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Religions, facteur de guerre ou de paix ?

Les religions sont capables du meilleur comme du pire, de la paix comme de la guerre. Parce qu’aucune n’échappe à cette ambiguïté fondamentale, elles ont besoin de s’ouvrir à la critique, de se réformer, de se convertir.

 Evidemment, poser ainsi la question de manière manichéenne, avec un « ou » exclusif, fait le lit des propagandes plutôt que des réflexions sérieuses. Cela correspond du reste au prêt-àpenser (ou à ne pas penser !) contemporain qui fleurit dans les sondages populaires :

  « Les religions sont cause de toutes les guerres. »

  « Suivez Bouddha ou Jésus et toute violence aura disparu. »

Et l’on vous sortira un beau camembert qui vous indiquera la tendance selon les âges, les sexes, les formations, en assortissant le tout d’une interview d’une baronne, qui indiquera la réponse bienséante à cette question ainsi définitivement tranchée.

 

 Mais trêve de plaisanterie. Il n’y a pas de religion chimiquement pure. Chacune mêle ivraie et bon grain, impossibles à démêler. Mais la question est pertinente, de savoir si l’on peut établir une hiérarchie des religions en fonction de leur nocivité, en estimant le degré de violence qu’elles distillent.   Si on établissait un palmarès à partir d’un sondage populaire, le bouddhisme arriverait largement en tête des religions pacifiques, tandis que les religions monothéistes trusteraient les places des religions portées sur la guerre, avec une mention particulière accordée à l’islam.   Et l’on cautionnerait ce classement par des exemples de poids : le portrait souriant du Dalaï Lama, symbolisant l’admirable résistance « non-violente » du peuple tibétain, ferait face à la caricature d’un terroriste agissant au nom d’Allah. Le premier serait accompagné des propos de Matthieu Ricard démontrant que le bouddhisme n’est pas une religion mais une voie de sagesse. Le second serait expliqué par un laïque éclairé comme Régis Debray, argumentant que les religions monothéistes sont plus portées à la violence que les autres : postuler un seul Dieu dériverait fatalement vers les exclusivismes religieux, porteurs de guerre.   Mais la réalité résiste à ce genre de classement : au Sri Lanka, hindouistes et bouddhistes, tous deux issus de l’Inde, « patrie de la non-violence », se font une guerre impitoyable tandis que sous la domination des musulmans, l’Espagne médiévale a connu de longues années de cohabitation pacifique.

  Toutes les religions vivent une tension entre guerre et paix. La religion juive pour exemple. Dieu sait si on a tendance à le présenter comme un dieu jaloux, guerrier, nationaliste… Or cette lecture de la Torah est orientée par un choix partisan, celui des passages qui vont dans le sens d’une vision guerrière de la religion.

  Effectivement si on lisait le Premier Testament à la seule lumière du livre de Josué ou de certains passages du Lévitique, il y aurait de quoi être effrayé… La conquête de Aï (Josué 8) est un épisode particulièrement édifiant : sur ordre divin, les conquérants massacrent jusqu’au dernier les habitants de la ville, sur un air triomphant de purification ethnique.

  On peut comprendre – sinon justifier – cette idéologie de la pureté si l’on admet l’hypothèse selon laquelle ces textes auraient été écrits dans la période noire où Jérusalem avait été anéantie par les Babyloniens : c’est le désir de vengeance, trop humain, de ceux qui ont été humiliés. Cette tendance se retrouve dans les dernières pages du livre d’Esther, où la menace de génocide antisémite se retourne en extermination des autres.

  Cette vision particulariste et belliqueuse ne doit pas cacher les pages lumineuses où résonne l’ambition universaliste d’Israël : les pages de la tradition sacerdotale (en particulier l’alliance divine avec Noé, père d’Israël et de ses rivaux…), la saga de Joseph, montrant une parfaite intégration en Égypte ou les avatars de Ruth, trimballée entre deux peuples et deux religions. Ces pages fortes d’ouverture aux autres nations et de plaidoyer pour la paix sont aussi dans la Bible et illustrent cette tension entre guerre et paix au sein d’une religion.

  On pourrait étendre l’exercice à toutes les traditions religieuses : chacune est travaillée par ces appels contradictoires à la haine ou à la réconciliation. Les religions, comme les personnes, ont constamment besoin d’être converties ; ni anges, ni démons, elles portent le sceau de la condition humaine.

 Les cultures religieuses ont été marquées par les actes et les paroles de leurs fondateurs. Si l’on prend le quatuor classique, composé de Moïse, Bouddha, Jésus et Mohamed, ils ont tous été traversés par une expérience mystique fondamentale. Mais ils ont eu des destins différents et les conditions particulières de leur histoire ont marqué leurs traditions respectives : Moïse et Mohamed ont ceci en commun qu’ils sont devenus responsables d’un peuple (ou tout au moins d’un clan).

  Moïse le libérateur est devenu le législateur et le conducteur de l’exode. Son pouvoir ne s’est pas borné à ce que l’on appellerait aujourd’hui la spiritualité, mais il a dû s’engager dans la lutte pour la cohésion de son peuple et la défense contre les ennemis.

  Aussitôt arrivé à Médine, Mohamed a dû organiser sa communauté et la défendre contre les menaces et les représailles. Il a établi des règles strictes à l’interne et des justifications d’aventures belliqueuses à l’externe. Bon gré, mal gré, Moïse et   Mohamed sont devenus chefs de guerre et, à ce titre-là, ont été contraints de chercher des justifications à la violence, fussent-elles divines !

  Jusqu’à aujourd’hui, les traditions juive et musulmane sont marquées par l’itinéraire de leurs fondateurs. Leur identité même ne peut pas échapper à cette lutte pour la survie.

 Les cultures religieuses ont été marquées par les actes et les paroles de leurs fondateurs. Si l’on prend le quatuor classique, composé de Moïse, Bouddha, Jésus et Mohamed, ils ont tous été traversés par une expérience mystique fondamentale. Mais ils ont eu des destins différents et les conditions particulières de leur histoire ont marqué leurs traditions respectives : Moïse et Mohamed ont ceci en commun qu’ils sont devenus responsables d’un peuple (ou tout au moins d’un clan). Moïse le libérateur est devenu le législateur et le conducteur de l’exode. Son pouvoir ne s’est pas borné à ce que l’on appellerait aujourd’hui la spiritualité, mais il a dû s’engager dans la lutte pour la cohésion de son peuple et la défense contre les ennemis. Aussitôt arrivé à Médine, Mohamed a dû organiser sa communauté et la défendre contre les menaces et les représailles. Il a établi des règles strictes à l’interne et des justifications d’aventures belliqueuses à l’externe. Bon gré, mal gré, Moïse et Mohamed sont devenus chefs de guerre et, à ce titre-là, ont été contraints de chercher des justifications à la violence, fussent-elles divines ! Jusqu’à aujourd’hui, les traditions juive et musulmane sont marquées par l’itinéraire de leurs fondateurs. Leur identité même ne peut pas échapper à cette lutte pour la survie.

 On pourrait multiplier les exemples… L’essentiel est de réaliser que dans le contexte de religions qui se métissent de plus en plus, la vigilance et l’autocritique sont nécessaires. Toutes les religions sécrètent des intégrismes qui jouent les uns avec les autres à la fois une alliance objective et une rivalité sanglante.

  Mais toutes les religions peuvent aussi cultiver une spiritualité qui débouche sur une quête de l’absolu permettant de s’ouvrir aux chemins des autres

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