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La théologie du Process en Église

 

À Boston, dans l’État du Massachusetts, aux États-Unis, se trouve une Église protestante dont la devise est : « Dieu parle encore » (« God is still speaking »). Pour moi, cette devise est rassurante car elle signifie que Dieu est en vie et continue à être en contact avec nous.

 Vivre en communauté

Quand j’ai commencé mon étude avec le groupe de réflexion « théologie du Process », j’ai pensé que cette devise représentait bien la théologie du Process. Je comprends à présent que je me suis trompée. « Dieu parle encore » signifie en fait, selon moi, que Dieu nous parle, par l’intermédiaire de mots « à sens unique ».

En outre, dans cette devise, qui comporte un sens un peu passif, l’action n’est pas primordiale. Telle que je comprends la théologie du Process, nous dialoguons avec Dieu. Être chrétien, selon cette théologie, va bien au-delà de simples conversations. Dieu nous inspire la créativité, ouvre l’espérance, rend possible le pouvoir de mener notre vie positivement et de se charger des responsabilités chrétiennes « afin de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde et de marcher humblement avec notre Dieu » (Michée 6,8). Nous avons la responsabilité et la capacité de choisir notre avenir et notre voie. Face à toutes les erreurs de parcours, les obstacles et les défis de notre existence, Dieu nous donne le courage et la force nécessaires.

Je me retrouve dans le témoignage de ce père d’une jeune fille tuée dans l’attentat qui a eu lieu dans son école en Floride en février 2018 : « Dieu nous a donné la libre volonté, la capacité de faire le bien, de rester indifférent ou d’infliger le mal. Dieu nous a donné les prophètes, son fils et le Saint Esprit afin de nous montrer le chemin […] Dieu nous a donné la capacité de choisir de nous aimer et de nous soutenir mutuellement. Et Il nous a aussi enseigné la façon de le faire. Le mal et la violence se produisent dans ce monde parce que c’est nous qui le permettons, non parce que Dieu le permet […] Dieu nous attend pour choisir le monde qu’Il veut. »

Nos responsabilités en tant que chrétiens sont graves, particulièrement dans un monde lesté par les problèmes et les divisions politiques, philosophiques et religieuses. Pour assumer nos responsabilités, je reconnais que je dois rester en relation, non seulement avec Dieu, mais aussi avec les autres. Même avec l’aide de Dieu et Jésus pour modèle, je ne peux agir seule. Je dois vivre en communauté avec mes voisins, mes collègues, mes amis, et aussi les étrangers, dans l’Église et en dehors. Ensemble nous pouvons partager, discuter et découvrir de nouvelles perspectives, approfondir notre foi, et accomplir les actions afin de construire un meilleur avenir pour notre communauté et pour tout le monde.

Pour moi, une communauté représente plus qu’un groupe avec lequel je peux partager des idées et accomplir des actions. C’est également une maison, un havre. J’ai déménagé plusieurs fois aux États-Unis et actuellement je vis en France. Étant célibataire et d’« un certain âge », je me tourne fréquemment vers une communauté religieuse qui m’accueille chaleureusement. Chaque fois que je rencontre une nouvelle communauté, je me rends compte que je suis en train de changer et de me développer. Cela constitue toujours une aventure, bien sûr, mais cette fois, avec le groupe de théologie du Process, l’aventure est plus profonde. Mes yeux, mes oreilles et mon esprit sont grand ouverts. Quand mes lectures me portent sur les sujets religieux, je me demande si les propos sont en accord avec la théologie du Process et avec mes nouvelles convictions.

De plus, nous créons au sein du groupe des relations personnelles et un vrai sens d’interdépendance. Je donne, je prends et tous les membres du groupe changent ensemble. C’est à la fois un lien de sécurité et un laboratoire d’expériences emplies de dynamisme. Nous vivons ensemble le processus du « devenir ».

 Une théologie de la relation

Quelle force, quel appel m’ont redressée puis attirée sur le chemin d’une Église, celle qui m’avait accueillie dès les premiers mois de ma vie par la grâce d’un baptême, moi qui étais restée éloignée de toute communauté chrétienne pendant de nombreuses années ? Ce désir s’est imposé à moi, comme une évidence incontournable, dans la traversée d’un deuil familial : par delà le chagrin, un chemin nouveau s’est offert à moi au travers de cette fin de vie d’un proche que j’ai vécue comme un temps de concrescence, de plénitude, puis de re-naissance.

