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Combattre les indulgences aujourd’hui

Faire de cet anniversaire un événement religieux serait un non-sens. Cela masquerait les formidables conséquences sociales, économiques et politiques de la Réforme, dans une société qui ignorait la distinction, bien récente, entre un espace public et un espace privé où se niche le religieux.

Lors de ces célébrations on devra d’ailleurs se questionner sur cette migration du sacré qui, du ciel (l’âme, l’enfer, le paradis) est passé à la terre (l’argent, la croissance, l’austérité).

S’il y a une pertinence à faire mémoire de ce temps fondateur pour le protestantisme, elle ne se trouve pas dans les reproches mesurés que l’on pourrait faire à notre sœur, l’Église catholique romaine, qui procède encore, de manière discrète et rare, à l’attribution d’indulgences plénières, mais plutôt dans le fait de revisiter la puissance subversive de la protestation de Luther dans un monde qui voyait se propager la domination de la corruption et de l’argent.

Nos sociétés se donnent la croissance de la production et de la consommation pour salut et pour espérance messianique paradisiaque. Cette croissance entraîne des conséquences violentes, au mépris de peuples entiers qui, pour en réchapper, se précipitent vers nos rivages honteusement inhospitaliers, quand ils ne se noient pas avant. N’y a-t-il pas comme un air de « déjà-vu » ? Hier, les riches et les puissants s’attribuaient un droit à pécher sans risque de voir leurs peines célestes s’aggraver contre monnaie sonnante et trébuchante. Aujourd’hui, les puissants, pour continuer à vivre dans leur jouissance confortable, bâtie sur l’exploitation et la domination des plus faibles, s’arrogent par exemple le droit d’émettre des gaz à effet de serre mortels.

La seule différence est qu’à l’époque de Luther, s’il s’agissait d’éviter le jugement de Dieu et le feu de l’enfer, c’était au prix de désordres limités dans le temps et dans l’espace. Mais aujourd’hui, c’est le sort de la planète et de ceux qui l’habitent qui est en jeu et il s’agit, pour certains, de s’affranchir des désordres sans limites qui attirent déjà, sur les plus fragiles, le jugement de la terre qui proteste.

Alors oui, il faudra célébrer la protestation de Luther contre les indulgences. Mais il ne faudra pas se tromper d’adversaire. L’Évangile n’est pas une affaire privée destinée à rassurer les âmes inquiètes mais une bonne nouvelle de vérité, de paix, de justice et de fraternité à mettre en œuvre dès maintenant, sans indulgence.

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À propos Jean-Pierre Rive

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Président de la commission Ethique et Société de la Fédération protestante de France

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