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La théologie noire américaine de la libération

 

Si Black lives matter est un slogan aux États-Unis, c’est parce qu’il n’est pas du tout évident encore aujourd’hui que la vie d’un Noir, d’un Afro-américain, compte autant que celle d’un Blanc. Le racisme n’a pas de frontière mais il a été institutionnalisé, il marque de manière indélébile l’histoire de ce pays. Le mandat présidentiel de Donald Trump aura été marqué par la résurgence de la violence à l’égard des Noirs et la visibilité des suprémacistes blancs. Les Afroaméricains ne peuvent pas se libérer aussi facilement de leur histoire tragique : comment s’étonner que ce groupe social cumule tous les maux après l’esclavage et la ségrégation d’hier ravivés par les exactions d’aujourd’hui ?

« Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. » Cet extrait du rêve de Martin Luther King n’est toujours pas réalisé. Rien n’aurait donc changé, c’est pourquoi le théologien James H. Cone (1936-2018) disait : « Si moi, professeur d’université mais Noir, je me mets à courir dans la rue, la police me tirera dessus, pas sur toi. » Témoignage glaçant car terriblement vrai, rapporté par Henry Mottu qui a voulu rendre hommage au professeur de l’Union Theological Seminary de New York où lui-même a enseigné, en lui consacrant un livre.

James Cone « voulait tout simplement se faire respecter comme Noir américain dans son expérience singulière et dans sa culture ». « Il a lutté pour la dignité du peuple noir et contre le racisme blanc, non par le fusil ni par les discours, mais par la pensée ». Sa théologie peut se résumer ainsi : « Interpréter la signification que revêt l’Évangile pour le peuple noir qui lutte aux États-Unis depuis près de quatre cents ans pour la justice et la dignité. » « Il a voulu repenser toute l’histoire des Noirs […] à partir d’un seul point de vue théologique : la libération. »

Henry Mottu commence l’ouvrage par une courte biographie de James Cone complétée par un chapitre synthétique sur de grands précurseurs. Cone s’inscrit en effet dans un mouvement plus vaste qu’il a fini par considérablement influencer.

Puis Mottu présente dans un troisième chapitre le livre fondateur pour la théologie noire américaine culture • lire qu’est Black Theology and Black Power paru en 1969, écrit à la suite de l’assassinat de Martin Luther King en 1968. Le livre est percutant dans une période mouvementée. On peut y lire des phrases comme celle-ci : « La domination blanche (white supremacy) est l’Antéchrist en Amérique ». L’influence de Reinhold Niebuhr, enseignant à Union avant la seconde guerre mondiale, est forte et revendiquée, lui qui écrivait en 1932 que « les opprimés ont un droit moral de provoquer leurs oppresseurs, supérieur à celui qu’ont ceux-ci de maintenir leur ordre par la force ». Niebuhr sera malgré tout critiqué par Cone lui-même, ainsi que les Églises noires, aussi surprenant que cela puisse paraître. James Cone avait perçu très tôt le « conservatisme politique, le paternalisme voire le machisme de beaucoup de prédicateurs ».

Il restait malgré tout plein d’espérance selon Henry Mottu : « Pas de fatalité dans la persistance du racisme. »

De nouvelles générations se lèvent, plus diverses, pour la libération de toutes les minorités opprimées.

Henry Mottu, James H. Cone, Lyon, Olivétan, 2020, 159 pages.

 

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À propos Olivier Guivarch

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est secrétaire national d’une fédération syndicale de salariés, après avoir étudié la théologie protestante et exercé le métier de libraire. Il participe au comité de rédaction depuis 2004.

Un commentaire

  1. Avatar

    Ce discours est brulant d’actualite

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