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15. Exhortation et bénédiction

 

Nous arrivons petit à petit à la fin de la célébration du culte dominical. Nous pourrions être tentés de dire que l’essentiel du culte a eu lieu, et chacun pourrait repartir chez lui nourri de la Parole et du Pain, fortifié par la prière, le chant et la rencontre des fidèles. Oui, c’est exactement cela ! Mais nous allons le lier ensemble, dans une sorte de gerbe lumineuse, à la manière du bouquet final d’un feu d’artifice. Il faut repartir « dans le monde », que nous n’avons pas vraiment quitté, mais pour lequel nous sommes venus nous mettre à l’écart, pour reposer notre esprit, reprendre des forces, nous ressourcer, nous rassembler devant Dieu. Nous allons repartir avec une parole d’encouragement que nous appelons l’exhortation ou encore l’envoi, suivie d’un geste, celui de la bénédiction, transmise de la part de Dieu, par l’officiant, à l’assemblée. C’est certainement l’étape la plus courte du culte, mais pas la moindre. L’exhortation et la bénédiction arrivent comme un point d’orgue dans la célébration, et c’est une sorte de récapitulation de tout ce qui vient de se vivre depuis le début du culte.

 L’exhortation ou l’envoi

Les deux mots sont présents dans la liturgie. Mais force est de constater que nous sommes passés tout de même et très progressivement de l’exhortation à l’envoi. L’exhortation est un mot à plusieurs tranchants et qui a eu pendant longtemps, selon la compréhension populaire, ce caractère assez négatif rappelant soit la réprimande, la remontrance, soit, encore plus virulente, une sorte de harangue ou d’avertissement. Une exhortation rappelait aussi le sermon, qui contient en lui-même une sorte de culpabilisation qui pouvait paralyser devant les actes à entreprendre, ou encore l’incapacité humaine à mettre en pratique la loi ou la volonté de Dieu. Mais c’est quelque chose qui avait déjà eu lieu au début du culte, au moment de la confession du péché. L’exhortation arrivait à la fin du culte comme une sorte de redondance de la loi de Dieu, sans préciser comment le partage de la Parole et du Pain étaient en train de transformer le fidèle. C’est pourquoi depuis quelques années, l’envoi est venu remplacer pédagogiquement l’exhortation. Au fond, c’est un être nouveau qui sort de l’église, qui rentre chez lui, qui va trouver Dieu à travers les hommes et les femmes qu’il va rencontrer. La parole d’envoi dont il s’agit, s’apparente à un envoi en mission. Le fidèle repart dans le monde à la manière d’un missionnaire et il a reçu tout au long du culte son viatique communautaire, par le chant, la prière, la prédication et le partage eucharistique. Le fidèle retourne vers son quotidien, pour y vivre sa foi et rendre témoignage. Il va donc recevoir une parole qui va le mettre en route physiquement. Une heure avant, il est arrivé au culte dans un certain état d’esprit, peut-être le cœur chargé de soucis, de questions, et le corps chargé de fatigue. Il repart autrement, plus léger, avec quelque chose de précieux, une parole qui traduit une confiance et une présence, qui vont lui rappeler au long de son quotidien qu’il n’est pas seul, qu’il est accompagné et que cette présence invisible est là pour lui donner des forces.

Au tout début du culte, par la voix de l’officiant, Dieu avait accueilli son peuple par l’annonce de la grâce et de la paix. À la fin, Dieu laisse partir son peuple, il le remet en route, il le met « sur la voie », parce que la vie est aussi au dehors, hors du temple, hors du bâtiment de l’église. C’est pourquoi l’officiant va demander à l’assemblée de se lever. Se lever, c’est être debout, c’est être en mouvement, c’est pouvoir se mettre en marche, c’est être prêt. Cette attitude vient concrétiser physiquement le dynamisme contenu dans la parole d’envoi, souvent à l’impératif : Va ! Sous-entendu : tu étais ici, mais maintenant tu vas là-bas. L’envoi souligne la continuité qu’il y a entre l’Église et la société, entre la communauté et la vie quotidienne. La foi ne se vit pas que dans le rassemblement sécurisé et confortable du culte dominical, elle se vit aussi dans l’incertitude de l’extérieur, dans l’élargissement des rencontres, parfois improbables, toujours surprenantes, nouvelles, rappelant l’inattendu de nos rapports humains et leur fragilité. La parole d’envoi vient alors soutenir la mission du fidèle.

