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Conseiller de paroisse ministère d’exigence

 

Si les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse, il n’en demeure pas moins vrai qu’un conseil d’Église n’a pas pour vocation de beurrer les sandwiches. Que les membres d’un conseil aient à cœur de rendre service et de participer à l’ensemble de la vie matérielle de leur communauté, il n’y a rien de plus beau. Toutefois, en tant que conseil, ces mêmes membres ne devraient pas se limiter à savoir qui fera le ménage la semaine prochaine.

L’intendance suivra

Ce qu’une communauté ecclésiale est en droit d’attendre du conseil qui a la responsabilité de la vie de l’Église, c’est que ce conseil exerce ses responsabilités en les hiérarchisant. En tête doit venir ce qu’il y a de plus important pour la communauté. Chaque Église définira ce qui est prioritaire pour elle, mais de grâce, que cette priorité ait un lien direct avec l’annonce de l’Évangile. Qu’un conseil passe plus de temps, sur l’année, à discuter de ce qui constitue le cœur de la mission de l’Église qu’à se demander combien de clefs du temple il faudra reproduire, quelle devra être la couleur des volets du logement pastoral, etc.

Le conseil de l’Église a pour responsabilité de garder en tête le cap que l’Église s’est fixé et de mettre en œuvre les moyens de s’en approcher. C’est parce que ce cap est clairement identifié et partagé avec les membres de la communauté qu’il y aura une dynamique et que l’intendance suivra. « Ayons devant nous le Royaume de Dieu et sa justice et toutes choses nous seront données en plus » (Matthieu 6,33). Cela ne veut pas dire que les questions matérielles se régleront par magie au prétexte que nous aurons été concentrés sur nos objectifs ; cela veut dire que c’est à la condition de se donner corps et âme au cœur de notre mission qu’une communauté sera suffisamment attractive pour susciter l’adhésion de nouvelles personnes et une plus grande implication de tous. En revanche, communiquer sur les besoins en bras, en argent sans que ce soit au bénéfice d’objectifs clairs, appropriables, et fidèles à la mission générale de l’Église, qui est de rendre l’Évangile disponible au plus grand nombre, c’est la méthode parfaite pour décourager les paroissiens.

La théologie au cœur

C’est pour cela que la théologie doit être non seulement au cœur de la vie d’Église, mais au cœur des travaux des conseils d’Église. La théologie n’est pas une distraction quand il n’y a rien de mieux à faire. La théologie est non seulement une affaire sérieuse, mais le moyen par lequel on rend les affaires sérieuses. La théologie, c’est l’art de mettre à jour ce qui a un caractère inconditionnel, ce qui est suffisamment important pour qu’on le mette en tête de nos préoccupations. La théologie n’a donc pas seulement sa place dans les conseils, elle est un impératif, au risque de faire des séances des conseil des moments bien moins agréables qu’une discussion de comptoir.

Le conseil d’une Église a la responsabilité de ce qui est ultime. Le conseil d’une Église a la responsabilité que les activités s’organisent autour de ce qui a un caractère profondément sacré pour les personnes vivant dans son secteur géographique. Une Église qui ne serait plus une réserve d’espérance pour ses contemporains, qui n’offrirait plus les moyens de penser sa vie face à l’Éternel, qui ne célébrerait plus le culte qui donne le cadre et les mots pour prendre conscience de notre identité et de notre vocation, aurait tout intérêt à fermer boutique et à passer à autre chose. Un conseil a la responsabilité que tout son programme d’activité (ou la plus grande partie) soit directement orienté vers ce que révèle la théologie.

La théologie n’étant pas une posture qui consiste à jongler avec un vocabulaire religieux, mais l’art de trouver la profondeur de l’être, des situations, des choses, un conseil d’Église doit avoir conscience qu’il est responsable de cette exigence aussi bien dans ses réflexions et ses décisions que dans ce qui est vécu au quotidien et notamment dans la prédication.

