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Noël, entre vouloir et consentement Matthieu 1,18-25 ; Luc 2,1-20

 

pierron-isabelleComment parler de Noël aujourd’hui quand le Père Noël prend toute la place, quand les enfants font leurs listes de cadeaux, quand il est possible de rendre un cadeau ou de le changer ? Combien de colères devant un cadeau que l’on n’a pas demandé ? De quel cadeau s’agit-il quand chacun veut décider de ce qu’il va recevoir ? Où est la place de celui, celle qui offre, qui donne ?

Ne sommes-nous pas à des lieues de la naissance de Jésus ? Eh bien non, je ne crois pas. La question est la même aujourd’hui qu’hier. Quand Matthieu et Luc écrivent sur la naissance de Jésus, que veulent-ils nous dire ? Rien d’historique, ils n’y étaient pas. Je crois que les auteurs bibliques parlent plus des humains que du divin et que souvent leur parole déjà ancienne fait encore tilt aujourd’hui.

Par exemple, il est juste d’entendre dans le « non » de Joseph à Marie, enceinte d’un autre que lui (Mt), que nous avons du mal à accueillir ce qui nous échappe ou ce qui est contraire à ce que nous voulons. N’avons nous pas des difficultés à ouvrir nos portes à l’inconnu, à l’étranger, au pauvre… comme à l’auberge (Lc) où frappent Joseph et Marie la nuit de la naissance de Jésus, au point de les laisser s’installer dans une étable ? Et comme le roi Hérode (Mt), il arrive que nous nous sentions menacés par l’autre au point de vouloir l’éliminer. Parfois aussi comme les religieux de Jérusalem (Mt) nous ne croyons pas ce qui est en train d’arriver : l’accomplissement de la promesse.

Une naissance dérange, bouscule, met du désordre. Une vie nouvelle questionne et met en lumière d’autres chemins. N’est-ce pas ainsi que la naissance de Jésus met en lumière tous les possibles que l’Éternel dessine devant nous ?

Jésus à sa naissance a été déposé dans le bois d’une mangeoire. Curieux berceau pour un Sauveur, non ? Jésus, à sa mort, a été couché sur le bois d’une croix. Curieux lieu pour un Sauveur, non ? La naissance de Jésus ne pose-t-elle pas la même question que la croix ? Pourquoi un Sauveur qui naît si chichement et qui meurt comme un bandit ? Ce n’est pas ce que nous voulons, tout cela nous échappe.

Une naissance, comme tout don, questionne. Nous sommes questionnés dans notre identité, jusqu’à être remis en cause dans notre vouloir, c’est-à-dire notre volonté de décider, de choisir, de maîtriser, de contrôler. Oui, même un nouveau-né conteste notre volonté de tout vouloir.

N’est-ce pas là la question de la foi ? Vais-je laisser cet enfant fragile et vulnérable grandir avec moi dans ma vie jusqu’à cesser de tout vouloir pour consentir à ce qui sera donné ? Même question à la croix : vais-je consentir à être aimé avant d’aimer, vais-je consentir au pardon et à la justice d’un Autre ?

Question de la foi, question de la vie : naissance et mort, comme tout événement de notre quotidien, sont autant de remises en question de notre volonté de tout diriger quand l’Éternel en Jésus nous invite à consentir à ce qui est, ce qui est donné. Cela ne veut pas dire résignation et défaite. C’est un chemin de vivre ensemble apaisé et plus juste. Le consentement comme un chemin de libération de soi afin de laisser le Tout-Autre faire en nous son travail.

Noël est une fête pour beaucoup et c’est juste. Mais une fête juste pour faire la fête ? Ce que Noël est devenu, au fil des ans, un étalage de cadeaux, repas et lumières, cet étalage masque l’essentiel, nous le savons bien. Nous évitons la question posée par le don de l’Éternel pour nous concentrer sur la crèche figée sous le sapin, comme nous détournons les yeux de la croix pour fêter Pâques. Pourtant, Jésus n’a-t-il pas consenti au oui de l’Éternel sur lui à Gethsemané et n’a-t-il pas consenti au non des hommes jusqu’à mourir sur une croix ?

Si nous le croyons, alors il est juste que Noël comme Pâques soient célébrés chaque année car le travail sur soi qu’est le chemin du consentement est toujours à faire.

Avec un défi pour ce Noël : consentir aux cadeaux offerts sans ressentir déception ou envie !

Bon Noël !

 

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À propos Isabelle PIERRON

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est pasteur de l’Église protestante unie de France, passionnée de Bible et de montagne

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