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être libéral

 

Je suis libéral. J’aime Dieu et la Bonne nouvelle. Le dimanche je traverse volontiers le square où jouent les enfants et où les amoureux s’embrassent pour aller tout heureux au temple, bien habillé et rasé de près. Mais je suis agacé quand le pasteur m’assène dès ses premiers mots le péché de la manière la plus inattendue. Je « n’aimerais pas mon prochain, je serais indifférent et dur à son égard… » « Complètement névrosé, cet homme-là », m’a dit une fois un jeune.

Surtout quand le pasteur ajoutait que seul le sacrifice du Christ sur la croix pouvait « racheter » tout cela et apaiser la colère d’un Dieu obsédé par les fautes, menaçant et réclamant repentance et expiation.

Je garde un esprit libre sur ce que l’on me dit, je conserve un œil libéral. Et je laisse plutôt monter en moi le souffle printanier qui animait les anciens auteurs de la Bible. Ce n’est pas parce qu’une parole choquante est prononcée avec assurance du haut d’une chaire qu’elle devient une vérité crédible. Il est bon de rester libéral.

J’aime écouter ce que les évangiles racontent de Jésus : à son contact « les aveugles voyaient, les lépreux étaient purifiés, les morts ressuscitaient ». Je comprends que ces récits désignent le dynamisme créateur du Souffle de Dieu lui-même qui nous régénère et nous rend humains. Mais je garde un esprit libre et je n’aime pas que l’on vitrifie Jésus-Christ dans des doctrines figées. au vocabulaire tout fait, car il est toujours au-delà et ailleurs de ce que l’on peut dire de lui.

Et je ne lis pas dans les Évangiles que sa mort martyre soit un sacrifice expiant un quelconque péché originel. Il est bon de rester libéral.

J’aime la puissance des récits de l’Ancien Testament, j’admire la sagesse et la foi de notre Père Abraham, je m’enthousiasme de la libération de l’esclavage d’Égypte avec Moïse, que chantaient aussi les gospels des esclaves dans les plantations de coton américaines, je m’émerveille de la victoire du petit David sur le terrible géant Goliath. Mais je garde un esprit libre et je comprends qu’il ne s’agit pas de la grande Histoire que rapportent les archéologues mais des récits symboliques par lesquels les prophètes d’Israël avaient l’habitude de parler de la présence vivante de Dieu. C’est pourquoi je suis choqué quand un pasteur laisse croire aux gens qu’il s’agit d’histoires réelles. L’Esprit qui fit vivre leurs auteurs – et qui peut nous animer nous aussi lorsque nous les lisons – me semble alors s’enliser dans des récits non crédibles, souvent déplaisants pour nos esprits modernes et qui rebutent nos contemporains. Je tiens vraiment à rester libéral.

 

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À propos Gilles Castelnau

a été pasteur de paroisse à Amsterdam et en Région parisienne. Il s’est toujours intéressé à la présence de l’Évangile aux marges de l’Église : aumôneries militaires, de prison, universitaires, Croix Bleue. Il anime depuis 17 ans le site Internet Protestants dans la ville.

Un commentaire

  1. feriaud.pierre@gmail.com'

    Je suis tout à fait d’accord avec « l’esprit » de cet article. Nous ne sommes pas responsables des activités de nos pères: Le pêché originel me semble être une imposture théologique élaborée par Saint Augustin et qui continue à faire des ravages dans la communauté chrétienne.
    La lecture littérale de la Bible est incompréhensible à un être sensé et rationnel. Seule l’interprétation symbolique nous permet de découvrir la parole de Dieu. D’ailleurs Jésus ne parlait il pas seulement en paraboles pour donner son message divin?
    Bravo de vouloir rester libéral!!!

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