Accueil / Culture / Semer et cultiver la fraternité

Semer et cultiver la fraternité

 

Il n’y a de fatalité ni dans l’injustice, ni dans l’oppression, ni dans l’échec, lit-on dans la charte de la Mission populaire évangélique de 2006, « pour que, là où ils vivent, la justice remplace l’oppression, l’équité remplace l’exploitation, le partage remplace le pillage, la dignité remplace le mépris ». Les quatre mots insérés, « là où ils vivent », sont précieux : le Foyer de Grenelle à Paris, l’une des Fraternités de la Mission, vit cette fraternité ouverte dans son quartier depuis 1887.

Le pasteur Christian Bouzy offre un très beau témoignage après six années de ministère au Foyer. L’écriture est aussi apparue nécessaire dans un contexte où la fraternité n’est pas vécue, là où l’on est, mais reste incantatoire et est abîmée par le radicalisme religieux et le repli sur soi. Comme l’écrit Pierre Joxe dans la préface, « il se passe [au Foyer] des phénomènes puissamment complémentaires : accueil, action sociale, alphabétisation d’adultes, soutien scolaire, culte dominical, conférences et débats, collecte de vêtements, boîtes aux lettres pour sans-logis, aide aux sans-emploi, sans espoir, aux réfugiés ». Si le droit français a obligé à séparer l’activité cultuelle de l’activité diaconale en associations distinctes, rien n’empêche un lieu enraciné dans l’Évangile et résolument laïque (pour reprendre le titre d’un chapitre) d’offrir de « vivre et témoigner de l’Évangile de Jésus Christ parmi les plus démunis », « d’accueillir chacun tel qu’il est », de manière inconditionnelle et sans discrimination, de « tisser des liens avec d’autres, aider chacun à retrouver la capacité d’agir ». Les activités du Foyer sont des échanges où chacun donne et reçoit, et vit la fraternité républicaine et évangélique, dans le respect des convictions et dans l’éducation à la critique.

Christian Bouzy décrit les scènes du quotidien comme les petits-déjeuners et le repas du mercredi, les difficultés et les interrogations parce que le Foyer n’est pas épargné par les violences et les conflits, et les liens solidaires tissés au fil de l’histoire du Foyer influencée par le contexte politique, économique et social. Les lecteurs trouveront une puissante confession de foi (p. 51) qui résume à elle seule les méditations bibliques qui terminent chaque chapitre. Christian Bouzy est au service de l’Évangile révolutionnaire et espère « éveiller la créativité de chacun et susciter d’autres expériences » de fraternité.

 Christian Bouzy, Vivre la fraternité. L’expérience du Foyer de Grenelle à Paris, Lyon, Olivétan, 2016, 129 pages.

 

À propos Olivier Guivarch

est secrétaire national d’une fédération syndicale de salariés, après avoir étudié la théologie protestante et exercé le métier de libraire. Il participe au comité de rédaction depuis 2004.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*