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Un Royaume sans gloire Marc 4,26-29

Pour beaucoup de juifs du temps de Jésus, notamment pour les Pharisiens, le Royaume de Dieu attendu consistait en une irruption glorieuse du Messie dans l’histoire, qui établirait définitivement la paix et le bonheur pour tout le peuple. Un véritable renversement de situation, délivrant Israël de toutes les servitudes présentes et passées.

Et voici que Jésus nous parle, pour toute annonce de ce Royaume, d’un petit paysan qui sème bien gentiment sa semence et va tranquillement se recoucher en attendant que la nature fasse son œuvre. Ce petit royaume, limité à un champ ordinaire, sans roi, sans puissance et sans gloire, manque singulièrement d’envergure. Et l’on comprend que la majorité des juifs se soient détournés de ce Jésus qui ne leur proposait comme espérance que la banalité des jours.

Eh oui ! Le Royaume de Dieu ne se manifestera pas dans un lointain merveilleux qui n’arrivera jamais, mais il apparaît déjà dans le travail des hommes, inscrit dans le rythme des jours et des nuits qui se suivent. Il ne viendra pas du ciel mais du plus profond de cette vieille terre, labourée par les générations qui se succèdent et qui savent que, s’ils en prennent soin, la semence germera et portera ses fruits. Elle grandira patiemment dans la chaleur du jour et dans le silence de la nuit, sans que l’on comprenne comment ce simple travail de la terre peut produire toute la richesse de la moisson. On ne peut comprendre, surtout à l’époque, mais on reste fasciné par ce mystère qui nous montre la puissance et la fidélité du Dieu créateur. En un sens, Dieu est absent de la scène, mais il est derrière le rideau, principe de la vie qui se perpétue à chaque récolte et à chaque génération.

En semant, l’homme a confiance en ce Dieu créateur. Il sait que, même s’il va dormir, la nature s’occupera de poursuivre son travail. Là est sa confiance, là Il disait : « Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette sa semence en terre : qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même la terre produit… » Un Royaume sans gloire Marc 4,26-29 Henri Persoz est sa foi. Nous voyons ici cette alliance de Dieu et des hommes bâtie sur la confiance : les grains de blé qui sortiront de la terre ne peuvent venir uniquement du travail de l’homme, ils ne peuvent venir non plus que du travail de la création. Ils résultent de la collaboration confiante entre cette humanité qui gère la terre habitée et la création qui est l’œuvre de Dieu. La foi dans le Royaume de Dieu est donc la confiance dans cette fidélité de Dieu qui prendra le relais du travail des hommes pour le porter à maturité, on ne sait pas toujours comment. Devant toutes les catastrophes actuelles du monde, l’animateur d’une émission de télévision demandait à un responsable chrétien de Médecins sans frontières s’il n’avait pas l’impression que Dieu avait abandonné son peuple. Et ce responsable répondait : « Mais notre rôle est de faire ce que Dieu ne peut pas faire. »

Voila bien notre parabole du Royaume : un homme se lève de bon matin pour faire ce que Dieu ne peut pas faire. Mais Dieu est là, qui donne confiance en veillant au grain, et en faisant à son tour ce que l’homme ne peut pas faire.

Ce Royaume annoncé par Jésus est donc bien différent de ce qu’attendait le monde juif. Il est assez décevant en ce qu’il ne transforme pas le monde d’un seul coup et n’annonce pas la venue d’un Messie triomphant.

Il ne faut pas rêver et se réfugier dans des espérances surréalistes. Le Royaume se construit chaque matin lorsque nous allons nous occuper de la terre, en y mettant les graines dont nous disposons et en faisant confiance à ce Dieu créateur pour qu’il les fasse grandir jusqu’à la moisson.

Sachons nous émerveiller de tout ce que Dieu fait, au-delà de notre humble travail.

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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