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L’Évangile libérateur

Lorsque des malheureux viennent demander à Jésus de les guérir ou de guérir des proches, après une phase de discussion, Jésus les renvoie en leur disant « va, qu’il te soit fait selon ta foi ». Dans le même sens, on lit en Actes 16,31 : « Croyez, et vous serez sauvés. »

Ce que Jésus soigne chez ces gens, c’est leur âme. Or, nos actes sont déterminés par nos émotions (étymologiquement, ce qui met en mouvement), celles-ci sont provoquées par notre interprétation, construite au travers du prisme de nos croyances, de ce qui nous advient.

La démarche thérapeutique de Jésus semble donc essentiellement la même que celle des thérapies comportementales et cognitives dont le principe est : « Agissez sur vos pensées, sur vos croyances, cela transformera vos émotions et donc vos comportements ; ces nouvelles expériences viendront affiner ou confirmer vos croyances. »

 Seul Dieu est bon

L’histoire du jeune homme riche (Mc 10,17-22) commence par une réplique cinglante de Jésus « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu ». La perfection n’est clairement pas de ce monde. La perfection n’existe même pas, c’est une illusion dangereuse, une invention des hommes pour tourmenter leurs semblables.

En fait, Jésus même n’était pas parfait. Ne s’est-il pas fâché contre les marchands du temple ? Quelle maîtrise de soi ! N’a-t-il pas fait preuve de racisme à l’égard de la femme cananéenne ? Minable pour un champion de l’amour ! Mais voilà, Jésus a évolué, il a accepté ses erreurs et a appris d’elles, et c’est exactement ce qu’il nous invite à faire quand il nous dit « suis-moi ».

En considérant la vie de Jésus dans sa globalité, on prend aussi conscience d’une autre chose : finalement, il n’a fait que s’accepter, même dans les moments où cela était difficile pour lui.

Il n’a rien fait d’autre que de donner ce qu’il pouvait quand il le pouvait. Le fait est qu’il pouvait beaucoup, mais il ne nous demande pas d’en faire autant, il ne nous demande que d’être nous-mêmes, pleinement et authentiquement nous-mêmes. Et il ne nous juge pas pour ce que nous sommes : alors même que ses disciples l’ont abandonné au plus fort de la tourmente, lui-même ne les a pas reniés.

Jésus dit d’ailleurs très clairement à la femme adultère : « Va, je ne te juge pas. » Et s’il ne nous juge pas, pourquoi nous jugerions-nous ? Suivons-le donc et cessons d’être notre pire ennemi, acceptons-nous tels que nous sommes.

 La voie de la faiblesse

Les évangiles témoignent de la puissance de Jésus, de son leadership, de l’ascendant qu’il pouvait avoir sur ses contemporains. Si on ajoute ces qualités personnelles hors du commun à la dimension révolutionnaire de son enseignement, on comprend pourquoi il était considéré comme une menace par les autorités religieuses de son époque.

Pourtant, Jésus a fui à plusieurs reprises pour échapper à la vengeance des notables. « Mon heure n’est pas encore venue », disait-il (Jn 7,6). Et quand son heure est venue, il s’est laissé arrêter, condamner, torturer et exécuter. Incompréhensible faiblesse !

Mais 2000 ans après, que reste-t-il de ses bourreaux ? À peine quelques lignes dans un épais livre. Jésus, lui, inspire encore aujourd’hui des centaines de millions de personnes à travers le monde. Il est vivant à travers elles.

Jésus n’est pas le seul à avoir emprunté la voie de la faiblesse : Gandhi, Nelson Mandela et d’autres l’ont fait aussi. Avant que nous en fassions de grands hommes, ils étaient petits et fragiles face à des pouvoirs écrasants, mais au bout du compte, leur faiblesse a vaincu la force qui les oppressait.

Jésus nous dit qu’il n’y a pas de personnes sans importance, « tous nos cheveux sont comptés ». Il dit aussi à propos des enfants, faibles et insignifiants, « le Royaume des Cieux est pour ceux qui sont comme eux ». Quelle que soit notre faiblesse, nous avons tous notre place dans le monde et notre rôle à jouer pour le faire évoluer, même modestement.

