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L’Action chrétienne en Orient et le protestantisme du Moyen-Orient

 

L’évêque palestinien Munib Younan, élu en 2010 président de la Fédération Luthérienne Mondiale, a rendu un peu plus visible la réalité des protestants arabes (et perses, et arméniens) ! Oui, même s’il est largement ignoré de la part du protestantisme francophone, le protestantisme au Moyen-Orient existe. Bien que minoritaire au sein de la minorité chrétienne, il joue un rôle important au regard de son importance numérique : signalons l’exemple de la paroisse luthérienne de Bethléem, dont les extensions dans le domaine de l’éducation font qu’elle compte 300 membres et… 3 000 employés ! Ou l’organisation presbytérienne Coptic Evangelical Organization of Social Services, en Égypte, qui atteint chaque année deux millions d’Égyptiens, via ses programmes de développement social, d’éducation et de dialogues interculturels et interreligieux.

Ce protestantisme remonte au travail de missionnaires, venus pour l’essentiel du monde anglo-saxon au XIXe siècle, qui pensaient évangéliser des musulmans, et retrouvaient sur place des Églises orthodoxes, catholiques, présentes dès les premiers temps de l’Église, et qui cohabitaient depuis toujours dans l’Empire ottoman avec leurs voisins musulmans et juifs. L’évangélisation va surtout toucher les chrétiens ! Les missionnaires auront le souci de l’éducation, notamment des filles – ils seront les premiers à s’en préoccuper. Ce souci reste présent chez eux, avec une dimension forte de dialogue entre religions et cultures dès le plus jeune âge. Ainsi, le National Evangelical Synod of Syria and Lebanon (NESSL) (dénomination réformée) a plus d’élèves dans ses écoles qu’il n’a de paroissiens. Et l’un des premiers soucis du pasteur Mofed, de Homs en ruines, a été de remettre en route l’école protestante, qui compte de nouveau (à la rentrée 2016) plus de 1 000 élèves inscrits.

Aujourd’hui, ces Églises sont indépendantes. Elles se défendent d’être des agents de l’Occident, que Daech pourrait accuser d’être des « croisés », prétexte (absurde) pour leur persécution par ces extrémistes (mais il ne faut jamais oublier que, dans la crise irakienne et syrienne, les victimes musulmanes sont bien plus nombreuses que les victimes chrétiennes). Elles apportent un témoignage dans les sociétés qui sont les leurs et qui passent par des crises difficiles, en partie dues aux nombreuses interventions étrangères. Le président de la Faculté de Théologie Protestante de Beyrouth (NEST), George Sabra, nous disait que le christianisme oriental peut être utile et bénéfique pour le christianisme occidental et pour les sociétés orientales, car elles connaissent les réalités orientales et occidentales. La puissance des images dramatiques dont l’Occident est abreuvé fait illusion : la désignation de « méchants », ainsi que l’évitement pudique de la reconnaissance des erreurs et des interventions occidentales violentes malencontreuses, n’aident pas à comprendre la complexité de la situation.L’Action chrétienne en Orient (ACO) est née en 1922 de la rencontre entre un pasteur alsacien, Paul Berron, et la réalité des survivants du génocide arménien. Les Arméniens, éparpillés dans le monde entier, fortement présents au Liban, ont été des pionniers d’une présence respectueuse d’autrui, avec une identité culturelle et religieuse forte, aussi dans des pays à majorité musulmane. Là encore se trouvent des exemples et des pistes, issues d’une souffrance infinie, pour un vivre ensemble possible.

L’ACO soutient les échanges de jeunes, qui sont d’une grande richesse. Les jeunes syriens, libanais, iraniens, égyptiens, découvrent une Europe bien plus diverse et problématique qu’ils ne se la représentaient ; ils y trouvent des croyants mais aussi énormément d’indifférence à l’égard de la religion… ce qui leur est incompréhensible. Ils perçoivent cela comme un déficit d’identité chez les Européens. Et les jeunes européens découvrent des croyants qui vivent leur foi comme une évidence, qui restent fermes et fidèles, malgré le fait d’être minoritaires, malgré la précarité, et qui gardent l’espérance, alors que leur avenir paraît objectivement bien plus sombre que celui des sociétés occidentales.

www.aco-fr.org/ www.diyar-consortium.org/ en.ceoss-eg.org/ en.synod-sl.org/

 

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À propos Thomas Wild

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après des études de théologie à Strasbourg et à Tübingen, a exercé son ministère de pasteur auprès de l’Église évangélique du Gabon. Il a ensuite été pasteur de paroisse en Alsace-Lorraine et responsable du Service Missionnaire de l’UEPAL. Puis, il est devenu directeur (à mi-temps) de l’Action chrétienne en Orient, et pasteur à St Matthieu, Strasbourg.

Un commentaire

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    Gilbert Bilezikian

    Mes parents ont fait connaissance avec le Pasteur Paul Berron a Alep peu apres le Genocide Armenien.
    Ayant emigre a Paris, mes parents se retrouvaient souvent avec le Pasteur Berron chez eux dans le quartier Montmatre pour s’entretenir sur les questions de l’implantation des eglises armeniennes protestantes sur le territoire francais. Je me souviens tres bien du Pasteur Berron. Un homme affable et tres devoue a la cause de l’evangile. Il a souffert avec nous pendant la guerre, Il a exerce une influence profonde sur moi dans ma jeunesse.
    Je suis reconnaissant d’apprendre que l’oeuvre qu’il avait fondee poursuit son ministere. gB

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