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Une Haute École de Théologie en Suisse

Paillard XavierCrêt-Bérard, 21 novembre 2012 : un comité présente à une cinquantaine de personnes issues des milieux évangéliques et réformés son projet de Haute École de Théologie (HET) pour la Suisse romande. Alors que les Églises et communautés évangéliques expriment leur enthousiasme, les Églises réformées romandes, unanimes, marquent leur distance. Explications.

Depuis la Réforme, les Églises réformées de Suisse romande ont le privilège de pouvoir compter pour la formation de leurs pasteurs sur trois facultés de théologie dans un rayon de moins de 100 kilomètres : à Genève, Lausanne (une quatrième faculté – la faculté de théologie de l’Église Libre – a existé à Lausanne) et Neuchâtel. Trois facultés historiques, inscrites au cœur de l’Université, qui témoignent de la volonté des Églises réformées de s’intégrer dans les sociétés où elles évoluent ; non pour s’y fondre mais pour participer à la réflexion commune et éclairer les débats à la lumière de la Parole de Dieu. Car, distantes tant du dogmatisme que du fondamentalisme, les Églises réformées revendiquent la capacité de proposer un sens à l’évolution du monde par un incessant travail herméneutique qui interroge la société à la lumière de la Parole de Dieu, et interprète la Bible sous l’horizon de l’actualité. Trois facultés voisines, appelées depuis les années 1990 à se partager un nombre d’étudiants en constante diminution ; trois facultés concurrentes donc, aux statuts fort différents (fédéralisme helvétique oblige) et soumises aux pressions croissantes de la laïcité ; trois facultés, enfin, contraintes dans les années 2000 de se fédérer et de se spécialiser en pôles de recherches et d’enseignements dans le cadre des accords de Bologne. Le défi est de taille; les écueils sont nombreux.

Dans ce contexte, quelques pasteurs évangéliques, et réformés de tendance évangélique, misent sur le développement de l’Institut biblique et missionnaire d’Emmaüs pour en faire une Haute École de Théologie. L’ambition première est de former, à l’interne des Églises, des théologiens de niveau « bachelor » (bac +3) ; le but est « la transmission fidèle, intégrée et créative de la foi chrétienne (révélation biblique, vie et enseignement du Christ, doctrine et éthique chrétiennes) en dialogue avec les questions contemporaines des Églises et de la société » ; une intention très normative, contraire à l’ouverture réformée.

Pour leur part, les Églises réformées romandes choisissent de soutenir leurs facultés, de les accompagner dans leur mue et de renouveler leur partenariat en tant que futur employeur de la grande majorité des étudiants. Le résultat est probant. Considérant la fermeture de la faculté de Neuchâtel à l’été 2015 et le développement prometteur de la Science des Religions à Lausanne, les deux facultés de théologie de Lausanne et de Genève se sont profilées comme complémentaires ; que ce soit par la spécialisation ou par la création d’instituts lémaniques interuniversitaires, à l’image de la théologie pratique reprise de Neuchâtel et dotée tout récemment, à Genève et à Lausanne, de professeurs de renom. Parallèlement, le cursus « master en théologie » requis pour entrer en formation pastorale a été revu en partenariat avec les Églises et l’Office protestant de la formation (OPF) en charge de la formation professionnelle des pasteurs et des diacres pour toute la Suisse romande. Ce dispositif répond aux besoins des Églises en matière de formation. Il articule d’une part une formation théologique externe aux Églises, qui offre un partenariat avec la société civile, et un travail interdisciplinaire dans le monde universitaire – garantie d’une herméneutique de qualité – et d’autre part la formation professionnelle puis continue interne aux Églises, qui permet – un peu tardivement il est vrai – de prendre en compte tant les aspirations spirituelles des personnes que les attentes institutionnelles des Églises.

C’est fortes de ce constat, et convaincues de l’importance d’une formation théologique critique plutôt que doctrinale, que les Églises réformées romandes ont répété leur choix de ne pas reconnaître les titres délivrés par la future HET-pro pour accéder au pastorat.

En prenant connaissance à l’automne 2014 de l’acte fondateur de la Haute École de Théologie, la Conférence des Églises réformées romandes a découvert que « l’identité théologique de la HET-pro s’enracine dans la révélation biblique et s’exprime notamment par le Symbole de Nicée-Constantinople, la Confession de foi du Réseau évangélique suisse et les Déclarations du Mouvement de Lausanne ». Autant de sources dont la compatibilité n’est pas évidente, et dont certaines sont clairement en porte-à-faux avec les textes de référence des Églises réformées.

La volonté des Églises et communautés évangéliques « d’élever le niveau de la formation de l’institut d’Emmaüs » est louable ; elle ne répond cependant pas aux besoins et exigences des Églises réformées.

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À propos Xavier Paillard

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pasteur, a été élu au Conseil synodal de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud en 2009 après un ministère de 13 ans en paroisse et de 9 ans comme coordinateur régional. Il en est l’actuel président, ainsi que celui du conseil de la Conférence des Églises réformées de Suisse romande.

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