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Pour en finir avec le mal

Sekulovski GoranL’énigme du mal s’est posée de tout temps, mais celui-ci se révèle particulièrement angoissant de nos jours, alors que nous avons connu le nazisme et ses camps de la mort, l’arme atomique, les goulags staliniens. Les événements dramatiques en Irak, Ukraine, Syrie ne peuvent que renforcer ces inquiétudes.

C’est l’éternelle question : s’il y avait un bon Dieu, tout n’irait pas si mal. Il n’y a qu’à songer au livre de Job qui, plus que tout autre, montre à la fois « le scandale pour la raison et le défi pour la foi » (Paul Ricœur) que représente le mal. Dans ces circonstances, on est tenté de soutenir avec Job, dans la traduction audacieuse de Woody Allen, que « si Dieu existe, on espère vraiment qu’il a de bonnes excuses » !

Le but de cette petite réflexion n’est pas de lui en trouver. La théologie n’a pas à innocenter Dieu face au mal. Si la philosophie a des limites, la théologie aussi. Une théologie justifiant la théodicée a fait beaucoup de mal en voulant expliquer le mal. Elle aurait gagné en se taisant. Dieu se tait. Non pas parce qu’il est absent, mais parce qu’il n’utilise pas le mal pour parler.

Seule une théologie des personnes, c’est-à-dire de la liberté et du dialogue, nous permet de pressentir le mystère du mal. Dieu ne pourrait faire disparaître le mal qu’en libérant l’homme du « fardeau » de la liberté, comme dit le grand inquisiteur dans Dostoïevski. Mais constituant l’image de Dieu, la liberté revêt un caractère absolu. Le refus de tuer l’homme explique donc la possibilité du mal. En ce sens, c’est vivre qui est la réponse au mal et non comprendre le mal.

Finalement, il y a un mystère du bien. Le véritable bien ne se sait pas. Il est. Vivre face au mal, c’est vaincre le mal, c’est faire la seule chose qu’il ne sache pas faire : vivre, c’est-à-dire aimer. En rapport avec cet impératif, la tâche de la théologie ainsi que son but principal est d’arracher l’homme à l’enfer qu’il se crée, au mal, à son emprisonnement dans l’immanence, et de lui annoncer un monde où la compassion inonde tout, à l’image de Dieu dont aucun péché ne peut épuiser l’amour.

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À propos Goran Sekulovski

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Enseigne l’histoire de la littérature chrétienne ancienne (patrologie) à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris. Enseignant en géographie de l’espace Sud-Est européen à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) à Paris. il est aussi chargé d’enseignement en histoire des séparations confessionnelles à l’Institut supérieur d’études œcuméniques (Institut catholique de Paris).

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