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Évangéliste numérique : une vocation d’avenir ?

Un doux regard, une barbe naissante, la trentaine cool : Sébastien est évangéliste numérique dans une société de conseil en sécurité informatique[1]. Sa photo a quelque chose de la Tête du Christ de Rembrandt. Évangéliste donc, mais d’un évangile particulier, celui de la cybersécurité, où le maillon faible, c’est l’homme : 91% des attaques informatiques utilisent l’email car la vulnérabilité la plus grande se trouve entre la chaise et le bureau : c’est l’utilisateur !1

 

Quand Simone Weil correspond dans l’entre-deux guerres avec des ingénieurs et des patrons, elle creuse l’idée de machines automatiques à usages multiples, des machines « souples »[2] qui, au lieu d’asservir l’ouvrier dans des tâches répétitives qui n’ont aucun sens, mettent à sa disposition les outils qui lui permettront de s’accomplir par le travail. « L’individu, au lieu d’accomplir sous la contrainte ce qu’il ne peut pas vouloir, doit aujourd’hui avoir l’impression d’accomplir librement et d’être en mesure de vouloir ce qu’il fait dans l’entreprise »2. Car le travail est indispensable à la vie spirituelle de l’homme : il ne s’agit pas de raccourcir la durée d’un travail absurde, mais de lui redonner le sens d’un possible accomplissement personnel et social.

 

Le numérique a-t-il produit ces machines souples dont rêvait Simone Weil ? Tout dépend de la manière dont elles ont été programmées. Les protocoles de soin, les procédures qualité et algorithmes de tous poils sont les analogues de la division du travail à la chaîne. Ils peuvent vider le travail des opérateurs de son sens. « Il a changé de logiciel » entend-on de quelqu’un qui change d’opinion – comme si les algorithmes que nous utilisons envahissaient maintenant aussi nos cerveaux.

 

L’organisation du travail est au cœur de nos choix de société. Alors oui, il nous faut des évangélistes numériques – de ceux qui prêchent la primauté sur la technique d’un homme qui accepte la vulnérabilité dont il tire sa grandeur… Des Matthieu : « je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes. » Mt 10,16.

 

Pour aller plus loin

  • Mondialisation vs Globalisation : les leçons de Simone Weil, colloque organisé par Alain Supiot, titulaire de la chaire État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités au collège de France, disponible en ligne à l’adresse : https://www.college-de-france.fr/site/alain-supiot/symposium-2016-2017.htm, à paraître en mars 2019 au Comptoir des presses d’universités ( http://www.lcdpu.fr )
  • Les enjeux de l’organisation du travail : la pensée de Simone Weil, présentation de Mickaël Labbé au Forum Mon travail et moi, disponible en ligne à l’adresse http://montravailetmoi.org
  • Travailler ! Quel avantage sous le soleil ? Pour devenir évangéliste numérique : stage de formation permanente organisé par la CPLR à l’attention des pasteurs, du 10 au 17 octobre 2019 (cplr@eglise-protestante-unie.fr)
  • Mon travail et moi, parlons-en ! à paraître en septembre 2019 aux éditions Olivétan (https://www.editions-olivetan.com)

[1] https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/comment-je-me-protege-des-cyberattaques

[2] https://www.college-de-france.fr/site/alain-supiot/symposium-2017-06-13-09h00.htm

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À propos Françoise Mési

Françoise Mési
est pasteure de l’Église Protestante Unie de France à Bourg-en-Bresse. Son ministère s’articule autour de trois dominantes : l’écoute et l’accompagnement, la réflexion sur le sens du travail nourrie et la réflexion sur la nécessaire évolution de son Église dans un monde en crise.

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