Soyons aussi clairs que possible : le prédicateur doit être absolument libre de sa prédication. Il doit être le maître de sa chaire, pour le dire autrement. S’il n’a pas cette liberté de parole alors il n’est plus porteur de la moindre altérité et sa parole n’a plus aucun sens. Il n’est nul besoin d’être d’accord avec un prédicateur pour que celui-ci ait honoré sa divine profession. Il importe, en revanche, qu’il ne se contente pas d’un prêchi prêcha qui ne bouleverse personne. C’est là que la responsabilité du conseil intervient : c’est au conseil qu’il revient d’exprimer l’exigence de la prédication qui est non seulement au cœur du culte protestant, mais au cœur de la vie croyante, et c’est au conseil de veiller à ce que cette exigence ne faiblisse pas.

Soyez parfaits

Tout cela semble-t-il insurmontable, hors de portée, impossible pour le commun des mortels ? Admettons, dans un premier temps, que cette exigence soit un peu trop idéaliste. Il paraît qu’il est déjà si difficile de trouver des personnes qui acceptent de consacrer du temps à l’Église qu’il vaut mieux ne pas les écraser sous le poids des responsabilités. Alors interrogeons-nous sur la manière dont un tel ministère est proposé à tel ou tel. S’il s’agit de le convaincre en lui disant que ce n’est qu’une réunion par mois, que ce ne sera pas grand chose, pourquoi former un conseil ? Laissons les gens tranquilles plutôt que de les embarquer dans une institution dont on dévalue la portée du mandat et l’importance du travail qui doit y être réalisé. Si n’importe qui peut être membre d’un conseil de paroisse, il faut se demander si ce conseil n’est pas tout simplement n’importe quoi.

Or c’est à la perfection que nous sommes appelés, disait Jésus-Christ selon Matthieu 5,48, pas à une voie moyenne en forme de « l’important c’est qu’on s’entende bien, qu’il y ait une bonne ambiance ». Un conseil n’a pas à être « cool » et la vie d’Église ne doit pas être tendue vers la « cool attitude ». C’est parce qu’elle est orientée vers l’Éternel, c’est parce que les conseillers ont le souci de la perfection et qu’ils stimulent le pasteur, qu’ils donnent de l’ampleur aux propositions des paroissiens, que la vie paroissiale devient cool !

Un autre J. C. rappelait : « un chef, c’est fait pour cheffer ». Cela implique des qualités, des compétences. Prendre une décision juste ne s’improvise pas. Faire des arbitrages budgétaires, par exemple, cela se pense. Pour s’orienter vers cette perfection, il s’agit de se former, non seulement à l’écoute pour être capable de tenir compte d’expertises parfois meilleures que la sienne, mais aussi à la conduite de projet qui rappelle l’importance de soumettre les moyens aux objectifs et non l’inverse, à la lecture et l’interprétation des éléments chiffrés – sans oublier l’apprentissage des règles de fonctionnement (statuts, constitution). La formation permanente fait partie des engagements pris au moment de la reconnaissance de ministère et concerne les aspects spirituels, théologiques et humains ; il serait précieux que ce ne soit pas simplement une jolie formule aussitôt oubliée.

Il va de soi qu’un conseil de paroisse n’est pas le sommet de la vie paroissiale, ni son président l’autorité sommitale. Ce n’est pas un lieu de pouvoir qui permettrait à quelques-uns de régler leurs problèmes personnels, mais un lieu d’autorité, autrement dit qui autorise, qui est au service de tous pour donner à chacun les moyens de faire valoir ses talents au sein de la communauté. Là encore, il s’agit d’être exigeant, de viser la perfection, pour que les talents ne soient pas gâchés, pour que les paroissiens qui ont de l’envie ne soient pas déçus par une vie d’Église en sous-régime et qui ne soit pas à la hauteur de sa vocation divine. J’insiste sur le caractère divin de cette vocation : la perfection ne tient pas à nos aptitudes personnelles, à notre orgueil ou à l’excellence de notre formation personnelle. La perfection tient à ce que nous tirons notre désir de servir de l’Éternel, c’est-à-dire de ce qui porte à l’existence ce qui n’existe pas encore (Romains 4,17). Servir Dieu, c’est servir cette exigence, c’est devenir parfait parce que notre vie est animée de cette passion pour ajouter de la vie à la vie – passion qui rend toutes choses parfaites. Il n’y a rien d’insurmontable à être conseiller de paroisse ; il y a surtout une formidable responsabilité qui consiste à offrir aux habitants de son secteur la possibilité de porter leur vie à un plus haut degré d’accomplissement.

 

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À propos James Woody

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Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

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