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Dansons avec la mort

 

Holger Wetjen est journaliste, de nationalité allemande, mais en poste à Paris. Il a été assez intrigué par les danses macabres, peintes sur les murs de l’église luthérienne qu’il fréquentait dans sa jeunesse. Leur contemplation l’apaisait, de sorte qu’il eut envie plus tard d’étudier les origines et les significations de ces danses que l’on retrouve en France, en Allemagne, en Suisse et ailleurs.

Il en fit un livre qui explique que ces danses sont d’abord une réaction à la catastrophe de la peste qui sévit en Europe au XIVe siècle et qui faucha 25 millions de personnes. La mort était partout, dans les familles, dans les rues, dans les campagnes. On était bien obligé de vivre avec elle.

On s’étonne qu’elles aient pu s’installer dans les églises car elles portaient en elles une théologie qui n’était pas très catholique.

Selon ces danses, tout le monde est entraîné dans la spirale de la mort, que l’on soit pape, évêque, roi, prince, bourgeois ou simple paysan, sans que le ciel puisse s’ouvrir pour accueillir les meilleurs, comme le montrent par exemple les représentations du jugement dernier. Plus de hiérarchie sociale ; les plus hauts dignitaires subissent le même sort que le peuple. En un sens, les danses macabres procèdent d’une forme d’exorcisme. Comme la mort assaille de partout, il faut vivre avec et entrer dans le monde des « morts vivants ».

Voici quelques citations : « Les squelettes peuvent maintenant saisir leurs victimes par le bras ou par la taille, morts et vivants sont entrelacés et dansent sur un même plan. Le monde devient la scène d’une agitation lugubre […] où les manifestations de la Vie et de la Mort sont identiques. […] Dans la danse macabre, les deux mondes des morts et des vivants sont réunis. »

Holger Wetjen insiste sur l’évolution de l’image religieuse. Avant l’apparition de ces danses, les images sont assez figées et ont un pouvoir quasi magique : le saint se confond avec son image et communique sa sainteté à celui qui le regarde ou le touche. Tandis que les danses ont surtout une vertu pédagogique. Par de nombreux détails et par les textes qui les accompagnent, les peintres exposent leurs idées politiques et théologiques qui ne sont pas toujours conformes à celles de l’époque.

L’auteur montre ensuite comment les danses ont annoncé la Réforme et comment celle-ci les a fait évoluer. Enfin il montre leur modernité, annonçant la littérature fantastique et les bandes dessinées d’aujourd’hui.

Un livre très documenté et abondamment illustré, et qui nous ouvre à cet art mal connu qui déjà portait en lui la contestation de la société.

Holger Wetjen, Cette mort qui nous fascine, Lyon, Olivétan, 2016, 277 pages.

 

À propos Henri Persoz

est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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