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La rétention administrative et ses paradoxes

 

Denis Jutzeler, photo de la série «On nous tue en silence» . © Photo Denis Jutzeler
La série a été publiée en volume en 2011, à l’occasion de la sortie du film Vol Spécial de Fernand Melgar,
Van Dieren Éditeur.

Ce sont environ 50 000 personnes étrangères qui ont été enfermées en 2017 en France dans les 24 centres de rétention administrative (CRA) ou dans les 26 locaux de rétention administrative (LRA). Les LRA reçoivent très temporairement des immigrés en attendant leur transfert dans les CRA. Il s’agit donc de personnes qui administrativement n’ont pas l’autorisation de séjourner en France.

Aujourd’hui, comme l’indique le rapport de la Cimade, Migrations. État des lieux 2017, la France est « championne d’Europe de l’enfermement des personnes étrangères ». C’est le résultat de lois de plus en plus restrictives qui permettent un contrôle drastique des étrangers et les empêchent bien souvent d’exercer pleinement leurs droits en multipliant les obstacles pour réunir les pièces demandées. Le nombre de personnes contrôlées, arrêtées et enfermées dans les LRA ou les CRA n’a donc jamais été aussi important.

Les CRA ne sont pas officiellement des prisons mais fonctionnent quasiment comme telles. Les personnes, seules ou en familles, sont enfermées derrière des grilles en attendant pour une partie d’entre elles leur expulsion du territoire français ou leur renvoi vers un autre pays européen que celui où elles souhaitent demander asile en application du règlement Dublin. La Cimade intervient dans les CRA depuis 1984. Elle a été jusqu’en 2009 la seule association à avoir reçu l’agrément pour travailler dans ces centres. Actuellement la Cimade s’occupe de 8 CRA dont 3 dans les départements d’outre-mer. Forte de cette longue expérience, la Cimade tente d’assurer un accompagnement humain et d’aider les personnes enfermées pour qu’elles puissent exercer leurs droits en leur donnant une assistance juridique. Or plusieurs de ces personnes fuient la guerre. Leur expulsion les mettrait en danger.

Ce qui révolte le plus la Cimade, c’est la présence de mineurs y compris des nourrissons dans les CRA. Le nombre de mineurs est reparti à la hausse depuis 2015. En 2016, il y avait en France métropolitaine 182 enfants enfermés, 4 fois plus qu’en 2014. La situation est encore plus préoccupante dans les CRA des départements d’outre-mer. C’est ainsi qu’à Mayotte le nombre de mineurs atteint le nombre de 4 285. La France a été condamnée pour cela à 5 reprises par la Cour européenne des droits de l’homme en juillet 2016. C’est donc pour dénoncer la présence de mineurs dans les CRA en violation du droit international que la Cimade a lancé une pétition « Plus jamais d’enfants placés en rétention », qui avait obtenu fin 2017 plus de 90 000 signatures. La Cimade a aussi rejoint la campagne mondiale pour l’abolition de la détention des enfants migrants « End immigration detention of children » de l’International Detention Coalition.

Plus largement, c’est l’existence des CRA qui pose problème. C’est pour cela que la Cimade demande leur fermeture. D’où les paroles adressées au président Macron en décembre dernier par la présidente de la Cimade, Geneviève Jacques : « Où est l’humanité ? Quand des centres d’hébergement d’urgence sont transformés en lieu de fichage et de triage entre ceux qui seraient “accueillables” et ceux qui seraient “jetables” c’est-à-dire voués à l’expulsion vers des pays qu’ils viennent de fuir ».

La Cimade refuse de coopérer avec l’État dans ce tri des migrants. Elle demande le respect des droits humains et se bat pour la dignité des personnes migrantes quelles que soient leurs origines et leurs religions. En quelque sorte, la Cimade participe à ce rôle de « vigie » que le président Macron avait lui-même demandé aux protestants d’assumer lors de la célébration des 500 ans de la Réforme à l’Hôtel de Ville de Paris. u

 

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À propos Jean Paul Augier

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est docteur en histoire contemporaine. Il est engagé dans plusieurs associations notamment Évangile et Liberté, le Musée du protestantisme dauphinois... Il est l’auteur du livre Une passion républicaine, protestantisme, républicanisme et laïcité dans la Drôme, paru en 2014.

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