« Je suis le chemin, la vérité, la vie » (Jean 14,6) : ces paroles de Jésus proposent une vie dynamique, en recherche incessante et en transformation continuelle, comme j’ai pu l’expérimenter le long des sentiers de montagne parcourus dans ma jeunesse. Le chemin apporte toujours de la nouveauté, même en revenant sur ses pas… ainsi, sur le chemin de ma vie j’ai poussé la porte d’une paroisse où j’ai eu la chance de rencontrer une petite communauté qui m’a accueillie, et pas à pas, j’ai participé à sa vie. Peut-être comme au temps du Nouveau Testament, quand des hommes et des femmes se sont réunis en réponse au désir de Dieu pour découvrir une vie en abondance : la foi qui nous touche individuellement s’exprime et se partage en communauté (Actes 11,19-30).

La vie en paroisse peut amener à plus d’écoute, de compréhension, d’acceptation des uns et des autres et éventuellement à travailler la voie du pardon. Cette communion, visible au moment de la cène, se vit au travers de paroles d’encouragement et d’actes d’entraide. Elle m’a permis de découvrir combien sont importantes les relations humaines pour nourrir et approfondir sa foi et tisser imperceptiblement les fils de mon être en devenir.

J’ai longtemps vécu comme certains de nos contemporains qui disent « avoir la foi » (comme si on pouvait la « posséder » !) sans être reliée à une communauté chrétienne… La découverte d’une vie de paroisse m’a permis de me mettre en chemin vers Dieu, moi-même avec les autres pour tenter de devenir « partie prenante » du corps du Christ (1 Co 12).

L’Église naît ainsi peu à peu, s’organise en institution appelée à se réformer sans cesse, rassemblant des membres appelés par la foi pour connaître et suivre Jésus, comme autant de « pierres vivantes ». Dans la vie d’Église, les clivages habituels d’identification peuvent être dépassés, comme le dit Paul dans l’épître aux Galates : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » (Ga 3,28) : parole révolutionnaire, ô combien d’actualité encore aujourd’hui !

La théologie du Process est une théologie de la relation, et il me semble l’avoir vécue dans mon métier d’enseignante où la joie du partage et les échanges mutuels ont fait mon bonheur… et peut-être celui des élèves !

Lors de l’animation des leçons d’histoire et de géographie, j’ai souvent constaté la domination des forts sur les faibles, mais avec la théologie du Process je découvre une autre approche de l’aventure humaine, tendue vers un horizon d’espérance qui dépasse notre propre vie et qui ne se trouve pas déterminée à l’avance : l’inattendu s’invite dans l’histoire comme la chute du mur de Berlin en 1989 a surpris la plupart des dirigeants de la planète qui avaient peut-être sousestimé les actions souterraines de citoyens, notamment au sein d’Églises. Ainsi, chacun est en relation avec l’ensemble du monde pour offrir une participation qui libère du découragement : les discussions puis les décisions prises en Église visent à plus de justice et de paix et chacun se sent attiré dans cette direction pour s’engager, en tant que citoyen, à faire advenir une nouvelle réalité, un nouveau « règne » (Jean 18,36) en vue de dépasser les rapports de force et ouvrir ainsi le message chrétien à sa dimension universelle.

Voici deux perspectives qui reflètent nos diversités dans l’approche d’une communauté. Cette révélation nous permet de mieux comprendre l’expérience dynamique des premiers chrétiens et nous éclaire sur le chemin proposé par Jésus.

Pour chacune de nous, se joindre à une communauté nouvelle c’était, et c’est toujours, une aventure spirituelle, intellectuelle et relationnelle rendue possible dans la vie d’une communauté accueillante.

 Maryse Korslund et Lynne Levesque

À lire les articles de : André Gounelle “La théologie du Process “, Andrew Rossiter “Une réflexion collective “ et “Le Process et les relations humaines” , Dominique Penninckx “ Le Process : un chemin de vie ?

 

 

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À propos Maryse Korslund

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est aujourd’hui retraitée après une vie active dans l’enseignement secondaire en histoire et géographie.

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