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Vous avez dit « inclusivité » ?

 

Bien souvent, les Églises incarnent deux attitudes pour résoudre le lien en jeu entre les nouveaux et les anciens membres. Les unes optent, souvent de manière inconsciente et sans explicitation préalable, pour le principe de l’exclusion : toute personne ne correspondant pas à la norme est exclue. Les autres choisissent le modèle de l’intégration qui consiste à demander de se fondre dans la norme en effaçant les différences. L’inclusivité propose un autre modèle. Elle consiste en un refus systématique de toute discrimination dans l’accueil en affirmant la volonté de permettre à chacun de trouver sa place dans la communauté. L’inclusivité fait le pari que la diversité est une richesse pour la communauté et qu’une unité est possible tout en respectant cette diversité. Cette démarche invite alors à un partage autour des spécificités de chacun, quelles que soient sa classe sociale, sa culture, son orientation sexuelle, sa condition physique et mentale. L’accueil inclusif reconnaît les difficultés liées au travail d’unité. Il ne suffit pas de dire « nous accueillons tout le monde » pour que cela devienne une réalité. L’inclusivité implique la nécessité d’une réflexion active sur l’accueil, et souligne aussi les difficultés pratiques et théoriques de l’accueil sans discrimination.

 Une démarche individuelle et de groupe

« Dorénavant, nous proposerons une coupe de vin et une coupe de jus de raisin lors de la sainte Cène. » L’inclusivité est une démarche à la fois individuelle et communautaire, pour mieux accueillir l’autre en respectant ses spécificités. Chaque cas rencontré demande alors un travail particulier. La première étape consiste à prendre conscience du fait qu’une paroisse peut, même involontairement, exclure un groupe particulier. Cela permet d’entamer une démarche de rencontre de l’autre pour mieux comprendre ce qu’il vit. Il s’agit d’écouter d’abord les personnes concernées parce qu’elles sont les mieux placées pour parler de leur expérience. Par la suite, il est nécessaire que la majorité accepte de se décentrer et de changer ses habitudes pour ne plus mettre un groupe spécifique en difficulté et ainsi pouvoir l’accueillir dans le respect. Dans ce processus, tant le groupe majoritaire que le groupe minoritaire peuvent être transformés par ces échanges.

 Un inconfort assumé

« Philippe est venu au repas de Noël de la paroisse avec son mari. Il est accueilli par une paroissienne demandant s’il est venu avec sa femme. Face à cette question posée innocemment, le sentiment de Philippe change. Il se sent mal à l’aise et isolé. » Une démarche inclusive nécessite de réfléchir aux mécanismes de pouvoir et de normalisation dans la société en général et dans les paroisses en particulier. Quelles sont les normes, les usages, même inconscients, du groupe majoritaire ? Quelles personnes sont exclues par ces pratiques ? Quels sont les changements qui pourraient déstabiliser ces usages, et comment les mettre en œuvre ? Chaque situation est nouvelle et demande des ajustements spécifiques de la part des organisations mais aussi des individus. Cette position d’inconfort et d’instabilité peut engendrer de la peur, réaction naturelle de protection face à une situation inconnue. Il peut s’agir alors d’encourager l’expression de ce sentiment pour ensuite pouvoir le dépasser. L’Église est un lieu particulièrement bien équipé pour ce travail, puisqu’elle peut l’intégrer dans une pratique spirituelle qui consiste à reconnaître ses propres limites et manquements et à les accepter chez l’autre, justement pour faire communauté.

 Une démarche de revendication

« Lors des cultes et en parallèle de chaque activité pour adulte, des activités pour les enfants sont organisées. Chaque enfant est libre de choisir où il souhaite aller. N’hésitez pas à demander plus de renseignements. » De plus en plus de paroisses se définissent comme inclusives. Cela peut prendre de nombreuses formes : annonce claire de la démarche, communication en langage épicène (qui consiste à indiquer systématiquement le féminin), mention d’activités ou d’une ouverture à un groupe spécifique. Cette revendication est en cohérence avec une démarche d’accueil inclusif. Le but final de l’inclusivité est de faire en sorte que chaque personne se sente en sécurité dans les espaces communs, publics ou ecclésiaux, sans appréhension quant à son acceptation. Ainsi, entendre « Ici, vous serez accepté tel que vous êtes », permet déjà de pousser la porte sans peur.

 

Pour aller plus loin : Yvan bourquin et Joan Charras Sancho (éd.), L’Accueil radical, Ressources pour une Église inclusive, Genève, Labor et fides, 2015

 

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À propos Émeline Daudé

est ingénieure en informatique, responsable de projets de recherche et innovation et étudiante en théologie (Paris et Genève). Elle est engagée de longue date dans des mouvements pour l’égalité des droits, inclusifs, féministes et LGBT.

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