas à un inconnu que vous prêtez : c’est à votre voisin, votre prochain en difficulté ! Ce n’est pas dans le vague, c’est pour un projet précis. Et ce n’est pas un don, c’est un prêt.

  Miracle d’Internet ! Vous êtes informé des besoins de Magdalena, cette péruvienne qui voudrait acheter deux lamas femelles et un mâle pour accroître sa production de laine, et vous pouvez lui prêter dans l’instant 20, 50 ou 100 euros.

  Comment ? Elle a besoin de 830 euros ? Oui, mais vous n’êtes pas seul : d’autres « riches », qui ont lu comme vous ces informations, ont déjà prêté 610 euros. Dans quelques jours, le montant total sera récolté. Magdalena achètera ses lamas. Son exploitation pourra survivre et se développer. Dans dix mois, un an peut-être, elle vous aura remboursé.

  Et ce jour-là, vous pourrez prêter les 50 euros qui vous auront été rendus à ce tailleur indien qui voudrait tant agrandir son échoppe.

  Les conditions de vie difficiles, l’instabilité politique de certains pays sont des causes possibles d’échec. Il peut arriver que votre emprunteur tombe malade, qu’il soit blessé ou tué dans une de ces guerres qui éclosent là-bas sans crier gare. Néanmoins, les opérations financières sont menées par l’intermédiaire de relais locaux, des Institutions de micro-finance, qui sélectionnent puis suivent les demandeurs de prêts, et se portent garants de leur remboursement.

Alors si je ne perds rien… est-ce que je gagne quelque chose ?

  Financièrement, non.

  Mais le bonheur d’aider un homme, une femme, une famille à sortir de la misère a-t-il un prix ?*

  • * Après le site américain « Kiva » (www.kiva.org), le site français « Babyloan » (www.babyloan.org) s’est ouvert en septembre. Son démarrage a été présenté et commenté par divers médias (France- Info, LCI, Europe 1, Le Monde, La Vie, le Capital …)
  • http://www.kiva.org
  • http://www.babyloan.org

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À propos Jean-Luc Duchêne

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est enseignant-chercheur retraité en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, il s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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