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Joyeux Noël

282_Octobre2014_Web-15Le 9 novembre 2005 sortait le film de Christian Carion, Joyeux Noël. Cette date, à la veille de la célébration de l’armistice de la Première guerre mondiale, n’avait évidemment pas été choisie par hasard. Le réalisateur, frappé par les récits de fraternisations qui se produisirent à plusieurs endroits du front à la Noël 1914, avait voulu, par ce film, raconter en une unique histoire ces épisodes de trêve.

Les historiens ont vu dans ces cessez-le-feu non officiels « une ultime expression de sentiments chrétiens dans une Europe déchirée par les nationalismes ». C’est ce qu’exprime avec force l’affiche française du film (ci-dessus à droite). En gros plan, dans sa partie supérieure, les deux mains d’un officier français enserrent la main droite d’un officier allemand. Ce signe de paix entre ennemis surplombe un paysage de neige où l’on devine une foule d’hommes anonymes. Le message est délibérément abstrait, pas de visages, pas d’individualisation, c’est l’amitié franco-allemande qui est célébrée. Cette amitié devrait dominer sur tout ce qui nous sépare, pacifier toutes nos différences, voilà ce que proclame cette affiche.

Il est alors intéressant de la comparer à celle qui fut conçue pour promouvoir le film aux États-Unis (ci-dessus à gauche). Ce qui occupait de façon floue le bas de l’affiche française devient le premier plan : les trois officiers français, allemand et britannique avancent d’un même pas vers le spectateur, les alliés font escorte à l’ennemi commun. Autre figuration de l’amitié entre les peuples. Cette amitié devrait occuper le devant de la scène et laisser en arrière toutes nos divisions, voilà ce que proclame cette affiche.

282_Octobre2014_Web-16Chacun décidera de l’impact comparé de ces deux modes d’expression : les personnages en pied donnent une incarnation à l’idée de fraternité, les mains serrées fonctionnent comme des symboles. On peut être plus sensible au dynamisme induit par les hommes en marche ou plutôt à la force d’une poignée de mains. On peut trouver plus parlant le rapport vertical haut/bas choisi par l’affiche française ou le rapport devant/derrière qui donne de la profondeur à l’affiche anglophone.

Ce qui demeure, en deçà de ces différences, c’est le titre du film ; il n’a pas été modifié dans les versions non francophones. Sur les deux affiches, il s’inscrit en rouge sous l’image. Ce « Joyeux Noël » est comme un socle ou un piédestal sur lequel s’appuie la représentation de la fraternité. On s’est entretué au nom de Dieu et on continue, hélas, de le faire. Ce film rappelle heureusement qu’on a aussi suspendu la guerre en son nom.

C’est un grand moment d’émotion que le milieu du film, quand résonne en allemand le Stille Nacht. Ses mots de fin « Jesus, der Retter ist da » (« Jésus, le sauveur est là ») prennent tout leur sens au moment où la cornemuse écossaise qui les a accompagnés depuis la tranchée d’en face, entonne ensuite le « Adeste fideles » (« Ô peuple fidèle ») que le ténor allemand reprend et chante à pleins poumons, en avançant dans le no man’s land, un sapin de Noël tenu à bout de bras. Oui, au nom de Jésus, la fraternité est possible.*

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À propos Sylvie Queval

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a été enseignant-chercheur en philosophie à l’Université de Lille 3. Depuis sa retraite, elle anime le cercle Évangile et liberté de l’Aude.

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