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Espérer contre toute espérance

Le titre de ce livre écrit par le pasteur Kraege, docteur en théologie, est emprunté à une expression de Paul (Rm 4,18). Pour l’Apôtre, « là où il n’y a plus aucune espérance au sens habituel du terme, le chrétien espère quand même. » Cette espérance est donc une espérance malgré tout. J.-D. Kraege montre finement d’ailleurs qu’on a tendance à penser que l’espérance constitue une dimension fondamentale de l’être humain, alors que « c’est bien plutôt le désespoir qui caractérise toute existence humaine ». Ce retournement appartient à une perspective imprégnée par la philosophie de Kierkegaard (1813-1855) chère à l’auteur. Le livre gravite autour de la fameuse affirmation du pasteur Charles Wagner (1852-1918) selon lequel « l’homme est une espérance de Dieu ». Cette belle expression, paradoxale, dit qu’en fait notre avenir n’est pas bouché, mais ouvert, que c’est même notre vie qui, de manière inattendue, est devenue l’espérance de Dieu. Dieu prononce un « jugement fondamentalement positif » sur nous. L’ouvrage de J.-D. Kraege, simultanément logique et inventif, est constitué de sections de quelques pages ou seulement de quelques lignes, avec chacune un titre spécifique. C’est exactement au milieu de son livre que cette citation apparaît. Elle constitue le pivot de l’ensemble, l’axe central de tout ce livre.

J.-D. Kraege écrit ainsi quatre-vingts petits textes consacrés du début à la fin de son essai à cette proposition originale et forte de Wagner. Ces brefs développements d’ordre à la fois philosophique, théologique et spirituel, représentent un véritable tour de force. On sent que J.-D. Kraege a éprouvé un grand bonheur à jouer ainsi avec ces mots de Wagner. Notre lecture, elle aussi, a une dimension ludique. On éprouve en effet un réel plaisir à le lire.

Attention : quand J.-D. Kraege parle de l’homme pécheur, il ne parle pas des péchés (au pluriel) dans un cadre moral ou même moralisateur, mais du péché (au singulier) dans un cadre anthropologique où le contraire du péché n’est pas le bien que nous pouvons ou ne pouvons pas faire, mais la grâce. Une interrogation : la pensée très christocentrique de J.-D. Kraege ne dit rien, du moins explicitement, de ce « Dieu » dont parle Wagner. L’homme est certes, en Christ, une espérance de Dieu, mais quel est ce Dieu ? Il me semble important de souligner que Dieu est, comme l’homme, en devenir ; un Dieu en mouvement, non pas figé, mais au contraire caractérisé par l’espérance.

Jean-Denis Kraege, Espérer contre toute espérance, Paris, Van Dieren, 2016, 80 pages.

À propos Laurent Gagnebin

docteur en théologie, a été pasteur de l'Église réformée de France, Paris ( Oratoire et Foyer de l'Âme ) Professeur à la Faculté protestante de théologie.Il a présidé l’Association Évangile et Liberte et a été directeur de la rédaction du mensuel Évangile et liberté pendant 10 ans. Auteur d'une vingtaine de livres.

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