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Poudre de protestantisme

Une poudre de protestantisme ! Curieuse découverte que fait là Philippe Aubert, au cours d’un voyage ! Une bonne occasion de réfléchir aux divers paramètres qui peuvent caractériser le protestantisme.

  Les vacances sont propices à toutes sortes de découvertes, mais en visitant le Centre Georges Pompidou à Metz, temple entièrement dédié à l’art contemporain, je ne m’attendais pas à y trouver de la poudre de protestantisme. Pour la modique somme de 10 euros, il est possible de se procurer une poudre qui, à en croire la notice, versée dans une boisson transformera immédiatement le consommateur en véritable protestant. Que faut-il entendre par véritable protestant ? Reste que, la surprise passée, je me suis demandé quelle pouvait bien être la composition de cette poudre.

  Avec une poudre de perlimpinpin tout est possible, on entre dans le monde mystérieux de la magie, des philtres les plus extravagants, des potions aux secrets les mieux gardés. Tout est imaginable. Quelques rognures d’ongles de Luther pieusement conservées dans la famille de Philippe Melanchthon depuis la Diète d’Augsbourg en 1530 pourraient servir de base à cette insolite mixture. Pour le reste, les larmes de Calvin pleurant sur le beau pays de France, une mèche de cheveux de la reine Elisabeth Ire d’Angleterre, le tout lié par l’encre dont s’est servi Jean-Sébastien Bach pour terminer la Passion selon saint Matthieu, voilà qui ferait certainement l’affaire. Le problème, c’est que cette composition sent bon le commerce des reliques et que ce genre de culte n’a jamais fait partie de l’attirail du bon protestant. Il me f allait donc chercher ailleurs.

  L’histoire pouvait-elle entrer dans la formule ? Même avec seulement cinq siècles d’existence, le protestantisme possède une histoire particulièrement riche. On y trouve des personnalités hautes en couleur comme Archibald Campbell, comte d’Argyll, qui meurt en 1661 en déclarant : « Je ne meurs pas seulement en protestant, mais avec la haine mortelle de la papauté, de la prélature et de quelque superstition que ce soit. » Vaste programme, surtout quand le temps nous est compté. L’histoire encore, mais tragique lorsqu’elle est marquée par le «REGISTER» (résister) gravé dans la pierre par les prisonnières de la tour de Constance. Si seulement l’histoire n’avait pas aussi son côté obscur. L’épopée, la conquête, l’invasion sont des mots qui souvent tiennent leur signification du camp qui les utilise. Pour que ma poudre soit efficace, elle ne pouvait être que parfaite, or l’histoire du protestantisme, aussi attachante soit-elle pour notre piété, est loin d’être parfaite

  .La géographie ferait-elle l’affaire ? Il existe une géographie protestante, c’est incontestable, et la mondialisation n’efface pas les nombreuses différences entre l’Europe du Nord et celle du Sud, entre la culture anglosaxonne et le reste du monde. Mais comment faire entrer la géographie dans un sachet ? À cette difficulté s’en ajoute une autre, la géographie protestante est une géographie de l’exil, et du même coup elle se transforme en espérance du Royaume, de la « Vray Patrie » disait Calvin. Les terres d’exil ne manquent pas : Provinces- Unies, Prusse, Suisse, Angleterre, Amérique du Nord, Afrique du Sud etc. Il n’est pas impossible que ma poudre ne soit que de la poussière de Soho, le quartier huguenot de Londres, après la Révocation de l’Édit de Nantes, de la sciure du Mayflower, mais c’est une géographie qui tourne au reliquaire. Comment enfermer la quête du Royaume ? Après une réflexion de plusieurs jours, je compris qu’il ne me restait plus qu’un domaine à explorer et que j’aurais perdu moins de temps en commençant par lui. C’était une évidence, il s’agissait de la théologie. Au centre, si je puis m’exprimer ainsi dès lors qu’il s’agit d’une mixture, au centre donc, la Bible. Qu’est-ce que la Bible, des idées, des histoires, des expériences vécues par des hommes et des femmes, par un peuple, par un groupe de disciples ? Mettre la Bible en poudre me donnait des vertiges. Grâce au pilon, on peut certes réduire les 10 000 pages de la Dogmatique de Karl Barth. Après décoction, on parvient à tirer la quintessence de la philosophie de l’existence de Kierkegaard. Avec précaution, il est permis de diluer la primauté de l’expérience sur le dogme et d’obtenir ainsi un léger parfum de libéralisme. Surtout, la théologie présentait l’immense avantage de faire entrer un peu de latin dans ces mystères. Sola Scriptura, Sola Fides, Sola Gratia, abracadabra. La Messe est dite. Sauf que de théologie, le protestantisme ne s’en préoccupe plus guère. Aujourd’hui, la vie de l’Église est dominée par la question de la réussite et de la croissance. La question « qu’est-ce qui est théologiquement vrai ? » est remplacée trop souvent par la question « qu’est-ce qui marche ? ». Au cours des deux derniers siècles, un certain protestantisme a succombé à la grande tentation, la religion a prospéré tandis que la théologie a fait faillite.

  En cherchant la formule de ma poudre, je n’ai fait qu’ouvrir des réflexions qui, sans cesse, devraient être au coeur de la vie de nos paroisses. Il est évident que dans ces domaines, il n’est pas question de conclure, sinon que le protestantisme ne peut pas être de la poudre aux yeux.

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À propos Philippe Aubert

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