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Le Process : un chemin de vie ?

 

Longtemps, je me suis désintéressée de toutes questions religieuses ou spirituelles. J’avais le sentiment que ma vie serait ce que j’en ferais : une suite de choix, de réussites et d’échecs. Dieu, à supposer qu’il existe, n’avait rien à voir dans tout cela. La croyance religieuse, pensais-je, était une faiblesse, « une assurance tout risque » contre le malheur et la souffrance.

À la quarantaine, ma vie a été bouleversée, mes certitudes remises en questions. Il m’a fallu comprendre que mon existence passée avait été largement déterminée par une histoire familiale particulière dont le sens me demeurait obscur. Je vivais un effondrement. Mes recherches spirituelles m’ont conduite vers l’Église catholique, la seule dont j’avais une vague connaissance. Les années passant, je me suis interrogée sur le sens de ces dogmes dont il me semblait qu’ils me « cachaient » le mystère de ce monde et de mon existence plus qu’ils ne participaient à son dévoilement.

Je me suis alors tournée vers le protestantisme et son analyse historico-critique des textes bibliques. Cette possibilité de les confronter à ma propre réalité a tout de suite répondu à mon attente de sens. Je fréquentais alors l’Oratoire du Louvre à Paris et c’est là qu’une conférence de Raphaël Picon sur la théologie du Process m’a bouleversée : Dieu comme force de proposition et énergie de transformation, Dieu, qui attire vers plus de vie et d’amour en « injectant du possible » selon le pasteur James Woody, au plus intime de moi-même. La lecture de théologiens français tels qu’André Gounelle ou Laurent Gagnebin, la rencontre de Andrew Rossiter et de son groupe « Process » à Luneray ont largement participé à la relecture de ma vie et de certains de ses événements marquants. Le Process, pour moi, c’est faire un pas de côté, le pas qui sauve ou qui dénoue. C’est la possibilité d’un réaménagement intérieur, d’une rencontre, l’irruption d’un possible vers plus d’épanouissement.

 L’attraction Divine : le « luring »

Selon le Process, à tout instant de sa vie, chaque être humain est le fruit de ses expériences passées et d’une énergie créatrice. Il ne s’agit pas seulement de la possibilité d’une nouvelle direction mais du don de la grâce et de la force pour accomplir ce mouvement. L’idée d’une intervention divine, sous la forme d’un miracle tel qu’ils sont décrits dans les évangiles m’a toujours rebutée. Cependant, ma vie a été radicalement transformée.

Il y a vingt-huit ans, j’étais chez moi devant un verre d’alcool. Ce n’était pas le premier de la journée. Cela faisait des années que je ne pouvais plus me passer de la consommation de ce produit qui, dans un premier temps, apaise et donne de l’énergie. Une enfance compliquée, une adolescence sans guide ni repères m’avaient lentement conduite à ce comportement délétère. Ma vie venait d’exploser en plein vol et l’univers que j’avais construit contre la désespérance et le mal de vivre s’écroulait. Je m’enfonçais, entraînant dans la détresse et l’incompréhension, ma famille, mes enfants et les amis qui me restaient.

J’étais ce soir-là à la croisée des chemins. Ma volonté défaite, la terreur m’a envahie. Un instant suspendu, un basculement insensible. Laissant le verre à portée de main, j’ai pris le téléphone et appelé à l’aide. Cette aide, je l’ai reçue immédiatement : une fraternité d’hommes et de femmes (Alcooliques Anonymes) m’a accueillie et portée. Si je n’ai plus jamais touché un verre d’alcool depuis ce jour, j’ai mis des années à me rétablir. Mais ma vie a pris un jour nouveau. J’ai découvert une nouvelle façon d’être au monde et aux autres, à concevoir et penser Dieu. Je suis attentive à ce courant de vie qui vient d’ailleurs et me traverse, à toutes les métamorphoses et résurrections qui sont la trame de mon existence.

 La « concrescence » dans le processus de deuil

Le concept Process de « concrescence » (au sens d’unification harmonieuse des sensations du passé) m’a permis de comprendre que pour que la mort d’un être proche puisse s’intégrer dans son processus de vie, il est nécessaire que cet événement entre en relations avec d’autres, dans un courant qui avance sans s’arrêter, où le passé ne se perd pas mais se transforme.

Mon père était un jeune pilote d’essai militaire commandant de la base de Brétigny. Il s’était illustré pendant la guerre par des actions périlleuses. J’avais 3 ans en 1952, quand il est mort dans le crash de l’avion qu’il présentait lors d’un meeting. Catastrophe familiale s’il en est, mais personne ne nous a plus parlé, ni à ma sœur ni à moi, des circonstances de l’accident pas plus que de la personnalité de ce père que nous perdions. Le poids du silence et du secret a creusé un manque que j’ai longtemps expulsé de mon champ de conscience. Pour autant, je construisais ma vie sur des sables mouvants.

Le Premier et le Nouveau testaments sont pleins de la présence d’anges messagers qui guident les protagonistes sur les chemins incertains. Des rencontres peuvent alors se produire.

La première est celle d’un livre écrit par un journaliste spécialisé dans le domaine de l’aviation. Dans cet ouvrage était relaté le crash de l’avion ; la responsabilité de mon père semblait être engagée. À ma demande, cet homme a pu accéder au dossier « secret défense » auprès du ministère de l’Intérieur comme cela est possible pour certains événements, cinquante ans après les faits. J’ai donc pu prendre connaissance des circonstances de l’accident, de la responsabilité de mon père et surtout du contexte particulier dans lequel le drame s’est joué.

La seconde rencontre se présente sous les traits d’un vieil homme, à la mise impeccable, descendu un matin dans mon atelier pour faire réparer un manuel d’anglais. Quand il a découvert mon patronyme, il s’est enquis d’une possible relation familiale avec un pilote qui avait été son compagnon de guerre. Cet ancien professeur d’université aux États-Unis m’a parlé avec émotion de ce personnage que je n’avais pu connaître, de son courage, de son humilité, du respect que lui portaient ses hommes malgré sa jeunesse. Alors ce personnage est devenu mon père.

Plus de vie, plus de chair ont contribué à combler ce manque initial. Cette « concrescence » a ouvert la voie d’une réconciliation, vers d’autres possibles

À lire les articles de : André Gounelle “La théologie du Process “, Andrew Rossiter “Une réflexion collective “ et “Le Process et les relations humaines” ,  Maryse Korslund et Lynne Levesque “ La théologie du Process en Église “

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À propos Dominique Penninckx

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a fait des études universitaires en sciences humaines. Elle a reçu une formation au métier de relieur et ouvert son atelier en région parisienne en 1976.

Un commentaire

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    Bonjour
    Merci pour ces éclaircissements Domi, tant mieux si de la lumière t’aide à révéler ton histoire
    ça aide les autres à comprendre, aussi.
    Ce que je remarque de la lumière qui vient des écritures, c’est que
    tout en rejoignant le mouvement de ceux que ça intéresse,
    ça te fait découvrir ta propre lumière, ta liberté.
    Ça te relie à l’histoire du monde tel qu’il a été , certes, puisque l’écrit est figé dans la forme,
    ( mais pas obligatoirement dans le fond )
    alors que l’écriture dématérialisée inclus maintenant la possibilité de modifier un texte
    si c’est important.
    Alors ton père a fait une fausse manoeuvre dans son avion, c’est ça,
    et voilà … le destin, death t…,
    on n’y peut rien,
    à part faire ce que tu fais , assumer la réalité
    et te reconstruire sur des bases claires.
    bises, amitiés J D

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