 Thérapie par l’action

« Va », « viens », « lève-toi », l’Évangile est ponctué de ces injonctions à l’action. En bon thérapeute, Jésus sait qu’il ne sert à rien de travailler ses croyances si on ne les mobilise pas. Le salut est aussi dans l’action.

L’être humain fait partie du foisonnement de l’univers, il n’est pas seul, et qui dit action dit aussi interaction, et c’est précisément pour cela que Jésus nous invite à nous lever et à marcher, pour trouver notre place, tels que nous sommes, dans le mouvement du monde.

L’action instaure aussi une dynamique et c’est un des grands enseignements de Jésus : il n’est pas venu nous fournir des recettes toutes faites pour nous sauver. Il est venu nous mettre en mouvement, il nous conduit au début d’un chemin que nous mettrons toute notre vie à parcourir, à notre rythme, en faisant tantôt des pauses, tantôt des sprints.

Peu importe la façon dont nous parcourons ce chemin, c’est le nôtre, il est unique, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon d’avancer, l’important, c’est de cheminer, de s’être mis en mouvement. Cette mise en mouvement porte aussi un autre nom : la conversion – le mouvement d’un cœur qui se tourne vers Dieu en esprit et en vérité, au-delà des rites et des dogmes.

 Protection, permission, puissance

Dans un superbe passage de Matthieu (6,25-ss), Jésus nous invite à lâcher prise et nous abandonner à Dieu pour nous libérer de nos soucis, dont il souligne justement la vanité : « Qui de vous peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ? »

Le maître au fardeau léger nous invite également à ne pas nous surcharger : « À chaque jour suffit sa peine. » Jésus nous appelle ici à respecter nos besoins et nos limites, à rompre avec la course effrénée du monde moderne. Une parole salvatrice à une époque où le burn out frappe tant de personnes.

Un peu plus loin (Mt 7,7), Jésus nous invite à oser : « Demandez et on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. » La puissance libératrice de cette parole est énorme ! Regardez autour de vous : combien de personnes se condamnent elles-mêmes au malheur parce qu’elles n’osent pas ? Elles sont légion !

En quelques versets, Jésus nous assure de la bienveillance et de la protection du Père et nous donne des permissions visant à libérer notre puissance de changement et d’accomplissement.

 Le salut, c’est maintenant !

Beaucoup de gens espèrent encore de nos jours le retour du Christ à la fin des temps, avec les trompettes, les anges et des résurrections à gogo. Les idées d’enfer et de paradis, et donc de punition ou de récompense après la mort, sont toujours fermement ancrées dans l’inconscient collectif. Avec cette vision du monde et de la vie, nous n’aurions donc droit de notre vivant qu’à la souffrance… Difficile à comprendre quand on nous parle par ailleurs d’un Dieu d’amour !

Pourtant, quand on lit l’Évangile, Jésus nous parle toujours au présent : « Viens », « Suis-moi » ! Le salut, c’est maintenant ! C’est de notre vivant qu’il faut nous laisser toucher et soigner par Jésus. Après, il sera trop tard ! Jésus nous le dit clairement : « Dieu est un dieu de vivants, et non de morts ».

Si l’Évangile est libérateur, c’est parce que Jésus nous accompagne pour nous aider à nous accomplir ici et maintenant en tant qu’êtres humains en transcendant notre faiblesse, en nous acceptant inconditionnellement, en ayant foi en Dieu et foi en nous, et en considérant tout cela comme un chemin de vie et non une fin en soi. La véritable liberté, c’est de cheminer vers l’accomplissement. Tout le reste n’est qu’esclavage.

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À propos Vincent Defert

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Un commentaire

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    Vive le n°286 d’Evangile et Liberté!
    Par la couleur de sa couverture, il signifie au monde, le deuil et la douleur qui frappent et que partage l’humanité depuis le 7 Janvier 2015.
    Par sa photo, une kalachnikov, accompagnée d’un slogan surréaliste à la Margritte, la puissance du débat actuel, sous forme d’un slogan digne du rassemblement du 11 janvier 2015.
    Par le poids des mots, et la ligne éditoriale, qui donne un ensemble d’écrits riches, denses, multiples, rayonnants pour étayer un penser et croire en toute liberté qui prend sa place dans le débat public actuel.
    Avec gratitude,
    Françoise Majal

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