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Yakin et Boaz (2 Chr. 3,17 et 1 Rois 7,21)

 

Dans le récit de la construction du temple de Jérusalem par Salomon, il nous est dit que celui-ci fit construire deux colonnes devant le temple, celle de droite s’appelait Yakin, et celle de gauche Boaz. Il semble, en fait, que ces deux colonnes ne portaient pas de plafond, elles étaient comme des obélisques dressés dans le ciel. Elles restent aujourd’hui une sorte d’interrogation quant à leur utilité, ou à leur fonction.

Pour comprendre, il faut se souvenir que le Temple est, dans la Bible, le symbole de notre relation à Dieu, la Terre représente le matériel, et le Ciel le spirituel. Ces colonnes devant le Temple faisant le lien entre le Ciel et la Terre invitent ainsi à penser la nature du lien entre le matériel et le spirituel, avant même d’envisager sa propre relation à Dieu. Relier la Terre au Ciel est indispensable dans nos vies. Il faut qu’il y ait dans notre existence une part qui s’élève vers le spirituel, et que nous sachions accueillir ce qui vient de Dieu, c’est cela la source de la vie, comme l’illustre la célèbre échelle de Jacob (Gn. 28 : 12). Mais ces colonnes ont aussi un autre rôle qui peut sembler un peu paradoxal, c’est de maintenir le spirituel à distance, comme si l’on ne voulait pas que le Ciel s’écrase sur la Terre. Cela est essentiel, faute de quoi on s’expose à de graves dangers.

L’un est l’abandon du terrestre, faisant croire que le spirituel devrait éliminer toute vie matérielle ou humaine, l’autre présente le risque du découragement devant un idéal qui ne permettrait plus d’espace de vie, et qu’on choisirait de laisser de côté en abandonnant tout désir d’élévation. Dans les deux cas, notre vie perdrait une dimension et s’aplatirait dans un spiritualisme stérile, ou dans le matérialisme le plus absurde et désespérant. Un autre danger serait de croire dans un accès trop facile et direct au Ciel. Comme certaines spiritualités qui mélangent tout : on croit trouver Dieu dans le printemps, on considère que chaque geste d’amour est une prière et un sourire une louange à Dieu… Cela n’est pas faux en soi, mais il serait dangereux d’en rester là. Pour que Dieu puisse être un principe actif dans nos existences, il ne doit pas s’y réduire, mais rester pour nous un tout-autre, une dimension hétérogène, une transcendance pouvant agir dans notre vie et la transformer.

Il est essentiel de maintenir une distance entre le Ciel et la Terre, une tension entre Dieu, qui est l’infini, et le monde qui est fini, entre le créateur et la créature. C’est la tension entre ces deux pôles qui est féconde. Pour nous chrétiens, l’écart entre idéal et réalité est considérable : aimer, pardonner, servir, « être parfait comme notre Père céleste est parfait », c’est en soi impossible. Mais cette distance ne nous condamne pas, parce qu’il y a la promesse de la grâce. La prédication du Christ serait irrecevable sans la grâce. Nous savons alors que, toujours, Dieu nous aime et nous reçoit. Nous pouvons donc vivre libres, joyeux, et sans crainte, pour que notre idéal nous élève sans nous tuer. La grâce, c’est que tous nous sommes accueillis dans le Temple, mais pour que cette grâce soit efficace, il faut d’abord passer par les colonnes nous rappelant la grandeur de Dieu. Par ailleurs, nous savons que la première colonne s’appelait Yakin, ce qui veut dire « Il a établi » et la seconde : Boaz, ce qui signifie : « la force ». Nous avons besoin des deux pour avoir une relation solide et féconde à Dieu : être solidement fondé pour ne pas dériver et avoir une force interne suffisante pour ne pas plier. Dieu peut nous donner ces deux qualités. La première est obtenue par le Christ qui est notre fondation, le rocher solide, la seconde, la force, nous vient aussi de Dieu qui peut donner de la constance, à nos vies en la structurant.

C’est bien ainsi avec une base solide et avec force et constance que nous sommes appelés à vivre dynamisés par cette différence de potentiel entre Dieu et nos existences terrestres.

 

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À propos Louis Pernot

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est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

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