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La religion, entre violence et espérance

 

Il y a une multitude de conflits religieux plus ou moins explicites. D’une revendication politique vers une dérive religieuse. D’un conflit religieux vers une crise politique. Personne n’en réchappe. Que l’on soit croyant ou non, peu importe le courant, la religion, la croyance, nous sommes tous touchés, de près ou de loin.

Une foi, une croyance, un ou des Dieux, les religions, la spiritualité, ce sont seulement différents chemins pour accéder à une paix intérieure, des règles pour vivre ensemble. Je ne crois pas qu’il y ait une meilleure version de l’une par rapport à l’autre. La spiritualité est polyglotte et il y a tellement de voix et de voies pour y accéder. Pour une différence d’approche, on se permet de juger, d’enfermer ou de tuer nos semblables. Ce qui me semble dangereux, c’est ce désir intense de vouloir propager sa propre version de la spiritualité. Pourquoi vouloir convaincre que sa version est la seule bonne, la seule vraie ?

Il y avait cette journée de mousson au Myanmar (Birmanie). Je suis allée visiter un camp de Rohingya, cette minorité ethnique musulmane. La pluie diluvienne et persistante créait des cours d’eau entre les baraquements temporaires. « Temporaires » ? Ils n’en n’ont que le nom, cela fait déjà cinq ans que les musulmans sont parqués dans ces camps, suite à un conflit avec la majorité bouddhiste de l’état du Rakhine, sans possibilité de mouvements. Ce jour-là, certaines maisons se sont effondrées sous l’effet de l’érosion, des flots et du vent. Ces gens n’ont plus rien depuis si longtemps. La fatigue a dû jouer, mais je suis rentrée ce soir-là, les larmes aux yeux, le coeur serré par le désespoir et l’incompréhension. Comment peut-on, au nom d’une religion, d’un Dieu, quel qu’il soit, aller si loin ?

La valeur d’une vie varie selon la culture, la récurrence de la mort. J’ai toujours ressenti un stress lorsqu’en disant « à Demain », je m’entendais répondre : « Inch’Allah ». Ce mot résonnait comme une sentence, comme si soudainement je devais faire face à une disparition si proche. De même, entendre le pilote d’un petit avion devant me déposer en brousse, nous demander de prier tous ensemble avant de décoller est un facteur de stress. « Euh, vraiment ? On a besoin de Dieu pour arriver sain et sauf ? Ça ne me rassure pas… ». J’ai fini par comprendre que ce que j’interprétais comme une marque de doute est aussi une philosophie liée à « tout peut arriver ». Tout peut arriver et l’on s’en remet à Dieu. Inch’Allah, « si Dieu le veut », « par la grâce de Dieu », car oui, ici, tout peut arriver, vraiment tout.

Je ne compte plus mes périodes d’indifférence à la religion, Dieu, la foi. L’humanité est violente. C’est un fait. Tous les prétextes sont bons, Dieu est l’un des plus fréquents. Dieu est une bonne excuse. Ainsi, par la grâce de Dieu, le point d’eau sera réparé, il suffit d’attendre. Inch’Allah demain nous aurons la livraison. Le divin devient le mot de justification pour toute action mais aussi inaction. Au final, je ne tiens plus Dieu pour responsable des malheurs des Hommes. Je crois en la responsabilité de chacun. Je crois profondément au bien en chacun. Je garde la foi en l’être. De même, j’estime que les religions sont faites (et défaites !) par les Hommes.

L’humanité ne cessera donc jamais de me toucher. Car parmi toute cette douleur et cette violence, il y a ces personnes avec une spiritualité si profonde qu’une « aura » apaisante émane d’eux. Leur simple présence suffit pour apaiser une âme tourmentée, un calme intérieur nous envahit. Seraient-elles l’expression de Dieu ?

L’expérience de ces douleurs humaines ne fait donc que grandir mon Amour pour cette humanité, Dieu se réduisant ainsi à une idée apportant un espoir notamment aux plus affaiblis. Je finis par me contenter d’accepter ce rôle qui semble minime. Mais, finalement, peut-être est-ce le plus important… J’ai l’impression que les peuples les plus fervents sont les plus démunis. Le divin rythme le quotidien. Il est ce qu’il reste lorsque l’on a tout perdu, il est cet espoir d’un jour meilleur.

 

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À propos Vanessa Barat

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dirige des missions humanitaires pour des grandes ONG dans tous les pays en difficulté. Elle est spécialiste des systèmes d’alimentation en eau pour les populations.

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