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Pour un protestantisme de propositions

Pour le 500e anniversaire de la Réforme, a été mise sur pied par Jean-Marc Tétaz et moi-même une série de débats à l’Espace culturel des Terreaux à Lausanne. Une part en a été publiée dans Revisiter la Réforme (Olivétan). On lira ici les textes du dernier d’entre eux. S’y font entendre une voix catholique (Christoph Theobald) et une laïque (Vincent Peillon), à côté d’une protestante (Marc Boss).

Quel avenir pour la Réforme ? La Réforme n’est pas la mise en avant d’un modèle social et culturel, un contre modèle, selon la tentation de l’évangélisme ou de certains catholiques. La force de la Réforme est celle d’un geste de rupture et de provocation au cœur de la société, qui vise une manière singulière d’être humain.

Ce geste est critique face à la propension du christianisme, comme de toute religion analogue, de défendre ses seuls « biens de salut » et du coup ses seuls intérêts. Mais, emportée par sa radicalité, focalisant sur un Dieu autre ou caché, la critique se trouve souvent en panne de propositions positives. Dit dans les mots de Tillich, on en reste à un « principe prophétique », sans embrayer sur une « substance catholique ».

Il n’y aura d’avenir consistant et fructueux de la Réforme et, par-delà, du christianisme, que si l’on ne se contente pas de défendre seulement les engagements éthiques, aussi importants soient-ils, ou d’accompagner un progrès social, par exemple la sécularité que le protestantisme a souvent encouragée – Marc Boss en montre un aspect et ce qui peut s’en suivre. Il convient de jouer d’une spécificité d’ordre religieux. À sa manière, Vincent Peillon nous y incite.

Nous avons à revisiter ensemble notre histoire, faite de polarisations : la tradition (à récuser seulement ?) ou l’Écriture (à valider sans regard critique ?) ; les efforts humains ou la grâce seule ; les œuvres ou la seule foi ; l’Église-institution, sacrements compris (avec ses risques d’idolâtrie, mais assurant orientation et structuration) ou le Christ (qui décentre l’Église, mais tend à se faire figure « hypostasiée », hors du monde, hors du temps).

Je tombe d’accord avec Christoph Theobald : nous avons à assurer une consistance de lieux et de moments d’Église. Et cela me paraît requis dans une société qui tend à une homogénéisation sourde et à une neutralisation de questions de fond, des questions humaines, mais ce qu’il en est de l’humain ne se décide pas à partir de soi seul, isolé et auto-fondé.


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À propos Pierre Gisel

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est professeur honoraire de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne, où il a enseigné différentes disciplines jusqu’en 2012.

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