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« Vous savez que l’été est proche. »

À la fin de ce chapitre 13, Jésus présente à ses disciples une image de la fin du monde. L’apocalypse catastrophe ou Bonne Nouvelle ? À moins que ce ne soit autre chose : l’invitation à vivre dès maintenant la proximité avec le Fils de l’homme.

Le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Voilà les signes qui, selon Jésus, précéderont son retour. Le climat qui se détraque, la pollution qui cache le firmament ? La crise écologique annoncerait la fin du monde ? Voilà ce qui arrive quand on se prend pour Dieu. On croit pouvoir faire ce qu’on veut avec la création, y compris la détruire, oubliant un peu vite qu’elle nous a été confiée, comme un seigneur confie un territoire à un suzerain : pour s’en occuper, la faire fructifier et rendre des comptes à celui auquel elle appartient et aux générations futures que fait naître Dieu. Les humains se prennent pour Dieu quand ils s’autorisent à provoquer un déluge alors que dans la Genèse, c’est de la seule initiative de Dieu ; alors que Dieu a promis, lui, de ne plus le faire. Ils s’autorisent ce que Dieu ne s’autorise plus. Ils se prennent pour Dieu quand ils croient pouvoir sonner la fin de la partie à la place de Dieu.

Mais ils se trompent lourdement. La fin des temps qu’annonce la Bible n’est pas une catastrophe. Du messianisme juif au retour annoncé de Jésus, elle est positive : l’avènement d’un Royaume de justice, sans violence, où le loup et l’agneau dormiront ensemble. Elle n’est pas la destruction de la planète mais la réconciliation de la création avec elle-même et donc avec l’humanité. Ainsi, quand nous, humains, détruisons la biosphère, nous n’accélérons pas la fin des temps, nous nous détruisons nous-mêmes en détruisant notre environnement. Mais nous ne pouvons rien faire pour accélérer la venue du Royaume, le retour de Jésus. Nous pouvons provoquer la fin d’un monde. Pas la fin du monde.

Pouvons-nous tenter le contraire ? Ne pas détruire la création mais nous rapprocher du Royaume ? Nous savons ce qu’il ne faut pas faire : ne pas nous prendre pour Dieu, ne pas mépriser sa création. Mais positivement, quoi faire ? Jésus nous invite à regarder le figuier : « Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche » et donc le fils de l’homme. Mais quel sens donner au mot proche ? Parce que cela peut arriver demain, cela Dieu seul le décide. Mais il peut aussi être proche autrement, et cela dépend de nous : comment faire pour que nos vies soient plus en proximité, au sens de la proximité géographique, de la proximité de la sympathie avec ce monde de réconciliation qu’est le Royaume ? Ne pas se faire riche et fort, mais tendre comme le figuier. Non pas persévérer dans des modes de vie destructeurs mais être capable de se laisser renouveler, de mourir régulièrement pour renaître en permanence comme la nature avec le passage des saisons. Scruter les figuiers de ce monde pour se laisser émouvoir par la tendresse de leurs branches et la verdure de leurs feuilles. Regarder les étoiles, le soleil et la lune, suffisamment les observer pour savoir dire si elles sont encore à la même place qu’hier. Si demain une étoile changeait de place, nous en apercevrions-nous, alors que nous ne regardons plus le ciel, et que d’ailleurs les lumières de la ville nous en empêchent ?

Préparer le Royaume, en être proche, ce n’est peut-être plus comme hier déménager et chambouler le monde, comme dans les grandes utopies messianico-sociales. Aplanir les chemins pour celui qui arrive, ce n’est plus sortir le bulldozer. Mais savoir regarder et interpréter notre monde pour y voir ces signes de Dieu, savoir vivre ces signes du printemps qui vient et fait monter en nous une sève nouvelle. Pas la fin du monde, mais d’un monde, et la naissance d’un nouveau. À nous d’inventer au quotidien ce monde plus proche de la création et du Fils de l’homme.

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À propos Stéphane Lavignotte

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est pasteur de la Mission populaire évangélique à Gennevilliers (92), président du Mouvement du christianisme social et militant écologiste. Dernier ouvrage paru : Les religions sont-elles réactionnaires ? (Textuel, 2015).

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