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Indulgence

On pense souvent qu’une indulgence permettait de sortir de l’enfer contre monnaie sonnante et trébuchante. C’est faux ! À l’origine, les indulgences étaient associées à une œuvre pieuse (un pèlerinage ou la participation à une croisade), mais leur objet était plutôt restreint, elles ne permettaient d’absoudre que les peines terrestres infligées par l’Église. Les indulgences ont évolué avec le développement de la doctrine du purgatoire, ce « troisième lieu » (l’expression est de Luther) entre ciel et enfer dans lequel les âmes « médiocres » devaient se purger de leurs péchés pour rejoindre le paradis. En effet, l’idée va progressivement émerger que les indulgences pouvaient aussi concerner les peines infligées aux défunts dans ce lieu-là. En revanche, il ne sera jamais question de remettre les peines infligées en enfer. Un meurtrier, par exemple, pouvait acheter autant d’indulgences qu’il voulait, il ne bénéficierait jamais d’une remise de peine. Au fil du temps, l’Église comprit tout le potentiel financier des indulgences et l’on se mit ainsi à remplacer l’accomplissement d’une œuvre pieuse par le versement d’une somme d’argent. C’est d’abord contre cette marchandisation que Luther se dressa. Si ses 95 thèses « destinées à montrer la vertu des indulgences » (la « vertu » !) étaient encore bien orthodoxes doctrinalement, elles ne s’en prenaient pas moins avec force à un business florissant et dont la papauté avait grand besoin. On comprend donc la virulence de la réaction du Vatican. Mais Luther insistait aussi sur le fait que ce n’est pas tant l’acte de l’indulgence qui compte que l’état d’esprit du chrétien pénitent. Ce faisant, il soulignait l’importance de la foi comprise comme conviction plutôt que celle de la pratique – en l’espèce, l’achat d’une indulgence.

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À propos Pierre-Olivier Léchot

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est docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Il est également membre associé du Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (CNRS EPHE) et du comité de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (SHPF).

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