 La bénédiction

Alors que l’assemblée est debout pour écouter la parole d’envoi, l’officiant bénit les membres de cette assemblée. En fait, il ne bénit pas lui-même, mais, en « bonne » théologie protestante, l’officiant transmet à l’assemblée la bénédiction de la part de Dieu. Au début du culte, si c’est Dieu qui accueille, alors à la fin, c’est Dieu qui bénit ; « Recevez la bénédiction de la part de Dieu » dit l’officiant. Cette bénédiction qui vient de Dieu, ressemble à un souhait, ou à un vœu, mais en réalité, elle est beaucoup plus que cela. La bénédiction est une parole de foi, qui dit la conviction que Dieu est avec nous pendant la célébration et reste avec nous, au-delà de la célébration. Cette dernière parole entendue à la fin du culte résonne dans notre cœur pendant notre chemin de retour. Elle prolonge la parole d’envoi en nous renvoyant, justement, chez nous, dans notre vie quotidienne, avec l’assurance de la présence invisible et la force d’un Dieu vivant. Cette bénédiction de Dieu sur l’ensemble de son peuple se retrouve dans l’ensemble de la Bible, premier et second Testaments. Il existe plus de 500 formules de bénédiction, non seulement celles que Dieu donne à son peuple, mais aussi celles que les hommes s’échangent entre eux, de la part de Dieu. Un enfant ne saurait partir loin de chez lui sans la bénédiction de son père, sans que son père ne le recommande à la bénédiction de Dieu. Bénir, c’est littéralement, « dire du bien ». La bénédiction reçue à la fin du culte ne devrait pas être gardée pour nous-mêmes, mais au contraire gagnerait à être partagée les uns avec les autres. C’est le rappel de la grâce de Dieu, qui fait toutes choses nouvelles, et qui nous fait regarder l’autre autrement. Partager ensemble la bénédiction reçue de Dieu, c’est se dire réciproquement : tu es aimé de Dieu comme je suis moi-même aimé de Dieu. Cela aide à vivre bien. Là aussi, c’est concrétiser ce lien invisible de cet amour donné à chacun. C’est le reconnaître. Cela commence sur le parvis du temple ou de l’église.

« La bénédiction donne à chacune et à chacun, l’assurance que l’amour de Dieu l’accompagnera sur ses chemins. Elle redit la grâce première. Cette bénédiction, où le pasteur étend les mains, s’étend ainsi à tous les hommes, comme signe de l’amour illimité et sans frontière de Dieu. » (Laurent Gagnebin) Il émane de ces bras ouverts sur l’assemblée, accompagnés d’un regard bienveillant, englobant tout le monde, mais regardant chacun, chacune, une force de transmission, qui va accentuer la continuité de la parole d’envoi, de l’envoi en mission. C’est ce geste qui rassemble tous les fidèles en un même corps, indivisible. C’est une force de cohésion. Parfois, certaines personnes se risquent à prononcer un « Amen » en réponse à cette parole de bénédiction de Dieu. Cet « Amen » veut dire un « Oui » d’adhésion. Oui je reconnais cette bénédiction pour moi et pour les autres, les proches comme les lointains. Cet Amen est un Oui de communion, et pourquoi pas, de réconciliation. C’est le but du chemin parcouru tout au long du culte, en fait. Se retrouver unifié de l’intérieur, devant Dieu, dans la foi, pour vivre, unifié le plus possible, devant et avec les autres et pouvoir ainsi témoigner de sa foi. Et à son tour, être soi-même porteur de bénédiction pour les autres.

Et le culte ne peut pas se terminer sans le chant d’un cantique final : « Bénis ô Dieu nos routes, nous les suivrons heureux », dit le célèbre choral de Bach. Mais celui qui me semble le plus adapté à ce qui vient d’être modestement développé ici, serait celui-ci : « Que la grâce de Dieu soit sur toi, pour t’aider à marcher dans ses voies. Reçois tout son pardon et sa bénédiction, va en paix, dans la joie, dans l’amour ». Dans notre monde si aride et si dur d’aujourd’hui, ces paroles n’ont pas de prix, sinon celui de pouvoir résister à l’ambiance mortifère et donner ou redonner confiance en la vie ! Et cela se passe à chaque culte… Alors… pourquoi s’en priver ?

 

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À propos Agnès Adeline Schaeffer

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est pasteure de l’Église protestante unie de France à Paris (Oratoire), et aumônier à la Maison d’arrêt des femmes, à Versailles.

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