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La nécessité de dire

Farid El AsriL’effroi et la fermeté dans la condamnation d’un acte odieux, telle est l’immédiate réaction et le ressenti amer du moment. Une profonde pensée aux victimes et à leurs familles. C’était pourtant un vendredi soir ordinaire dans l’agglomération parisienne où le loisir d’une fin de semaine s’est trouvé frappé au cœur et où une comptabilité macabre s’est imposée à nous dans un déchirement sans nom.

Le plus souvent, c’est le silence d’indignés qui semble parler le mieux dans ces moments. Comment commenter l’indicible ? Le fait que les terroristes lâches semblent musulmans, ceci ne rajoute que plus de colère à notre désarroi. Ces vengeurs pour une cause sans sens se sont ainsi déchaînés à l’arme lourde sur des innocents. Ils semblent avoir vociféré « Dieu est Grand ». Dieu est effectivement bien plus grand que leurs actes criminels. Nous l’avions déjà rappelé lors d’une conférence interreligieuse à Paris, au lendemain des événements de Charlie Hebdo (à Paris-Batignolles en février 2015, NDLR). Le but visé était de produire le plus de morts et sans considération aucune pour le profil des victimes. Mais qui sont donc ces êtres qui travestissent tous les principes de notre foi, animés par une théologie de l’apocalypse et une stratégie du chaos ?

Aussi, je me suis murmuré le verset coranique stipulant que celui qui tue une âme équivaut au meurtre de toute l’humanité et celui qui en sauve une, sauve toute l’humanité (Coran 5:32).

La conscience de notre impuissance ne nous épargne pas de la nécessité de dire. Dire, pour ne pas se laisser pétrir par le climat de peur. Dire, pour rappeler que nous sommes musulmans et que ces actes nous sont radicalement étrangers. Dire, pour partager avec mes coreligionnaires musulmans la nécessité d’un sursaut commun pour nous réapproprier le champ de la pensée et des discours confisqués par quelques illuminés. Dire, pour faire œuvre de pédagogie dans la connaissance mutuelle et dans un dialogue fort. Dire, pour marteler que Dieu est du côté de la justice et des innocents et non du côté des « théologiens de la Kalachnikov ». Dire tout ceci en vérité, en fraternité, en confiance et dans la compassion. Nous résisterons avec force et détermination et nous continuerons à faire front commun contre tous les crimes aveugles, partout ailleurs sur la planète.

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À propos Farid El Asri

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est anthropologue et islamologue (à Rabat et à Bruxelles).

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